MORALE
La distinction entre le bien et le mal» fondement de toute morale, est présenté, soit dans les Yédas, soit dans TAvesta, sous des images et dans des termes à peu près identiques. Les deux principes sont personnifiés, par les poètes de Tun et de Tautre culte, dans des génies à la fois jumeaux et ennemis, existant avant toutes choses et auteurs des deux ordres de création, de la bonne et de la mauvaise, des deux formes de la vie, des deux sortes de possession et de jouissance, de la division des êtres en purs et en impurs.
c( Deux êtres jumeaux, disent les Védas (1), dont Tun est environné de lumière et Tautre de ténèbres, produisent la variété des formes. Ce sont deux sœurs. Tune est noire, l'autre est brillante, i» « Les sages possèdent la science de distinguer entre ces deux rivaux, le bien et le mal. Le bien est ce qu'il y a de préférable, Soma le protège et détruit le mal (2). d
Les fragments des Gâthfts sur le même sujet semblent avoir été copiés sur ceux que nous venons de citer : a Dès l'origine, il existe un couple de jumeaux, deux génies doués chacun
(t) RiG, II, p. 86.
(2) W., III, p. 182, g 4.
d*une activité propre; c'est le bien et le mal en pensées, en paroles et en actions. Choisis entre les deux, sois bon et non méchant. »
« Ces deux génies se réunissent et créent : le premier (le terrestre), le monde matériel ; et le dernier (le spirituel), le monde immatériel... >»
<c De ces deux génies choisissez-^n un, ou le génie menteur, celui qui accomplit les pires choses, ou le bon esprit véridique. Celui qui choisit le premier, choisit le sort le plus dur ; celui qui choisit le second, honore Âhoura avec foi et vérité par ses œuvres, y*
« Vous ne pouvez servir ces deux esprits (1). »
L'importance considérable accordée à la morale par le réformateur iranien, le conduit à revenir sans cesse sur ces idées, qui se trouvent ainsi bien plus développées dans ses écrits que dans les Yédas. « Maintenant, s'écrie-t-il dans un hymne, prêtez Voreille, vous tous qui êtes venus de près et de loin, je veux vous annoncer tout ce qui concerne le couple de génies tel que les sages l'ont reconnu. r>
<c Je veux vous annoncer les deux premiers génies de la vie, dont le blanc dit au noir : N'est-ce pas moi seul qu'accompagnent les (bonnes) pensées, les (bonnes) paroles, les (bonnes) intelligences, les (bons) enseignements, les (bonnes) maximes, les (bonnes) œuvres, la considération (2)? »
Dans le Rig-Véda, les esprits du bien et peut-être aussi ceux du mal sont personnifiés sous la forme de génies ailés {Soupâmas) ; ils fréquentent un arbre qui est sans doute la représentation allégorfque du monde ou du corps humain, et tandis que l'un d'eux cueille le fruit de cet arbre, l'autre s'abstient d'y toucher (3) : a Deux esprits jumeaux et amis hantent les mêmes arbres ; l'un d'eux s'abstient de goûter le fruit de cet arbre appelé pippala^ l'autre les trouve doux et les cueille. i>
(1) Gathas, XXX, § 3, 4, b, 6.
(2) Gathas, XLV, g 1 et 2.
(3) RiG, I, p. 385.
94 IJi REUGION PRIMITIVE
« .... Les esprits obûeDDent, ayec la science, la jooissaDce paisible de ce fruit, doux comioe Taoïbroisie. »
c On appelle donc pîppala le doux fruit de cet arbre sur lequd vieDoeut les esprits qui en aiment la bonté et où les dieux produisent toutes leurs menreilles. »
Cet arbre pippala, qui est le pats rdigiosaj se trouve dans les doctrines mazdéennes, dans les mythes de MeseUa et de Mesehiané, le premier homme et la première femme, issus du corps d'un arbre, le beims^ venu lui-4néme de la sonence de Kaiomorts (1)* Les traditions hébraïques, dont on trouve comme un reflet dans le Véda, offrent une analogie plus sensible encore avec le récit de l'Avesta, d'après lequel l'esprit du mal présente au couple primitif des fruits que mangent Meschiaet Mesdiiané, c et par li,dit l'écrivain perse, décent avantages dont ils jouissaient, il ne leur en resta qu'un (2). »
Le mal est encore personnifié par les Yédas dans une déesse noire, Nirritû dans les Atourasj ennemis de la lumière, dans Souehna, le desséchant, et dans une foule d'autres mythes.
Chez les Iraniens, le génie blanc fut de bonne heure identifié avec Ahoura-Mazda, appelé souvent aussi Çpento Mainyu, le bon esprit. H. Martin Haug voit aussi dans Vaghu Mano ou Bahman^ « le bon esprit, le bon cœur,» placé plus tard au nombre des Amschaspands, l'une des personnifications les plus anciennes du bon principe (3). Le mal ne paraît pas avoir reçu, pendant longtemps, de personnification distincte ; Zoroastre le désigne le plus souvent par des expressions abstraites, telles que le néant, le non-ètre, Tesprit menteur, etc.
Nous avons mentionné, en rapprochant l'hymne ix du Yaçna, relatif à Soma, des passages analogues du Rig, la plupart des images par lesquelles les génies malfaisants d'un ordre secondaire étaient représentés dans les deux cultes; nous n'y reviendrons donc pas ici, ce sujet offre peu d'importance.
(1) Zend-Avesta, u, p. 376.
(2) BOUNDEUESCU, p. 378.
(3) M. Haug, Die Gdthds, FÀnleitung,
Nous avons également parlé de la lutte entre les deux principes^ représentée sous la forme d'un antagonisme entre la lumière et les ténèbres ; nous ajouterons cependant quelques traits au tableaa que nous avons tracé de cette partie des deux doctrines.
Dans les Védas, le lumineux Indra, assimilé au génie du bien, lutte soit contre les Âsouras ravisseurs des vaches célestes, c'est-à-dire de la lumière, soit contre Ahi, le grand dragon assis dans les airs à la source des fleuves (1). Souvent aussi Tobscurité est représentée par les poètes védiques comme un serpent, dont les vapeurs ténébreuses sont le poison. Ce venin porte le nom d'adjacava^ de adja a non natus » ; la nuit est représentée comme le règne du néant. Nous retrouvons ici la notion des doctrines iraniennes qui assimilent Fesprit mauvais, le génie du mal, au néant, au non-éfr^ (2).
Dans le mazdéisme, la lutte a lieu de même entre la lumière et les ténèbres, représentés par un génie blanc et un génie noir : « Je veux te demander, réponds-moi avec justesse, dit Zoroastre à Ahoura , quel est l'homme véridique, quel est le menteur ? Chez lequel des deux réside l'esprit noir (Anro), chez lequel réside l'esprit lumineux (Çpento) (3) ? » Mais, comme on le voit, le mythe revêt ici un caractère moral bien plus marqué que dans les Védas. Aussi Aschmogh^ le serpent infernal des livres de l'Avesta, n'a-t-il pas le caractère atmosphérique de l'Ahi des Yédas; il est simplement l'emblème du mal, de l'esprit mauvais, d'Ahriman, dont lelnom, corrompu en celui de Kharaman ou Haraman , est devenu chez les Arméniens le nom du serpent et du diable.
L'Indra védique, luttant contre le serpent Ahi et triomphant de lui, a son analogue dans le Mithra perse luttant contre Ahriman, qui a pénétré dans le ciel sous la forme d'une couleuvre et qui du ciel a sauté sur la terre. Ahriman, comme
(1) RiG, II, 317; 1,56,57, 438.
(2) RiG, m, 104 et 237.
(3) Gathas, xliv, V. 12.
96 LA REUGION PRIMITIVE
Ahi, est vainca ; « il sera lié pendant trois mille ans, et brûlé à la fin du monde dans les métaux fondus (1). •
Cette victoire finale et définitive du bien sur le mal n'est pas, comme on Ta cru, une transformation du dualisme primitif, une doctrine introduite par le temps et la réflexion dans les croyances religieuses de la Perse ; elle date de Torigine même des cultes iraniens et se trouve proclamée en termes formels dans les Gâthâs : « Le mal sera anéanti par Tintelligence d'Ahoura-Mazda et par la vérité. • • Le mal sera détruit par la puissance de l'intelligeuce et de l'entendement (2).»
« La morale védique, dit M. Maury, repose sur deux principes qui sont ceux de la morale chrétienne, Famour et la crainte des dieux, le désir d*en obtenir les bienfaits, et la peur d'en mériter les châtiments. ■
Si l'homme pieux est digne de récompense, l'impie mérite les punitions divines. Les maux ne sont que des châtiments que les dieux nous infligent. La vertu est le meilleur moyen d'arriver au bonheur, et voilà pourquoi il faut la demander à Indra avec les autres biens, en le suppliant d'écarter de nous le mal et les maux qu'il entraîne à sa suite (3).
La morale zoroastrienne repose précisément sur les mêmes principes. Ahoura est sans cesse invoqué comme un dieu indulgent et bon pour l'homme vertueux, mais sévère pour le méchant : « J'annoncerai maintenant, s'écrie Zoroastre, ce qui doit arriver à celui qui accomplit les lois île la vie terrestre, les actiiTns équitables ; et ce qui doit arriver au menteur , à l'homme plein de fourberie. » « Tous les biens seront donnés en partage aux hommes dévoués à Mazda d'esprit et de cœur. » (t Les prêtres et les prophètes des idoles seront, au contraire, plongés pour toute l'éternité dans Thabitation du mensonge » (c'est-à-dire dans l'enfer). « Le bonheur plein et entier doit être cherché auprès des esprits célestes, du Sage-Vivant, dr
(1) Boo?n>EHEscH, II, 351, 416.
(2) Gathas, xxxii, g 4; xxx, v. 11 et Comment.
(3) Ric, 1, 159, 212; ii, 358; i, 201, 497, 498.
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Id Bonne Pensée et de la Vérité, génies qui tous sont adorés coname bom(i). »
Une prière contenue à la fin du quatrième chapitre du Yaçna
résume en peu de mots les principales idées sur lesquelles
repose la partie morale du système religieux de Zoroastre : le
' bien ou la sainteté {vaghô), le sacrifice (yaçna)^ considéré
;;^ comme le moyen d'y parvenir, et la pureté {aeha), indiquée
'I' comme la condition nécessaire pour pouvoir célébrer le sacri-
' ^ fice et en obtenir les résultats.
Dans les Yédas, les sacrifices et les prières sont également ^^' nécessaires au fidèle pour arriver au bien, pour expier ses - fautes et pour mériter la bienveillance des dieux : « G Yarouna, *' par nos invocations, par nos sacrifices, par nos holocaustes, nous voulons détourner ta colère. Viens, toi qui donnes la ^' vie, roi prudent, délivre-nous de nos fautes (2). » Les ''- lotions avec de Teau pure, image naturelle de la purification
morale, sont également un moyen de se rendre les divinités ' favorables : « Eaux purifiantes, emportez tout ce qui peut être
en moi de criminel, tout le mal que j*ai pu faire par violence, par imprécation, par injustice. » Les libations, qui constituent une partie importante du sacrifice, produisent aussi des effets puissants pour Texpiation des fautes ; mais toutes ces pratiques extérieures pour l'Indien, comme pour le Perse, sont entièrement inefficaces, si elles ne sont pas accompagnées de la pureté morale : « La libation qui sent le péché, n'est qu'un simple ornement qui ne produit aucun efiet (3). ; »
Les actes les plus énergiquément réprouvés par l'une et l'autre loi religieuse , sont l'impiété , le mépris des choses saintes, la négligence des devoirs religieux. La guerre contre le pécheur, l'impie, l'infidèle est de droit; leur extermination est un des actes les plus agréables aux dieux , car ils doivent être anéantis, comme les esprits du mal eux-mêmes
(1) Gathas, xxxiii, V. 1; xxxi, v. 1 ; xlvi, y. 11 ; xxx, v. tl ei Comment: t (2) RiG,i, p. 41.
} (3) RiG, IV, 297 et 59.
f^ LA BdJGIâN PBIMITIVE
dont ils sont les panisass, les seetateors, et aniqiieb ùù les assimile. « Indra, 6 Soma, détruisez cdoi qui lo«e le péehé, triomphez du pécbé loi-méiDe. Qn'il soit eonsiuiié coumie llM>'ioeaoste qa'on jette dans le t». Montiez une haine implacable att cruel BakAasa, miemi de la piété et terrible par son regard. » « Prédpitez les imines dans lear noire prison , an sein des inunoises t»èbfes ; qn'ancnn d*enx n'en poisse jamais sortir (i). »
Les hymnes des Gâthâs appellent également presque à chaque page le courroux des dieux sur les idolâtres, sur les Dévas, leurs prêtres et leurs adorateurs, considérés conuneles représentants du mal sur la terre, comme cherchant à établir le règne des esprits mauvais sur les ruines de Fempire du bien, de la bonne vie, recommandée par Ahonra et révélée par les prophètes. « Pourquoi le menteur qui nous attaque avec vio* lence, ne serait-il pas considéré avec raison comme un esprit noir? • (comme nn mauvais génie).
« Grehma (sans doute un des ennemis de Zoroastre) a transmis les héritages des croyants à Tesprit mauvais, au meurtrier de cette vie; Grehma outrage à Fenvi la mission de ton
prophète qui veut défendre la vérité contre ses attaques
Que Grehma soit enchaîné, que tous les prophètes des idoles soient expulsés! »
a Je veux anéantir parmi vous les sacrifices des démons et
les oracles Tu m*as envoyé dans ce but, Abonra-Mazda, et
je précipiterai le menteur dans la perdition [i). »
« Qu'aucun de vous ne prête l'oreille aux chants et aux préceptes du menteur, car il précipiterait sa maison, son village, sa province dans le malheur et la ruine. Immolons les menteurs avec Fépée (3). »
La chasse est prohibée tant par la loi védique que par celle
(1) Ric,iii,p. 181.
(2) Gathas, XXX, V. 6, 7, 8 ; xliv, v. 12 ; xxxii, v. 12 et 13; v. 15 et 16. 13) Gathas, ch xxxi, v. 18.
DES INDO-EUROPÉENS. m
des Mazdéens (1). Chez des peuples pasteurs et agriculteurs, il est naturel que le législateur blâme les exercices violents de la chasse, si attrayants pour Thomme et si propres à Féloi-* gner de Tagrictilture et du soin des troupeaux. On sait que Moïse, pour détourner les Israélites de la vie errante, pour les contraindre à vivre des produits du sol cultivé par leurs mains, leur interdisait Tusage de la viande des animaux sauvages, tels que le çaphan ou lièvre du désert. Dans le même but, il ne leur permettait pas de se servir du cheval et leur ordonnait d'employer pour le culte de Jéhovah les libations d'huile et de vin, afin de les obliger à cultiver l'olivier et la vigne.
Vagriculture n'est dans les Yédas l'objet que de prescriptions assez rares (3). Dans l'Âvesta, au contraire, elle est présentée comme le seul genre d'occupation permis à l'homme et agréable à Ormuzd. « Mazda, qu'aucun autre que l'agriculteur, disent les Gâthàs, quelque dieu qu'il adore, n'ait en partage la connaissance qui réjouit (la bonne nouveUe, Evangelium) (3).»
D'après les Védas, l'homme de bien reçoit ici-bas sa récompense (4) ; il jouit, dès ce bas monde, d'une félicité toute matérielle, mais il aspire en même temps à jouir, après la vie, xi' un bonheur plus parfait, d'un bien plus durable et plus élevé.
L'âme, en effet, ne meurt point avec le corps ; dans ses transmigrations successives, elle visite tour à tour « la contrée D d'Yama et toutes les régions de la terre, de l'air, du ciel, de » la lumière, de l'horizon, du passé et du futur (S). »
Celui qui a été fidèle aux dieux, qui a été grand et généreux, va dans le ciel goûter une douce félicité. Les astres sent le reflet de l'éclat qui environne les fortunés habitants de la cour céleste (6).
(1) RïG, IV, 23l,suiv.
(2) Rio, II, 208.
(3) Gathas, XXXI, g 10.
(4) BiG, II, p. 11.
(5) RiG, IV, p. 265.
(6).rd., 364, 310, 40,259,
Quant aux châtiments, ils ne sont point énoncés pour le méchant dans les premiers hymnes du Rig-Véda. Dans la dernière partie de ce recueil apparaît le mythe de Yama, roi des Pitris, qui devient dans la loi de Hanou le juge des morts, qu'il récompense ou punit selon leurs œuvres; les bons montent au ciel, les méchants sont distribués dans les régions infernales.
Le mazdéieznan comme Tindien védique, aspire à une double félicité ; il demande aux dieux les biens de la terre et ceux du ciel : • Esprit de vérité (Asha), accorde-nous cette vérité, richesse du bon esprit; et toi, Armaiti, accorde la richesse à Yistaçpa, ainsi qu'à moi. Fais-nous, ô Mazda, ô ror, entendre tes paroles qui donnent le bonheur. »
«c Le Sage-Vivant, le gardien de la propriété, accorde la plénitude de ses biens, la prospérité et l'immortalité à foison et k perpétuité et le privilège du bon esprit à celui qui, par ses sentiments et par ses actes, s'est montré son ami (1). »
Le bonheur que demande le poète ne se trouve qu'auprès du dieu suprême : « La perfection n'habite que dans la demeure magnifique du Bon Sens, du Sage (Mazda) et du Vrai (Asha)(2)?)i
Les Mazdéens, plus réfléchis que les Ariens védiques, ont déjà remarqué que l'homme de bien n'obtient pas toujours sur la terre la récompense qu'il mérite. Tous les biens, d'après les promesses traditionnelles, doivent être le partage de l'agriculteur, de l'adorateur du feu et d'Ahoura ; et cependant les fidèles, les croyants sont souvent persécutés et dépouillés de leurs possessions par les idolâtres. Zoroastre s'en plaint dans plus d'un hymne. L'âme de ta terre, dont les champs sont ravagés par les infidèles, s'écrie : « Pourquoi m'avez-vous créée ? Qui m'a créée? La violence et la brutalité m'assaillent avec violence »... « Alors, est-il dit dans un autre passage, l'âme de la terre s'écria en pleurant : « Je ne puis exaucer la prière de l'homme faible qui désire les biens; je voudrais maintenant
(1) Gathas. XXVIII, g 8; xxxi, g 21.
(2) Id., XXX, g tO.
obleDir pour lui les richesses qu'il désire. Ahoura, donne-lui ce logement, et toi, Âsha, donne-lui avec le bon sens cette possession qui procure le bien-être et le plaisir (1). »
Plus loin, le prophète parait en butte à une persécution cruelle ; poursuivi de toutes parts, il erre de lieu en lieu, sans pouvoir trouver un asile sûr : « Vers quel pays me tourneraije? Où dois-je m'enfuir? Quelle terre accordera sa protection
au maître et à ses disciples Je suis sans protection... Jette
les yeux sur moi, le fidèle parmi les fidèles; vois comme je viens à toi en gémissant, Âhoura, pour que tu m'accordes le bonheur, comme un ami Taccorde à son ami (2). y>
Hais si les dieux n'accordent pas toujours aux croyants la félicité terrestre, du moins ils lui assurent pour la vie à venir un bonheur sans mélange dans la splendide demeure du Bon Esprit, où retentissent éternellement les hymnes des chanteurs célestes qui célèbrent Ahoura-Mazda, et où l'on pénètre, en traversant le pont du Collecteur, c'est-à-dire du génie chargé de rassembler les âmes pour les conduire à leur dernier séjour : <t L'homme ou la femme, dit Zoroastre, qui accomplit dans cette vie les œuvres excellentes, ainsi que tous ceux qui viennent à ma suite pour chanter les louanges d' Ahoura, j'irai avec eux sur le pont du génie, qui rassemble les âmes pour les conduire en paradis (3). i»
Les méchants, les idolâtres, au contraire, seront précipités pour jamais dans les ténèbres infernales : « La demeure de ceux qui ne croient pas à la vérité est située loin du ciel éllncelant(4).)>
ce Le propre esprit, le propre sens des idolâtres les pousse à la perdition, et avant qu'ils puissent arriver au pont du Collecteur des âmes, (leur propre esprit, leur propre sens) les plonge pour toute l'éternité dans la demeure du mensonge (8).»
(1) Id., XXIX, V. 9; V. 10.
(2) Gàthas, xlvi, y. l et 2.
(3) Id, xxxrv, V. 2.
(4) Jd., ch. XLVI, V. 10.
(5) Id., ch. XLVI, V. Il; ch. xlix, v. It.