CHAPITRE VIII
DES DIVERSES H0TI05S BEU61ECSES SECOUDAIRES PBOPRSS AU CULTE PRIMITIF DES ARIEIIS.
Le dogme principal de la religion primitive des Ariens consistait, comme nous l'avons établi, dans la croyance à des génies, ou esprits célestes manifestés aux hommes sous une forme lumineuse, et présidant aux diverses parties de la création, pour les conserver et les prot^er.
Ces génies, lumineux ou blanesj représentaient le principe du bien, les divinités bienfaisantes, et avaient pour antagonistes des esprits noirs, des génies des ténèbres, personnification du mal, du principe mauvais.
Les génies mécbants, pas plus que les bons, ne paraissent avoir eu, à rorigine, de dénomination, de personnification distincte. Plus tard ils s'incarnèrent pour les diverses tribus dans les divinités des tribus ennemies.. Les pasteurs védiques personnifièrent les esprits des ténèbres dans les bons génies ou Asouras des tribus agricoles, et celles-ci, à leur tour, identifièrent le principe mauvais avec les Dévas des tribus pastorales. Antérieurement à remploi réciproque de ces expressions dans un sens détourné et résultant de l'antagonisme de tribus.
les expressions de Dévas et A'Asouras servaient indistinctement dans le sein de la famille arienne à désigner la divinité.
Zoroastre, en créant la notion d'un dieu personnel dans son Ahura-Mazda ne paratt pas avoir tenté une personnification analogue pour le mal, qu'il désigne le plus souvent par des expressions abstraites, telles que : V esprit vain^ le néants le non-être^ le mensonge, etc.
La création propre au parsisme à'Ahriman, du prince^des ténèbres, ennemi à*Ahura depuis Forigine des choses, est l'œuvre des successeurs, des continuateurs de Zoroastre. Le dieu du bien une fois personnifié dans un génie supérieur, la même transformation devait nécessairement s'opérer pour son antagoniste.
Le culte de chaque tribu devint, comme ses dieux, un objet de répulsion et d'horreur pour les tribus qui pratiquaient un culte différent. De là, l'origine de la magie^ des sortilèges, noms que l'on donna à des actes, à des rites qui, agréables à la divinité selon les uns, étaient une profanation selon les autres. LesVédas s'élèvent à chaque instant contre la pernicieuse magie des Âsouras c'est-à-dire contre le culte des tribus qui adoraient les génies Ahuras, ainsi que contre les actes attribués à ces divinités. De leur côté, les sectateurs d^Ahura reprochent à leurs adversaires les arts magiques qu'ils emploient pour corrompre les biens de la terre et la prospérité des hommes. « Que Tintelligence, que le bon sens abolissent les » arts magiques de l'antiquité, qui servent de fondement au r> mensonge, » s'écrient les prophètes iraniens; (< c'est par 7> des paroles magiques que Grehma, .le prêtre des idoles, D le roi des amis du mensonge est soutenu dans sa lutte » contre la vérité (1). »
La libation enivrante de Soma est placée par Zoroastre et par ses disciples au premier rang de ces artifices si funestes au triomphe de la vraie foi ; les autres moyens d'action de
(1) Gathas, xxxh, l 12, 24.
cette trompeuse magie sont : a les mauvaises pensées, les » mauvaises paroles, les mauvaises actions des Dévas et du D mauvais génie dont la funeste influence engendre la puis- » sance de l'homme trompeur (1). d
Pour les combattre, il faut que les hommes véridiques, que les prêtres d'Ahoura emploient les pensées, les paroles, les maximes plus efficaces de la vérité et du bon sens : « Le sage » prononce des paroles pernicieuses pour ceux qui troublent » l'existence terrestre par leurs discours magiques. » « Par y> mes sentences, s'écrie le prophète, je veux anéantir parmi ï> vous les sacrifices et les oracles des démons (2). »
Certaines tribus, comme nous l'avons vu ailleurs, les prêtres et les dieux portaient les titres ide Kavis^ de Kavas; les adversaires de ce culte en considérèrent les cérémonies comme des pratiques magiques, et le mot de Kevitao désigna les usages ou rites magiques. On sait qu'en Grèce les prêtres et les dieux Cabires, descendus peut-être des Kavis, étaient considérés comme des magiciens; il en était de même des Telchines, des Corybantes, des Sintiens, autant de dénominations diverses du sacerdoce cabirique. TJne Minerve adorée dans nie de Rhodes portait le titre de Telchinia, c'est-à-dire la sorcière. Tous les sacerdoces antiques s'attribuaient arnsi une puissance magique, c'est-à-dire le pouvoir de contraindre les éléments et même les dieux ; ils ne refusaient pas à leurs adversaires une puissance analogue, mais avec cette distinction, que, tandis qu'ils étaient seuls possesseurs de la sainte et bonne magie, leurs ennemis n'avaient que la mauvaise magie, enfantée par l'esprit du mal.
La plupart des rites furent ainsi successivement mis au nombre des maléfices ou arts magiques; il en est cependant • qui conservèrent toujours leur caractère sacré parmi la généralité des tribus ariennes , tel fut le procédé de faire jaillir l'étincelle par le frottement de deux morceaux de bois ; cette
(1) Gathas, XXXII, g 5.
(2) Gathas, xxxii, g 15, 10.
pratique est célébrée comme agréable aux dieux, tant par le^ hymnes des Védas que par ceux de TAvesta.
' La croyance à une vie future existait certainement dans la plus ancienne religion des Âryas, puisqu'on en trouve des traces non-seulement dans les Védas, dans les GâtMs, mais encore dans tous les cultes répandus parmi les peuples de race indo-européenne, et particulièrement parmi les Cabires de la Grèce, de la Samothrace, de la Gaule et de l'Irlande.
Quant aux prescriptions morales les plus anciennes, elles durent se rapporter aux dérèglements, aux vices, aux crimes les plus ordinaires parmi des peuples chez lesquels commencent à peine l'existence sociale et la vie policée.
Les excès de boisson ou de nourriture , la promiscuité déréglée des deux sexes, le viol, la brutalité en actions ou en paroles, tel fut; selon les commentateurs du Rig, l'objet des plus antiques défenses (1).
La chasse fut également prohibée, et cette interdiction importante, spéciale aux tribus pastorales et agricoles, avait pour but de faire disparaître le genre de vie le pliîs opposé à toute civilisation stable et normale, à toute institution morale et vraiment sociale. Les tribus pastorales, pour conserver leur mode d'existence, placèrent de même Y agriculture au nombre des industries prohibées, ainsi que nous l'avons constaté précédemment. Les tribus agricoles, au contraire, ennemies de la chasse et de la vie nomade du pasteur, blâment également ces deux modes d'existence et ne reconnaissent qu'à Tagriculteur le droit d'habiter un jour dans la demeure d'Ahura-Maz.da. Le travail des champs, une résidence sédentaire dans les héritages divisés et attribués à leurs légitimes possesseurs par la divinité elle-même, telles sont, selon les cultivateurs iraniens, les conditions indispensables de toute bonne vie terrestre et spirituelle.
Si les tribus chasseresses de TArie avaient laissé des^
(1) Rig-Vki.,\,iv, p. ':31.
traces de leurs coutumes traditionnelles, il est probable que nous y trouverions le mépris de la vie sédentaire, la haine du travail, et la glorification de la force, de la guerre et du pillage, traits qui leur seraient communs avec certaines peuplades de Tancienne Germanie descendues sans doute de ces mêmes chasseurs ariens (1).
(l) Gathas, xlvii, 8 2 ; — xlvi, { 12.