CHAPITRE I
DES FACULTÉS RELIGIEUSES DE l'hUMÀNITÉ.
La loi générale selon laquelle se sont développées les idées religieuses des Ariens, n'est autre que la loi même d*après laquelle l'esprit humain passe de la spontanéité à la réflexion, de la synthèse à l'analyse, du concret à l'abstrait.
Les mythes religieux, dans leurs formes générales et universelles, ne sont pas, comme on l'affirme trop souvent, et sans y avoir suffisamment réfléchi, le produit de l'imagination des peuples primitifs.
L'imagination joue sans doute un grand rôle dans le déve* loppement des fables mythologiques, c'est elle qui les anime, les colore, leur donne la vie, le mouvement, mais lé travail qu'opère cette faculté n'est que secondaire. Elle n'est point créatrice, elle n'agit que sur des types déjà existants.
C'est la raison elle-même, faculté supérieure et impersonnelle, qui, sous le nom de spontanéité, enfante l'idée divine primitive, la forme religieuse typique, le moule invariable dans lequel s'épanouissent et se développent les fables mythologiques, lesquelles par suite de cette origine commune offrent partout des traits communs parfaitement reconnaissables, sous les ornements multipliés à l'infini, sous les personnifications variées dont les décore l'imagination.
164 La rëugion primitive
C'est en ce sens, comme on Ta remarqué, que Tunité religieuse du genre humain, de même que son unité intellectuelle et morale, est une proposition sacrée et scientifiquement incontestable.
L'homme conçoit et sent partout de la même manière ; il n*y a qu'un système de langue, de littérature, de religion, puis- . que ce sont les mêmes facultés, les mêmes procédés qui ont présidé à la formation de toutes les langues, les mêmes sentiments qui ont partout fait vivre les littératures, les mêmes conceptions qui se sont traduites et développées dans les symboles religieux de tous les peuples.
Les facultés spontanées et impersonnelles, qui donnent naissance aux^conceptions religieuses, pourraient être nommées les Facultés divines ou le Sens divin.
Cette dénomination serait aussi légitime que celle de facultés esthétiques^ appliquée aux facultés qui nous donnent Fidée de beau, de facultés morales^ à celles d*où résultent Tidée de bien.
L'idée divine participe, en effet, de tous les caractères des idées rationnelles parmi lesquelles il convient de la classer. Comme les idées de beau, de bien, de vrai, d'infini, d'absolu, elle est universelle, nécessaire, immuable, elle apparaît à l'homme dès l'origine des sociétés et enfante, par une force indépendante de l'homme et supérieure à lui, toute une classe de phénomènes sociaux, de croyances, de symboles, de cérémonies dont l'ensemble constitue la religion et le culte.
On a écrit l'histoire des religions, mais jamais celle des différents dogmes dans leurs rapports avec le développement naturel et nécessaire de l'esprit humain. Ce serait un beau travail, à la fois historique et philosophique, que celui qui aurait pour objet d'établir le rapport des dogmes avec les idées rationnelles, de suivre leur formation, leur développement dans le cadre des catégories de l'entendement, et d'arriver ainsi à démontrer que les croyances même les plus antipathiques à notre esprit moderne, que les religions les plus gros-
sières, les plus absurdes même en apparence, ont eu cependant, à un moment donné, leur raison d'être tirée du fond même de la nature humaine, et se rattachent par des liens in* contestables aux religions les plus pures, les plus élevées, ainsi qu'aux spéculations philosophiques les plus profondes et dont l'esprit humain se glorifie à juste titre.
Lessing, dans son petit traité de V Éducation du genre fttimain^ semble avoir conçu l'idée d'un pareil travail, dont il jette en quelques «pages les premières assises : « Dieu, dit-il, » révèle immédiatement de simples vérités rationnelles, ou B permet et insinue que de simples vérités rationnelles soient » immédiatement enseignées comme vérités révélées. » Et appliquant ces données à divers dogmes religieux, le philosophe allemand tente de les expliquer au point de vue rationnel.
La notion de la Trinité par exemple, lui paraît comme une préparation nécessaire à une notion supérieure à la fois au polythéisme et au théisme pur, c'est-à-dire à la notion d'une unité transcendentale qui n'exclut point une sorte de multiplicité.
Les religions ariennes, les seules dont nous ayons à nous occuper ici, semblent dès leurs débuts avoir embrassé d'une vue commune, et longtemps sans préférence bien marquée, toutes les diverses catégories religieuses ou du moins les principales d'entre elles.
Nous avons déjà montré dans ce mémoire (2« part., chap. iv.) comment le monothéisme et le polythéisme, le panthéisme et le culte de dieux personnels, le naturalisme et le spiritualisme, tous ces divers systèmes religieux, qui répondent chacun à un ou plusieurs concepts rationnels, trouvaient des interprètes dans les chantres védiques.
Ce fait qui prouve, avons-nous dit, le caractère vague, indéterminé du culte primitif de nos pères, établit en même temps que les patriarches ariens avaient déjà saisi, soit par une intuition toute spontanée, soit par une réflexion précoce, les diverses faces sous lesquelles peut se présenter
ridée divine. Chaque tribu, chaque famille rdigieuse s'attacha de préférence à Tune de ces faces, à l'un de ces aspects, et de ces fractionnements, de ces contemplations partielies du tableau divin résultèrent les religions particulières.
Les deux principales de ces religions furent le pédûme et le mazdéisme; nous avons à retracer ici les lois selon lesquelles elles se sont développées et transformées.
Dans les premières parties de ce travail, nous avons déjà comparé ces deux formes de culte, rapproch^les uns des autres leurs principaux mythes, exposé le mode suivant lequel ils se sont formés, et énoncé un certain nombre de lois suivant lesquelles se sont opérées leurs transformations successives.
Nous n*avons donc ici qu'à rappeler ces lois, à résumer notre travail, et à compléter notre pensée.