‹ La religion primitive des Indo-EuropéensChapitre 39 sur 50 · DÉVELOPPEMENT SOCIAL PARALLÈLE AU DÉVELOPPEMENT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT SOCIAL PARALLÈLE AU DÉVELOPPEMENT RELIGIEUX

Une dernière loi qu'il inaporte de signaler, c'est cplle en vertu de laquelle le développenaent religieux est toujours inséparable du développement social.

Nous avons souvent signalé cette loi dans le cours de ce travail : ainsi l'établissement du Védisme parmi les tribus pastorales, nous a paru une réaction contre le culte fétichiste grossier et sanglant des chasseurs, sauvages habitants des montagnes et des forêts. Le culte védique correspondait ainsi à une révolution parmi les tribus ariennes, à l'établissement de la suprématie des pasteurs sur les chasseurs

Une événement analogue eut sans doute lieu à une certaine époque parmi la descendance d'Abraham, et se trouve rappelé dans la tradition d'Ésaù, le chasseur, cédant au pasteur Jacob son droit d'ainesse.

Si cette première transformation des mœurs parmi les tribus antiques, ne peut être établie d'une manière certaine et na repose que sur des anologies et des suppositions, il n'en est pas de même de la révolution à la suite de laquelle les tribus agricoles l'emportèrent sur les tribus pastorales et finirent par

expulser ces dernières qui furent contraintes d'émigrer dans

rinde.

L'établissement du culte d*Ahura-Mazda correspond aux premiers essais tentés pour opérer cette réforme. L'étude des Gâthâs ne peut laisser aucun doute à cet égard ; Ahura y est réprésenté comme le fondateur de l'agriculture et de la propriété, comme celui qui le premier créa les héritages et en détermina les bornes par des haies et des limites.

La bonne nouvelle n'est annoncée qu'aux seuls agriculteurs, eux seuls pourront entrer un jour dans la demeure d'Ahoura.

Les autres parties de l'Avesta ne sont pas moins remplies de prescriptions favorables à l'agriculture et ayant pour but direct ou indirect d'encourager les travaux de la terre. Tous les biens de la vie présente et de la vie future sont promis à celui qui cultive et ensemence les champs.

L'œuvre de Zoroastre fut donc sous beaucoup de rapports analogue à celle de Moïse. Le législateur iranien, comme celui des Hébreux, eut pour but, en épurant la notion divine de réformer en même temps les mœurs et la manière de vivre de ses concitoyens, de faire triompher parmi les tribus la vie sédentaire, réglée et morale de l'agriculteur sur la vie errante, désordonnée et turbulente du chasseur et du pasteur.

Chez la plupart des peuples du globe l'établissement de la religion et du sacerdoce correspond à une transformation pareille, et ce grand événement se trouve rappelé par des traditions, des mythes, des cérémonies solennelles.

C'est ainsi qu'en Egypte les prêtres divisaient eux-mêmes les champs et présidaient aux travaux agricoles. Le bœuf était adoré sous le nom d'Apis, de nombreuses fêtes rappelaient les travaux de la culture et de la moisson. En Grèce les premiers agriculteurs avaient été dévinisés ; les Eumolpides, prêtres de Cérès, faisaient eux-mêmes le premier labour de l'année. En Italie les prêtres de Saturne, le dieu de l'agriculture (de sata semences) immolaient sur les terres cultivées les vagabonds et le* impies* c'est-à-dire ceux qui, refusant d'embrassA la

DES INDO-EUROPÉENS. m

nouvelle civilisation continuaient à mener une vie errante et indisciplinée.

Ces faits, qu'il serait facile de multiplier, sont le résultat d'une loi générale en vertu de laquelle Tesprit humain et par suite les sociétés humaines, ne sauraient subir une transformation partielle, sans en éprouver le contre-coup dans toutes leurs parties.

Une révolution religieuse radicale a pour corrélatif nécessaire une révolution sociale, et réciproquement toutes les grandes transformations sociales correspondent à des changements de culte ou à des réformes religieuses. Toutes les grandes époques de l'histoire nous présentent cette double transformation des peuples : contentons-nous de rappeler ici les grandes migrations des tribus Ariennes, et celles des Âbrahamides aux origines derhistoire;au moyen âge l'invasion des Barbares, leur établissement dans les pays conquis et leur conversion au christianisme, ainsi que les conquêtes des Arabes après Mahomet; enfin, dans l'histoire moderne, la renaissance et la Réforme, double évolution à la fois sociale et religieuse, sous l'empire de laquelle s'accomplissent tous les événements contemporains.

Page 1