MÉTHODE QU£ NOUS SUIVRONS DANS NOS RECHERCHES
Comme nous venons de le voir, les religions indienne et iranienne diffèrent l'une de Tautre par le génie, par les tendances, ainsi que par les degrés divers d'importance attribués par chacune d'elles aux diverses parties du dogme , du culte et de la morale.
Cependant plus on approfondit les doctrines de ces deux formes religieuses, plus on arrive à se convaincre qu'elles reposent sur des données primitivement identiques. Une à leur point de départ, elles se distinguent plus tard par la diversité, l'inégalité de leur développement. On peut les envisager comme deux branches d'un même tronc, dont la croissance, large et opulente, ne s'est pas opérée dans les mêmes conditions, sans qu'il soit cependant possible à un œil exercé de méconnaître leur commune origine.
Cette identité originaire doit être par nous démontrée ici, et quelque imparfaite que soit encore la connaissance des deux cultes, de celui de la Perse surtout, nous croyons cependant avoir en main les éléments nécessaires pour arriver d'une manière certaine à la solution de ce problème difficile sans doute, mais non pas insoluble.
Pour parvenir à le résoudre, nous nous efforcerons de suivre la méthode sévère et lunoineuse à l'aide de laquelle les illus« ires créateurs de la philologie comparée, sont arrivés à constater rexistence d'une langue arienne antérieure au sanscrit et au zend et de laquelle ces deux idiomes sont pareillement dérivés.
C'est par une induction sévère, par une attention soutenue, par la comparaison raisonnée des expressions, des formes, des modifications insensibles et successives des deux langues, qu'il a été possible à ces hommes laborieux de retrouver les radicaux primitifs, qui souvent n'existentplus ni dans l'une ni dans l'autre, mais qui appartenaient à un langage antérieur dont aucun monument ne nous est resté. De même, en rapprochant les mythes sous leurs diverses formes, en les comparant avec attention, en les dégageant des ornements accessoires qui les dïssimulertt ottles altèrent, nous tâcherons d'arriver à les rétablir tels qu'ils furent à l'origine, avant que l'indien védique ne les eût personnifiés dans les éléments pour en faire des Dévas, avant aussi que le disciple de Zoroâstre ne les eût idéalisés sous la forme de divinités abstraites et morales.
On a prouvé que les langues diverses qui composent la fainille sanscrite, ne doivent pas être considérées Comme dérivées les unes des autres, mais qu'elles appartiennent à un seul et même fond primitif, auquel elles ont puisé dans des proportions inégales. Nous verrons que les religions de l'Arie ont été créées par le même procédé ; elles ne dérivent pas les unes des autres et bien que les différents âges de leur culture établissent entre elles une apparence de succession chronologique, bien qu'elles se soient fait réciproquement certains emprunts, on peut dire que, comme les langues, elles dérivent d'un fond coùimun , fond exploité par elles dans une mesure inégale et par des voies, des moyens, des procédés différents.
De même qu'en matière de langage, les radicaii^t n'ont pas reçu partout le même développement, ainsi certaines don^
nées religieuses restées improductives dans les Yédas ont donné lieu dans l'Âvesta à un brillant développement, et certaines autres restées infécondes chez les Iraniens ont enfanté chez les Indiens des fables multipliées, toute une série de con« ceptions mythologiques.
Rien, en un mot, dans la création des religions, comme dans celle des langues, n'a été chez ces peuples pareil et égal; la diversité la plus infinie, preuve de la fécondité de Timagination, delà richesse inépuisable du génie, a caractérisé toutes les phases du développement et du progrès dans cette partie de la famille humaine, mais toute croissance y est sortie d'une souche primitivement commune, toute transformation, tout développement, tout progrès s'y sont accomplis d'après les mêmes lois (1).
(1) E. BuRNOUF, le Taçna, ItOroduet, — Martin Hacg, Die Gàthàs, Intro* duct, — Max. MuLLER, Mytholog, comparée. — Bunsen, OtUtines,