‹ La religion primitive des Indo-EuropéensChapitre 7 sur 50 · HIÉIURGHIE CÉLESTE. — DIVERS ORDRES DE DIEUX. NOMBRE DES DIVINITÉS · texte numérisé non relu

HIÉIURGHIE CÉLESTE. — DIVERS ORDRES DE DIEUX. NOMBRE DES DIVINITÉS

Le fait seul, parfaitement établi par la science moderne, que les divers peuples de la famille arienne, tels que les ancêtres des Brahmanes et ceux des Iraniens, ont à une certaine époque habité les mêmes contrées, parlé le même langage, mené un genre de vie identique, pourrait au besoin sembler une preuve suffisante de leur communauté originaire de croyance et de culte. Mais ici Tethnographie, la géographie, la philologie comparée ne doivent nous être d^aucun secours, ce n'est que par une comparaison attentive des monuments religieux des deux rameaux indiens et iraniens que nous voulons arriver à établir qu'ils eurent à l'origine une même religion et que nous espérons pouvoir préciser quelques-unes des formes et énoncer quelques-unes des croyances de ce culte antique et presque primitif.

Remarquons d'abord, avec M. Burnouf, que les livres sacrés dans lesquels nous devons puiser les éléments de notre démonstration, sont classés dans l'un et l'autre culte de la même manière. Les Parses, en effet, divisent la totalité de leurs

livres saints en trois parties, dont chacune comprend sept traités. Cette classification en trois corps d'ouvrages fait penser à celle des Yédas. Les nombres 3 et 7 sont du reste réputés sacrés dans tout TOrient, il y a là certainement une réminiscence d'une idée antique et générale, d'une influence attribuée à ces nombres. En ce qui concerne particulièrement le nombre 3, nous le retrouverons dans la triade ou trinité des anciens Ariens reproduite par les Védas et par TAvesta. Il en sera de même pour le nombre 7 : les Ariens védiques reconnaissaient sept Adityas; les Iraniens, sept Amschaspands.

Une seconde remarque qui porte sur le plan de la hiérarchie céleste, c'est-à-dire sur ce qu'il y a de plus général dans les deux religions, c'est que si Zoroastre a organisé son armée céleste d'après un mode mieux déterminé et plus régulier que celui qu'on peut remarquer dans les Védas, il y a cependant dans son système un principe commun aux Védas. De même, en effet, que, d'après ces livres, Agni travaille à créer le monde avec sept Richis dont il est le chef (Angirastama), Ahoura-Mazda, d'après TAvesta, est le premier des sept Amschaspands qui concourent à l'œuvre delà création et qui surveillent tous les êtres. Un grand nombre des Dévas védiques se retrouvent aussi parmi les Izeds ou a êtres dignes de V adoration n du mazdéisme ; les uns y jouent un rôle important et semblent presque les égaux et parfois les supérieurs des Amschaspands ou génies célestes ; tels sont Taschter^ le Twachtri des Védas et surtout Mitlira^ le Mtïra védique, le dieu Soleil qui règne dans le ciel ; les autres sont déchus de leur rang élevé, ce sont plutôt des rois puissants que des dieux véritables. Ainsi, llonij le même que 5oma, nous apparaît dans les hymnes zoroastriens , non plus rayonnant dans sa triple unité, mais mutile dans sa souveraineté qui semble se borner à. la terre (1).

La division ou classification générale des divinités offre éga-

(i) Langlois, Mém. sur la divinité Soma.

lement dans les deux religions, non pas seulement une certaine analogie, mais une identité parfaite.

Les hymnes anciens des Yédas, qui présentent le ciel et la terre comme le couple immortel^ comme les deux grands parents du mande , comme le^ divinités mères (1) fournissent là base de la division des dieux védiques en deux grandes classes : dieux du del^ dieux de la terre.

Entre ces deux classes de divinités primordiales se placent une foule de dieux intermédiaires ou médiateurs, qui sont en général fournis par la substance éthérée et lumineuse répandue partout entre le ciel et la terre. Aussi un grand nombre d'hymnes divisent-ils les Dévas en divinités du ciel^ de la terre et des ondes aériennes. Ces trois classes de divinités sont souvent considérées comme formées chacune d'un nombre égal de dieux ou de catégories de dieux présidant aux trois grands rèpesdela nature (2). Agni, considéré comme dieu supérieur, participe à cette triple nature ; il règne à la fois sur la terre, dans le ciel et dans l'air.

Cette classification est celle adoptée par TAnoukramani ou table générale des hymnes du Rig-Véda, premier essai de coordination, de systématisation tenté par les commentateurs des hymnes védiques : « II y a trois divinités, dit cet ancien docu- » ment; la terre, l'air et le ciel sont leur empire, elAgni, Fan you et Sourya leurs noms. La diversité de leurs œuvres leur » a fait attribuer des noms différents et adresser des hymnes » divers. »

Ailleurs cette trinité se modifie : au lieu de Sourya^ nous trouvons Aditya, et des trois divinités principales naissent les Vasous, les Roudras et les Adityas^ qui, joints aux deux divinités supérieures Indra et Pradjavati (ou, selon d'autres commentateurs, aux deux Açwins), forment les trente-trois dieux rappelés si souvent dans les Yédas (3).

(1) Rig-Véda, t. IV, p. 38, 43. - 1, p. 427.

(2) Rig-Véda, t. IV, p. 284. — II, p. 228, n. 24.

(3) Rig-Véda, t. Il, p. 228, note 4. — III, p. 79, 233. - IV, p. 487, n. 35.

DES INOO-EUROPÊENS. n

Le5; divinités de la Perse, comme celles du védisme, peuvent se ramener à trois grandes classes : divinités du ciel, divinités de la terre et divinités intermédiaires ; mais, dans le système zoroastrien, cette division à une portée plus élevée, un sens plus profond que dans les Yédas. Au Heu de rappeler simplement le milieu dans lequel sont censés se mouvoir les génies divins, les éléments auxquels ils président, elle a pour objet de déterminer leur importance relative , leurs rapports réciproques, et elle correspond, comme nous le verrons, à de pro* fondes conceptions religieuses et métaphysiques (1).

Le § xLi, 2, du liv. P' du Yaçna, fournit la base de cette classification en rangeant tous les Izeds, c'est-à-dire tous les étresdignes de Tadoration des hommes, dans deux grandes catégories, à savoir : les Izeds célentes et les Izeds terrestres : « J'invoque, je célèbre tous les Izeds et célestes et terrestres^ qui distribuent les richesses, qui doivent être invoqués et adorés par la pureté qui est excellente (2). »

Au début des Gâtfaâs (fragments probablement les plus anciens qui nous aient été conservés des écrits religieux de la Perse, et dont plusieurs semblent antérieurs à Zoroastre luimême et à certaines parties des Yédas), le poète invoque d'abord les divinités célestes : AhourchMazda^ Ashâ^ la vérité, Manacca Vohu, le bon esprit (3).

Il adresse ensuite son homn>age h des génies d'un ordre moins élevé, se rattachant à la terre ou du moins à la vie ter-restre^ que les doctrines de la Perse distinguent toujours avec tant de soin de la vie spirituelle ; ce sont Khsattra, la richesse ou la puissance, Armaiti^ le génie de la terre, Goschoroun^ l'Ame de la terre.

A la fin de ce fragment, § vi, le chantre sacré élève ses prières vers Craosha, divinité d'un ordre particulier et qui, selon les expressions des GAthfts, « prépare la voie au tout-

(1) Les Gâthâs parlent fonnellement d'une trinité divine, xxxiv, § 5.

(2) E. BuRNOUF, le Taçna, p. 55.

(3) Haug, Die Gdihas, i, 8 2 à 6.

sa LA RELIGION PRIMITIVE

puissant Ahoura-Mazda. » Craosha ou Serosh est la tradition personnifiée, la parole divine incarnée; c'est par Tintermédiaire, la médiation de ce génie, que le Dieu suprême agit sur le monde et sur les hommes.

Craosha est donc une divinité intermédiaire entre le ciel et la terre, un médiateur entre le Dieu suprême et ses créatures, c'est rized, le génie de la parole d'Ormuzd. Il remplit dans la religion iranienne le rôle souvent attribué par les Yédas aux dieux de l'air ou à Agni^ « le messager des dieux, « « le ministre des vœux et des prières des mortels, » « le dieu revêtu d'une forme humaine ^ »

La divinité intermédiaire et médiatrice, au lieu d'être représentée ici par une personnification élémentaire, comme dans les Védas, est donc réalisée sous la forme d'une conception religieuse et philosophique, qui caractérise parfaitement le génie abstrait et réfléchi de la religion iranienne. Du reste, Craosha n'est pas, comme nous le verrons ailleurs, la seule divinité de cette espèce d'après les doctrines de la Perse, qui, comme les Védas , admettent un grand nombre de médiateurs divins, parmi lesquels plusieurs sont communs aux deux cultes, par exemple, Mithra, ou Mitra^ le Feu , les Prières , la Parole, etc.

F^a classification des divinités en dieux célestes, dieux terrestres et dieux intermédiaires est donc commune aux deux religions. Cette classification semble, du reste, avoir été presque partout une des notions générales, une des formes nécessaires de la conception divine à son origine. Si Thomme, en effet, conçoit généralement la divinité comme un être ou une classe d'êtres supérieurs, éthérés, lumineux, d'une essence différente de celle de l'homme, et habitant le ciel, c'est-à-dire les régions supérieures de l'atmosphère, il aperçoit en même temps des manifestations constantes de la divinité dans le monde inférieur, dans les phénomènes terrestres, dans la vie, la végé-

(l) RiG-VéDA, I, 54. — II, 33.— I, 21 h 19.

lation, les feux souterrains, les sources jaillissantes ; cette force cachée qu'il ne voit pas et qui agit sans cesse autour de lui, se personnifie à ses yeux en une nouvelle classe de génies, et il place ainsi la divinité sur la terre en même temps qu'il l'invoque dans le ciel. Enfin le désir d'entrer en relation avec ces puissances qui vivent, agissent, s'agitent, créent et détruisent sans relâche, lui fait chercher des intermédiaires entre elles et lui. L'homme veut à la fois recevoir les communications des êtres divins et leur transmettre ses vœux, ses prières ; il est ainsi conduit à concevoir un troisième ordre d'êtres surnaturels qu'il se représente, selon sou degré de développement, selon son génie particulier, sous la forme d'un élément, tel que l'air qui remplit l'espace ou la flamme qui jaillit de la terre et s'élance vers le ciel, sous la figure d'un oiseau divin, d'un cheval ailé, d'un astre errant ; ou bien encore dont il réalise le type dans une idée abstraite, dans une image empruntée au monde moral : les médiateurs sont alors la Paro/e, les Prières, YÉlan religieux^ le Verbe incamé, le Saint-Esprit^ la Grâce divine, etc.

La triade védique composée d'ilgm, de Voyou et de Sourya ou Aditya, dont nous avons parlé plus haut, n'a, comme les caractères attribués aux dieux védiques , rien de bien déterminé, elle se modifie souvent ; c'est ainsi qu'à Sourya est parfois substitué Aditya. Souvent aussi les irois dieux associés sont, au lieu de ceux indiqués ci-dessus, Varouna, Mitra et Aryaman (1). Sous cette dernière forme, cette triade a les plus grands rapports d'analogie avec la trinité perse composée à'Ahoura-Mazda, Mithra et Ahriman. Ahoura, c'est le dieu suprême; or Varouna, de même qu'Indra et qu'Agni, reçoit quelquefois cette qualification dans les Védas ; Mithra, c'est le dieu médiateur, le même que le Mitra védique ; Ahriman, c'est le génie du mal, le roi de la terre souterraine, le même qu' Aryaman, considéré dans certains hymnes du Rig, non

(i) Langlois, Préface de la traduction du Rig-Véda, p. viii.

plus comme un Âditya bienfaisant, mais comme le dieu de la mort, l'adversaire du dieu céleste et suprême qui donne la vie (1).

Cette triade, identique dans les deux cultes, représenterait, dans un certain sens, la triple conception qui sert de base à la classiBcation des dieux de TÀrie et de Flran, puisqu'elle comprend le dieu céleste et suprême , le dieu des régions inférieures, de la terre souterraine considérée comme Fasile des morts, enfin le dieu médiateur.

Si la classification générale est Identique, le nombre des dieux est également le même dans les deux cultes. Nous avons déjà parlé des trente-trois divinités védiques ; ce nombre est formellement rappelé dans le Yaçna : «J'invoque, je célèbre... les trente-trois génies les plus rapprochés de Hâvan, qui sont d'une pureté excellente, que Mazda a fait connaître et qu'a proclamés Zoroaslre (2). »

Ces trente-trois divinités, il est vrai, ne se trouvent mentionnées qu'une fois dans FAvesta, mais, ainsi que le remarque M. Burnouf, ce ne serait pas là le seul exemple de croyances brahmîiniques conservées dans les livres sacrés des Perses et effacées complètement de la mémoire de ces derniers. 11 y a évidemment dans cette réminiscence les traces d'une communauté religieuse primitive des deux peuples, et en même temps les vestiges d'un antique essai de classification des divinités anciennement reconnues par la généralité des tri* bus de TArie,

(1) Rks-Vêda, I, p. 560, 568.

(2) Bu^OQF, Yaçnaf p. 335.

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