CHAPITRE XV
Conclusion des quatre Chapitres précéuens*
Voila donc toutes les difficultés que la Révolution a fait éclore contre la Foi de nos pères. J'en ai même rapporté qui ont une date plus ancienne , et qu'on s'est borné, dans ces temps d'erreur et de délire, à proposer, avec un redoublement d'animosité convenable à de pareilles circonstances. Quelle est la force , l'importance réelle de ces difficultés? On vient de le voir. C'est donc une chose constante que l'incrédulité, dans les conjonctures les plus favorables qu'elle ait jamais rencontrées , n'a pu donner aucune atteinte à notre Foi, et que la Révolution , avec toute sa haine et tous ses moyens, n'a pas eu de meilleur argumenta faire valoir, contre le Christianisme, que ses décrets de proscription , ses échafauds et ses noyades.
Je doute que la Religion de nos pères ait jamais pu. offrir à la terre une marque plus éclatante de sa divinité, et nous fournir un molif plus pressant et plus glorieux de lui être à ja-
(8i ) mais fidèles. Si nous n'avions pas vu ce qui est arrivé de nos jours ; si , peu infruits des preuves de la Foi, nous n'avions connu que ces temps où elle régnait avec éclat, quelques raisons apparentes pourraient troubler notre soumission : nous pourrions croire que l'opinion , la puissance, la fa veur des hommes éclairés cachaient ce que la Religion pouvait avoir de suspect et de défectueux. Mais après avoir été témoins d'un état de choses où l'impiété pouvait tout ce qu'elle voulait , où tout a été mis en œuvre pour découvrir le faible de notre doctrine et l'anéantir sur la terre j où les passions , le pouvoir et les talens ont formé inutilement contre elle la ligue la plus formidable qu'on ait vue dans aucun temps; les esprits incertains , que peuvent-ils attendre, et le chrétien que peut-il désirer qui donne àla Foi un caractère plus frappant et l'environne de plus de lumière?
Et une circonstance qui rend ce dénouement des efforts de l'incrédulité plus heureux et plus digne de notre reconnaissance, c'est qu'il aulorise un sentiment qui fut toujours cher aux Ames honnêtes. Les novateurs ne cessent de décrier les générations qui nous ont précédés; ils ne parlent que de l'avilissement et de l'ignorance où elles étaient plongées; ils veulent nous forcer
à nous séparer de nos aïeux, à condamner leur crédulité, à mépriser ceux de qui nous tenons, avec la vie , tous les avantages dont nous jouissons. Ce qui s'est passé de nos jours nous a mis en étal d'apprécier ces tristes accusations ; la Religion , rendue plus digne de notre soumission par les attaques mêmes qu'on lui a livrées, venge nos pères du mépris qu'on voudrait répandre sur leurs maximes, et nous avons plus de raison que jamais cle leur être unis de sentimens , comme nous devons tenir à leur mémoire par les liens sacrés du respect , de l'affection et de la reconnaissance.
Je termine ici l'exposition des préjugés couvaincans que je prétendais tirer en faveur du Christianisme, de la Révolution considérée en elle-même. Passons à ceux que nous fourniront les causes de cette grande catastrophe. La plus indubitable de ces causes, la plus active, la plus immédiate , je la trouve dans ces écrits que l'incrédulité a enfantés depuis plus d'un demi-siècle. On verra dans un instant si je n'ai pas raison d'indiquer cette source de nos malheurs. Or, il me sera aisé de faire voir que les auteurs de ces écrits, loin de présenter les caractères qui annoncent les défenseurs , les organes de la vérité . ont été au contraire visi-
(85) cément animés d'un esprit d'erreur et de vertige. On ne pourra s'empêcher de reconnaître que c'est ce qui forme le trait distinclif de leurs ouvrages et que par conséquent leur déchaînement violent contre la Religion non seulement ne peut lui nuire et la décréditer, mais encore est une nouvelle preuve de sou origine , la marque de son utilité , le sceau de sa sagesse.
Il faut d'abord étabiir que les systèmes et les déclamations des incrédules ont eu la plus grande part à nos désastres. Mais comme je dois prendre à celte occasion une liberté qui choque certains préjugés assez répandus de nos jours , il faut avant tout que je m'explique et que je me justifie à ce sujet.