‹ La religion prouvée par la RévolutionChapitre 12 sur 21 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Doit-on des inénagcmens particuliers à la mémoire des novateurs du dernier siècle ?

Oi l'on en croyait certains admirateurs passionnés des écrivains qui se sont distingués dans le dernier siècle par des talens éminens , joints à la haine de la Religion et de toutes nos institutions anciennes, il ne faudrait jamais en parler que pour grossir le tribut d'éloges qu'ils ne cessent de leur offrir; il faudrait exagérer le mérite de ces auteurs, dissimuler leurs écarts, s'inscrire en faux contre leur corruption ; en un mot, il ne serait permis, pour ainsi dire , d'approcher de leurs images qu'avec les signes d'un profond respect et un bandeau sur les yeux. Pour nous, le sentiment de la justice, l'amour de la vérité , l'utilité même de la société, nous paraissent des motifs suffisans pour ne point partager cette idolâtrie j et nous croyons que, si jamais il a été permis de s'expliquer avec sincérité sur les hommes supérieurs, c'est surtout à l'égard des novateurs

(85) <font nous parlons ici , qu'il y a lieu d'user sans scrupule de cette liberté.

Hé quoi, ces détracteurs de l'Evangile se sont affranchis de tout respect envers ce que lo genre humain avait toujours honoré! i\i lois, ni vertus, ni réputations, ni taMcns, ni services , n'ont été à l'abri de leur maligtfité et ds leurs censures; ils ont versé le tnenns sur la terre entière. Y a-t-il un peuple, une profession, qui trouve grâce aux yeux de l'auteur de Y Emile ? Tout lui paraît vil , corrompu, imbécile; il dégrade notre nation, il ne marque guère plus d'estime pour les autres; il outrage les grands seigneurs, les magistrats, les militaires , les prêtres : on sent qu'il n'admire que lui môme. Quel grand homme passe sous la plume de Voltaire, qui ne soit flétri par quelque réflexion caustique, par quelque trait odieux ? Les auteurs irréligieux d'un ordre inférieur , quelle liberté ne se donnaient-ils pas de tout attaquer , de tout insulter ? Et souvent même ne cherchaient-ils pas une compensation à leur médiocrité dans une distinction d'emportement, de fureur et d'audace ? Voudrait-on, après, cela , nous fermer la bouche sur les erreurs où •ont tombés ces prétendus réformateurs ? Quel motif v a-t-il aux ménajiemens qu'on semble

exiger pour eux? Et comment nous persuader qu'ils tirent de leur malignité même et rie leurs excès une sorte de consécration ou de privilège, qui les met à l'abri des accusations les plus justes ?

Au reste , la rnanière dont on traite encore aujourd'hui les plus grands génies , les noms les plus respectés dans l'histoire , suffirait pour nous rassurer pleinement. Non, rien ne nous prescrit une timide circonspection ; el dans un temps où l'on ose traiter Bossuet de vain declamateur, et ce qui est plus fort encore , où un livre, que la terre entière regarde comme descendu du ciel , est tantôt attaqué ouvertement par d'insensés systèmes, tantôt exposé au mépris des peuples par d'indécentes railleries, tout homme n'aurait-il pas le droit de reprocher à deux ou trois auteurs qui ont encore une influence dangereuse, les faussetés qu'ils ont écrites, et le mal quïls ont fait?

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