‹ La religion prouvée par la RévolutionChapitre 13 sur 21 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Les Ecrivains anti-religieux ont été la principale cause de la Révolution.

VoiiiA une vérité sur laquelle il ne semble pas qu'on puisse répandre des nuages. On s'efforce cependant encore de l'obscurcir. Les défenseurs persévérans des funestes doctrines du dernier siècle cherchent «à persuader qu'elles n'ont été pour rien dans nos désastres; et, profitant de je ne sais quel étourdissement public qui nous reste de nos troubles et de la confusion où sont toutes les idées, ils soutiennent sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, tout ce qu'il leur plaît, et nient l'évidence même.

Le but que nous nous sommes proposés, nous fait une loi de combattre ce paradoxe. La plus grande leçon que le Ciel ait jamais donnée à la terre, serait perdue, s'il pouvait prévaloir. Mettons donc dans tout son jour l'étroite liaison qui se trouve entre les systèmes, les démarches, les écrits des modernes apôtres de l'irré-

lîgion , et les malheurs récens de notre patrie. Quel homme, cloué de l'intelligence la plus commune , a seulement parcouru les ouvrages des novateurs du dernier siècle, qui ne voie clairement clans la révolution le succès d'une conspiration qu'ils avaient ourdie? Peut -on s'aveugler au point de ne pas reconnaître qu'on a renversé les institutions qu'ils avaient proscrites , frappé les coups dont ils avaient marqua la place, brisé les liens qu'ils avaient appris à détester ? Est-il permis de nier que leurs déclamations séditieuses et impies n'aient dégradé l'autorité , ébranlé le trône , sapé les autels, déchaîné les peuples ? Leurs panégyristes pensent-ils donc qu'on doit renoncer, en faveur de leurs maîtres et de leurs oracles, à l'usage du bon sens? Croient-ils qu'on puisse méconnaître le but et l'évidente signification de ces mots éternellement répétés de préjugés, de souverainetè du peuple , de tyrannie et & esclavage ;■ de ces termes y dis-je, dont les philosophes se servaient pour allumer les passions, et sur le sens desquels toute la suite et l'esprit de leurs ouvrages ne laissent aucun doute? Les écrivains impies n'ont pas fait la Révolution ! Mais, quoi! n'est-ce pas préparer la subversion de l'ordre public, que d'échauffer le peuple ? de le passion-

ïicr par l'image exagérée de ses droits , de rêvé • 1er à ses passions le secret de ses forces; de 1er pousser enfin sur une pente où l'on sait bien qu'il ne sera plus au pouvoir de l'homme de l'arrêter ? Y a-t-il eu un seul des excès auxquels ce peuple s'est porté qui n'ait trahi des projets formés de loin? N'esl-il pas visible qu'on pourrait prendre une à une toutes les scènes de la Révolution, et en montrer dans des livres trop fameux, l'apologie anticipée, ou plutôt la violente provocation? Et puisqu'on cherche par d'inexplicables dénégations à voiler la vérité la plus claire et la plus instructive pour le genre humain, pourquoi garderions-nous ici des ménagemens pusillanimes ? Et après avoir demandé ce qui a pu faire taire tout sentiment d'humanité, et étouffer tous les remords dans rame de ces malheureux qui se souillèrent par le plus monstrueux des attentats, ne nous forcet-on pas nous-mêmes d'en indiquer une cause trop connue dans ce vœu féroce contre lequel la secte n'a point réclamé, et que Diderot renferme dans des vers que ma plume se refuse à transcrire?

Ne ponrrais-je point m'arrèter ici ? Ou plutôt, me serait-il permis d'insister, si nous nr vivions a une époque où l'on est obligé, sur cci-

(9°) taines matières, d'ajouter sans cesse de nouveaux traits à ceux qui ont déjà porté l'évidence dans tous les esprits équitables? Mais, puisqu'on nous contraint à ne rien négliger, je le demande encore : De quelles autorités s'appuyaient les révolutionnaires? Quels noms invoquaient ces fabticateurs de décrets insensés ou atroces? D'où tiraient-ils les axiomes qu'ils mêlaient à leurs clameurs? De qui ont-ils fait l'apothéose ?

On ne veut pas que ces promoteurs célèbres de l'irréligion aient contribué à nos fureurs et à nos désastres.' Mais comment ce fait peut- il être contredit , puisqu'ils l'ont avoué eux-mêmes ,. du moins par l'organe de ceux d'entre eux qui ont assez vécu pour cela?

ce Serait-il donc vrai, disait Raynal (1) , en

(i) Voyez Moniteur du 2 juin 1791, séance de l'Assemblée Constituante du 3i mai précédent.

Le parti philosophique s'avisa , quoique un peu tard , d'élever des doutes sur l'authenticité de cette lettre. Le style, entièrement conforme à celui des écrits qu'on ne peut disputer à Raynal , suffirait pour détruire cette allégation j mais il est aisé d'en prouver évidemment la fausseté , par les détails contenus dans le numéro du Moniteur indiqué plus haut. On y lit que M. Bureau de Pusy, président, s'exprima ainsi , en s'adressant à l'Assem-

c( s'adressant aux Constituans , serait-il donc « vrai que je suis un de ceux qui ont donné « peut-être des armes à la licence? La Reli- « gion, les lois, l'autorité royale, redemandent-

« ils donc à la philosophie les liens qui les

« unissaient à cette grande société de la nation « française ? »

Je sais bien qu'il tempère l'amertume de cette confession par des adoucissemens et des tours d'orateur , qu'il s'excuse sur ce qu'on a pris trop à la lettre les conseils des philosophes ; mais ignoraient-ils donc, ces téméraires réformateurs, qu'ils auraient les passions pour interprèles, et qu'elles étendent, loin de le restreindre, le sens des termes qui les flattent?

blée : « Ce matin , M. l'abbé Raynal est entré chez moi ; « il m'a prié <le remettre à l'Assemblée , sous forme tîe « pétition , ou de tout autre manière , un écrit signé de (f lui, que je n'ai pas eu le temps de lire alors. M l'abbé « Raynal , en me remettant la lettre qu'on vous a lue, « m'a prévenu que, si elle n'était pas rendue publique « dans l'Assemblée par la voie qu'il me demandait , elle « le serait par l'impression ». Que peut-on répondre à cela? Dira-t-on que 1 avnal n'avait pas rédigé lui-même cette lettre? D'où peut-on le savoir? Pans tous les cas, il est démontré, qu'il en adopta les sentimens, et c'est iout ce qu'il nous faut.

ÎSTon , non ; ils sont bien convaincus d'avoir amené les maux dont nous respirons à peine. Voltaire n'a pas vu tout ce qu'il a fait , mais il a fait tout ce que nous voyons (i). Qui a oublié ce passage d'un écrivain, aussi passionné à cette époque pour le nouvel ordre de choses, que défenseur ardent du philosophisme? C'est encore un monument très-digne de remarque, que cette lettre adressée à Raynal , par un philosophe qui se rendit l'organe de tout le parti, et qui disait à son vieux maître: «Voltaire, « Montesquieu, Rousseau, Mably, sont morts t( avant d'avoir vu fructifier les germes qu'ils « avaient semés; vous vivez, vous qui avez avec « eux préparé les voies de la liberté, etc. » (2) Enfin Condorcet, dans le Rapport (5) qu'il fit dans l'Assemblée Législative, sur l'instruction publique , félicite hautement la philosophie d'avoir préparé et enfanté la Révolution.

(1) Mercure de France, n° 32, du samedi 7 août 1790. ïl est certaiu que La Harpe était l'auteur de l'article où se trouvent ces paroles.

(2) Voyez le Moniteur du dimanche 5 juin 1791-

(3) Rapport sur l'Instruction publique, fait par Condorcet, dans les séances de l'Assemblée Législative , des 20 et 21 avril «792.

Qui faut-il en croire, ou des hommes dont ies uns s'accusent franchement eux-mêmes, et ies autres pouvaient encore se persuader par un reste d'illusion que la philosophie tirerait quelque gloire des mutations qu'elle avait amenées, ou des partisans obstinés des modernes doctrines, qui, voyant la Révolution noircie par des crimes trop horribles, et les intérêts changés , s'efforcent de disculper leurs systèmes de toute participation à nos troubles, et d'une complicité aussi déplorable que manifeste?

Croirait-on qu'on forme encore des objections? Ce que je viens de dire laisse -t- il le moindre nuage dans l'esprit? On met pourtant en usage les plus hardis sophismes pour rendre douteuse une vérité si claire, et Ton ose soutenir, encore à présent, que la philosophie n'a attaqué que les abus dont la Révolution nous a délivrés.

Voilà ce que Ton dit ; mais à qui espère-t-on persuader une chose dont la fausseté est si palpable? Quoi! lorsque Voltaire et ses plus intimes conlidens sYxcitaient mutuellement par cette exécrable formule à ôter du monde le Christianisme, n'attaquaient - ils qu'un abus' Que nos adversaires le pensent ainsi, il suffit <^ue le monde entier ait horreur d'une semblable

opinion. Mais, oseront -ils prétendre que la royauté est un abus? Et cependant il est incontestable que les chefs des incrédules en ont provoqué l'abolition. Je ne reviens plus sur ce souhait abominable , que j'ai été obligé de rappeler, et il m'est aisé de fournir à cet égard une preuve pins étendue et plus circonstanciée. J'en puise les détails dans des Mémoires récens et très-instrnclifs, où l'on termine le récit de la séance de la Convention, du 21 septembre 1792, par ces judicieuses réflexions : « Le comédien Collotcc d'Herbois proposa d'abolir tout- à -fait la « royauté; mais la motion expresse en fut faite

ce après lui par Sa proposition fut décrétée

« par acclamations Ainsi fut réalisé le voeu

ce le plus ardent de tant d'écrivains renommés, ce Le décret du 21 septembre ne fut quel'appli- « cation immédiate des principes répétés dece puis quarante ans dans une foule de livres

« Rousseau, dans son Contrat-Social, posa ce comme un axiome la souveraineté du peuple, a apprit aux hommes que partout ils étaient es- « claves, et les enivra de l'amour et du désir de « l'indépendance. Helvétius peignit sa patrie gé- <c missante sous le joug du despotisme , et prétende dit que le gouvernement monarchique resservi rait le génie, corrompait les mœurs, et étouf-

(95) ; dt la liberté. Les auteurs du Système de laNa- « ture ne virent dans les rois que des oppresseurs, « deslyrans, des ennemis de l'humanité, et en- <( couragèrent les eitoyens à ressaisir des droits « usurpés. Raynal, dans son Histoire philoso- « phique , donna carrière à ses déclamations « emportées et à ses conseils fougueux, appela ce les sujets des imbécilles, des lâches et des stu- « pides ; et leur répéta qu'ils ne mériteraient les « regards et l'intérêt de la philosophie que lors- « qu'ils s'affranchiraient de cet état d'abjection « et de servitude. Diderot, Condorcet , Nai- « geon , et d'autres adeptes, avaient rempli « leurs écrits des mêmes maximes. La souve- * « raineté des peuples devint une vérité fbnda- « mentale, de laquelle il ne fut plus permis « de douter. Jl fut convenu de regarderie gou- « vernement monarchique comme un despote lisme intolérable. Ces idées, à force d'être se- « niées partout, séduisirent des esprits fi ivoles, « et la Convention , en les sanctionnant , ne fit « qu'exécuter des vœux tant de fois émis par les « philosophes. »

Ceci nous conduit à deux conséquences ; l'une, que les écrivains impies ont été la cause la plus directe et la plus active de tios bouleversemens politiques j l'autre, qu'il ne faut que

cette catastrophe et tous les crimes inouïs dont elle a été le signal ou le principe, pour décréditer à jamais les écrivains impies. La Révolution , voilà l'immortelle et invincible réfutation du moderne philosophisme; il n'en faudra jamais d'autre pour un cœur droit.

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