‹ La religion prouvée par la RévolutionChapitre 19 sur 21 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Qui sert de conclusion à cet Ecrit.

L/e culte que nos pères nous ont laissé comme leur plus précieux héritage, brille donc d'un éclat de vérité qu'on ne peut méconnaître, et il conserve jusque dans ses ruines l'empreinte visible et majestueuse de la sagesse qui l'a fondé. La Foi sort de la plus terrible épreuve que l'enfer lui ait. suscitée, et tant de fureurs n'ont abouti qu'à mettre dans un plus grand jour sa sainteté et sa vigueur. C'est un flambeau autour duquel l'orgueil et les passions élèvent sans cesse de nouveaux nuages, afin de pouvoir se persuader qu'ils ont éteint tous ses rayons, et qu'ils ne seront plus blessés de son importune lumière : mais bientôt cette flamme divine dissipe une obscurité passagère, et lance au loin de vives étincelles qui réjouissent les coeurs droils, et découvrent avec plus d'horreur, aux hommes superbes, l'abîme qu'ils s'efforçaient de ne point voir. Voilà ce qu'a produit la Révolution. Elle a donné de nouveaux appuis à notre Foi, et des instructions à tout le ^enre

( ih0 ) humain , qu'il serait trop coupable d'oublier. Mon , jamais le Chrétien ne dut être plus ferme ni plus ébranlable. Les Pascal, les* Racine, les Fénélon , qui se montrèrent si humblement soumis à l'Evangile*, avaient devant les yeux toutes les difficultés digues de quelque attention , que les incrédules ont renouvelées avec tant de bruit et d'animosité, et ils n'avaient pu voir ces nouveaux et glorieux caractères que la Révolution a imprimés, pour ainsi dire, sur la Religion de Jésus-Christ. Ce qu'ils ont cru, ils auraient donc aujourd'hui de plus fortes raisons de l'aimer, de le défendre, d'y assujétir la grandeur et la beauté de leurs génies. Que nous sommes aveugles, après cela, de nous flatter que notre vue est plus sûre , plus pénétrante , plus étendue que celle de ces grands hommes! Et quelle est notre témérité de penser que notre médiocrité , notre orgueil et nos crimes doivent nous servir de rempart contre des vérités qui ont vaincu toutes leurs répugnances et triomphé de leurs lumières !

Mais, est-ce par raison que l'on combat aujourd'hui la Foi? Qui en connaît les ioudemens? Qui en étudie les preuves? Sur cent détracteurs de la Religion de nos pères* y en a-t-il un qui ait examine ses titres avec soin et avec

droiture, et qui la connaisse autrement que par les écrits passionnés et les criantes impostures de ses ennemis ? Quelle est celte équité ? El comment un cœur honnête et sincère peut-il établir sa croyance et ses* affections sur une base si méprisable?

Examinez f et vous croirez , disait un philosophe de nos jours revenu à la Foi; mais on n'a pas -voulu l'en croire. Notre siècle veut nier, blasphémer, haïr, et tout cela sans examen. C'est qu'il n'est pas besoin d'examiner et de réfléchir pour voir où. tend la Religion, ni pour lui trouver un crime qu'on ne pardonne point aujourd'hui. On se croit né pour une indépendance sans bornes. Le rêve de la Révolution n'ayant pas pu se réaliser dans la société, on veut le réaliser dans ses mœurs; on veut suivre tous ses penchans, être faux, intrigant, voluptueux, injuste, ambitieux, impie, sans frein, sans contrainte, sans remords; la moindre barrière opposée à l'orgueil blesse et irrite; la moindre règle prescrite à la volonté et aux passions, semble un esclavage indigne. Touchez à la corruption, ce sont des frémissemens et une révolte furieuse qui n'eut jamais d'exemple. Voilà le lort inexcusable de la Religion; ses préceptes obscurcissent l'éclat de ses litres;

( '70 sa droiture inflexible détruit son autorité; son innocence la condamne et la rend affreuse. Noire sfècle a ici quelque droit de s'enorgueillir. Il est vrai, il a trouvé la grande et véritable difficulté de la Religion chrétienne. Les autres siècles s'en étaient douté avant nous; mais avec la différence que cette opposition à tous les vices fait haïr et mépriser le Christianisme. Au lieu que tous les Ages y avaient vu le plus beau de ses caractères, et la marque la plus glorieuse de son institution divine.

Notre nation conserve encore quelque sentiment de cette vérité. La dernière faculté que la corruption éteindra chez les Français, c'est un discernement exquis de ce qui est bon et juste. Mais une secte qui se charge encore , parmi nous , de diriger les opinions , et qui met autant d'ardeur à perpétuer dans le sein de la nation un abominable levain d'impiété, que nos pères en me liaient èi transmettre à leurs neveux le feu sacré de l'honneur et de la vertu , celte secte prend un moyen infaillible pour rendre inutile ce mouvement des esprits et ce reste de droiture. Point de Religion sans prêtres ; et la voie la plus sûre pour détruire sans ressource et le Christianisme et ses prêtres , c'est de flétrir le sacerdoce et de le dessécher

( i7* ) jusque clans sa racine, par les mépris etlahaii:? publique. Eh! que font-ils autre chose , nos irréconciliables ennemis , que de souffler encore , clans tous les cœurs, celte haine et ce mépris ? L:Eglise de France s'est vue, pendant près de deux mille ans, un objet d'amour et de respect; ses ministres étaient les maîtres de l'enfance, les tuteurs des pauvres, les consolateurs des malheureux, les conseils des Rois, disons-le sans crainte, l'ornement et l'appui de la société entière. Pourquoi donc voit-elle l'amour se changer en haine , la confiance en dureté et en aversion ? Qu'est -il donc arrivé qui ait#flétri et dénaturé son caractère ? Serait ce ses messures si profondes , et qu'elle a reçues pour la Foi , qui la rendraient méprisable '■ El son repos, ses biens et son sang, prodigués pour maintenir toutes les saines maximes qui ont fait si longtemps fleurir la France, ne lui donneraient de» droits qu'à la haine des Français !

Ce n'est pas ce que les étrangers ont ressenti à son égard. Nos prêtres , forcés de s'éloigner de leur patrie qui les repoussait, et en faveur de laquelle ni leurs prières , ni le martyr d'un grand nombre d'entre eux n'avaient pu apaiser le Ciel, n'ont reçu partout que des respects; les autres peuples ont été attendris de leur in-

( i73 ) fortune, ils ont révéré leur courage , admiré leur résignation , secouru abondamment leur noble pauvreté ; et rentrés dans leur terre natale , ces ministres , que le malheur devait , ce semble, avoir rendus plus chers a leurs peuples, n'ont éprouvé , de la part d'une classe d'hommes trop accrédités , que des dérisions , qu'une persécution sourde et maligne, que des traitemens et des outrages propres à leur faire sentir que l'exil n'est pas, de toutes les situations, la plus triste ni la plus misérable.

Oserai-je parler au nom de tous les ministres des autels, et réclamer en leur faveur les droits les plus saerés? Ne voit-on plus en nous des Français ? Qui nous a fait perdre ce titre ? Avonsnous donc flétri ce beau nom et démenti une si noble origine ? Les liens du sang et de la société sont-ils sans force pour nous? Nos prédécesseurs ont-ils eu si peu de part aux institutions qui fondent le bonheur public , que nous devions être exclus de ce bonheur ? Veut- ou nous faire porter la peine de leur zèle inaltérable pour nos Rois, des lumières qu'ils ont répandues, des monumens qu'ils ont fondés, de leur fermeté à soutenir ies droits le la nation, qui les a distingués de toutes les églises du monde , de la prospérité où ils oui élevé tant d*

familles i des écrits immortels qu'ils ont laissés , de la gloire qu'ils ont acquise à la France ? Où trouve-t on là des motifs pour nous dégrader ? Et quand, au milieu des humiliations et des dégoûts, nous ne continuerions pas nous mêmes, suivant nos forces, leur ministère et leurs travaux , ne devrait-on pas nous compter pour quelque chose , d'être les successeurs de tant de grands hommes et les débris du corps le plus illustre dont aucun peuple ait pu s'honorer? Et cependant de quel œil nous voit-on ? Quel rang nous laisse-t-on dans la société? Quelle distinction a succédé à celle qui relevait autrefois notre caractère? En est- il d'autre aujourd'hui pour nous qu'une triste privation de la considération qui appartient à tous , que le douloureux privilège d'être en butte à des détractions éternelles , qui ôtent presque tout crédit à notre ministère? Ne dirait-on pas que nous sommes une colonie de gens inconnus et incommodes , qui, n'apportant aucun titre, aucune relation de famille ni de parenté , aucun droit à la reconnaissance ou même à l'hospitalité , est venue surcharger le corps de la nation, et sur laquelle on se venge, par la dureté et les rebuts , de l'impossibilité où l'on est de la chasser et de s'en défaire ?

( »7Ô ) Nous en attestons le Ciel avec confiance'; ce n'est pas pour nous que nous sommes touchés de celte injustice. Avouons-le franchement , nous y trouvons encore des compensations. Outre les motifs qui doivent nous guider et nous rendre peu sensibles à ces amertumes, la confiance de quelques Chrétiens fidèles, les consolations que nous répandons encore dans quelques familles, la longue habitude de souffrir , les encouragemens que nous donnent encore des hommes supérieurs ou de nobles héritiers de la loyauté et de la Foi de nos ancêtres; toutes ces ciiconstancfes empêchent presque dç parvenir jusqu'à nous les insultes dont nous sommes l'objet. Mais , quoi qu'en disent nos implacables adversaires , nous savons prévoir l'avenir et nous intéresser à la destinée des peuples. Français , nous tremblons à la vue de notre patrie, perdant, avec ses autels, le plus ferme appui de sa félicité; Chrétiens et prêtres , nous ne connaissons pas de plus grand malheur que l'extinction de la Foi. Voilà ce que nous portons gravé au fond de nos cœurs ; et c'est ce qui nous remplit d'inquiétude et d'alarmes, en voyant qu'on égare les sentimens d'une nation disposée au repentir, et qu'on la mène

( 176) rapidement, par la haine du sacerdoce, à la ruine de tout culte et de toute religion.

Certains esprits noirs envisagent sans effroi cet avenir, et le hâtent par leurs vœux; ils soupirent après le moment où leurs regards ne seront plus blessés par la vue d'un prêtre. Mais quel vœu insensé! A qui peut-il donc être avantageux que le culte de Dieu soit anéanti ? Ces cruels ennemis de la Religion de nos pères ne seront-ils peut-être pas les premiers, un jour, à verser des larmes amères sur ses ruines ! Ils ne rêvent que richesses, ils ne cherchent que les commodités du luxe et de la fortune. Mais quand le peuple n'aura plus aucun frein, quels trésors seront en sûreté? Quelles richesses seront à l'abri de la fraude , de la violence et du pillage? Us n'ont pas renoncé sans doute aux sentimens de la nature , et aux douceurs du bonheur domestique; mais quand les passions régneront dans la famille comme dans la société , que l'intérêt propre y étendra ses ravages , et y desséchera tous les cœurs; qui empêchera les enf ms de ces hommes orgueilleux de porter l'amertume et l'effroi dans leur âme ; qui les arrêtera sur le chemin du déshonneur et de l'infamie ; qui désarmera leurs mains parricides

( *77 ) el impatientes , d'abréger des jours trop longs au gré de leur cupiciilé ? Ils aiment les plaisirs, ils ne respirent que la joie; et la tristesse de notre ministère est ee qui les irrite le plus. Mais peuvent- ils ignorer que l'impiété est mortelle à la douceur des mœurs et àTagrément du commerce? N'a-t-elle pas flétri tout l'enjouement de notre nation? Oui: l'irréligion met dans les cœurs, l'orgueil-, les remords, l'insensibilité pour les autres, toutes les passions qui s'opposent aux doux épanchemens et à la véritable joie. Aussi les livres divins nous montrent-ils la cité injidelle plongée dans une sombre tristesse; les instrumens de plaisir se taisent, on n'y entend plus/z//<? chant de l 'épouse , ni le cantique de l'époux; tous les cœurs y sont flétris , tous les regards inquiets et mornes.

]Sul homme, quel qu'il soit, n'a donc sujet de désirer que la Religion périsse; mais combien les circonstances où nous sommes rendentelles ce souhait plus criminel. Voici une autorité que l'irréligion ne peut récuser. Rome , dit Montesquieu, était un vaisseau tenu par deux ancres dans la tempête, la Religion et les mœurs (i). La France se trouva- t-elle- ja-

(i) Esprit des Lois, 1. "VIII , cb. i3.

( 17» ) mais dans une position plus critique? Le corps de l'Etat se vit-il jamais battu par plus d'orages , plus affaibli et plus ébranlé? Quel est donc cet. esprit de vertige qui cherche à lui ôter son appui le plus fort, au moment où elle fléchit sous l'adversité ? Quelle est cette fureur qui ne veut pas qu'une Religion divine nous ménage des moyens de salut qne ne réclama jamais en vain d'une Religion fausse , le peuple le plus sage et le plus célèbre empire du paganisme?

Mais tous ces motifs doivent céder à une autre pensée et à l'image la plus effrayante que jamais peuple ait eue devant les yeux. A quoi attribuer le peu d'impression qu'elle fait aujourd'hui, qu'à un aveuglement surnaturel? Si le sacerdoce tombe, et par conséquent la Religion, ne nous flattons pas d'éprouver la destinée et les] malheurs supportables des nations qui ont détruit leur culte héréditaire. Dans tous les siècles , on a vu les peuples qui renonçaient à une Religion, substituer d'autres autels à leurs autels renversés. Les Païens n'ont briseleurs idoles que pour élever à leur place la Croix de Jésus-Christ. Si l'Orient et l'Afrique onr abjuré l'Evangile, ils ont puisé d'autres dogmes et un tutre culte dans l'AIcorun. I a Moscoyie n'a quitté ou les lumières de la vraie

( !?9 ) Foi, ou les ténèbres de l'idolâtrie, que pour embrasser la Religion grecque. L'Angleterre a remplacé la croyance catholique par un luthéranisme adouci et modifié. Cette règle est générale : jamais un peuple n'a cessé d'adorer la Divinité d'une manière, sans adopter une autre forme de culte. Il n'en est pas qui n'eût frémi de rompre, avec le Ciel ; qui n'eût reculé d'horreur en vo3'ant s'ouvrir sous ses pas un abîme où Foi, culte, adoration, enseignement, sacrifice, espérance d'un avenir, idée d'un Dieu, vertu, morale, tout allait fondre et s'anéantir, Ce qu'on n'a jamais vu, nous le verrons, si Dieu ne met un terme à notre délire. Encore quelques années, etjle sacerdoce, éteint ou méprisé, ne laissera plus subsister en France ni Foi, ni culte. Nos églises, inutiles, deviendront la proie du fisc ou la retraite des bêtes sauvages. Les autels auront disparu , la Pveligion se taira, Dieu ne seia pas même nommé à l'enfance, et l'athéisme régnera seul, sans obstacle et saos rival, en tous lieux et dans toutes les Ames. Que deviendra alors la France? Quel spectacle offrira ce peuple devenu indépendant du Créalcursuprême? Quelles seront ses moeurs, ses institutions, sa force, ses lois, sa félicité9 Kous ne pouvons le dire, puisque chez aucun

peuple, ni ancien, ni moderne, ni grand , ni obscur, ni policé, ni barbare, nous ne trouvons d'exemple d'une telle situation. Mais, en ' réalisant dans son imagination cet état monstrueux, on peut s'en faire une f.tible idée. Sans doute tout ce que l'homme doit à la Pveligion, la majesté des Rois, la douceur des mœurs, l'autorité , la sainteté des lois , la foi du serment, le lien conjugal, ces choses que la Religion a établies ou consacrées, seront méconnues et bannies; le pouvoir pâlira sans cesse devant la révolte; la justice verra bientôt son glaive brisé par la violence : plus de frein, le bien et le mal n'auront plus de nom. Sans doute ces crimes que les progresse l'impiété rendent si communs parmi nous, inonderont cette terre infortunée. On se fera un jeu de l'inceste, du parricide, des perfidies les plus lâches, des meurtres les plus cruels, et on verra partout l'amour maternel lutter en vain contre l'horrible dépravation qui redoutera ou des sacrifices trop prolongés ou des soins trop pénibles. La société tournera contre elle-même tout ce qui fait sa gloire et sa douceur. Les talens ne serviront qu'à fonder la tyrannie : on ne leur demandera ni des projets utiles, ni des produc- 1 ions honorables, mais des pièges, des trahi-

sons, des moyens surs d'abuser l'imprudence, ou de perdre la faiblesse. La vertu, s'il pouvait s'en trouver dans un pareil séjour, ne ferait qu'exciter une haine impie, et fournir matière à de nouveaux attentats. La beauté ne se montrera que pour allumer des ardeurs brutales, et le sang répandu d'une multitude de rivaux insensés sera l'affreux et ordinaire témoignage de son pouvoir et de leur ivresse. Les arts périront : qui pourrait se livrer dans cette confusion à des occupations paisibles ? On ne pourra ni se reposer sur le travail cfautrui , ni compter sur ses services : chacun ne verra que soi; les hommes, opposés les uns aux autres par toutes les passions, ne sauront que se haïr, se détruire, et sans doute ils finiront par s'entre-déchirer de leurs propres mains, si Dieu ne prévient leur fureur, et ne livre ce peuple à d'autres nations chargées d'anéantir jusqu'à son nom sur la terre.

Voilà l'abîme où nous courons, et ceux qui ne découvrent pas ce terme de notre fatale imprévoyance , ou qui ne craignent point les suites de rétablissement public de l'athéisme parmi nous, sont des esprits faibles qui ne voient rien, ou des furieux à qui une rage aveugle ne laisse aucun des sentimens gravés au fond de notre être.

On y pourvoira, nous dit-ôn. Je l'attends de la bonté du Ciel : je sais aussi qu'il est des sollicitudes toujours occupées de notre bonheur, et qui ne doivent trouver en nous que respect et confiance. Mais il y a des illusions qui tiennent au siècle , et qu'il faudra vaincre et assujétir à la raison. Qui peut en douter? Et comment le bien le plus pressant , le plus décisif et le plus étendu dans ses suites pourrait il s'opérer par une action languissante et faible ? Qui peut espérer qu'une classe d'hommes qui doit tonner contre les passions, les maîtriser et les réduire, pourra en arrêter les ravages, si on ne lui laisse aucun des moyens qui agissent sur les hommes ? Que produira son zèle, si elle est peu nombreuse, éparse çà et là sur la surface d'un vaste empire, sans considération, sans unité, toujours entourée ou d'une surveillance ombrageuse, ou d'une malignité impunie? Quel sera le fruit de ses efforts, si, au lieu d'être comme une digue où viennent se briser toutes les cupidités humaines, elle en est au contraire l'éternel jouet ; foulée aux pieds par l'orgueil, insultée par l'impiété, dédaignée parles grands, en butte à l'insolence grossière du peuple même. A quoi servira la Religion et ses prêtres, si l'on continue à regarder ceux-ci sur le pied de l'une de ces castes d'Orient , dont la destinée est de

( i83 ) souffrir sans aucun recours les injures et le mépris public : si la justice que les autres citoyens obtiennent lui est obstinément refusée, avec les mêmes titres et dans une situation pareille ; enfin, si un état ingrat et précaire n'attire dans celte classé que des hommes d'une naissance basse et d'une éducation vulgaire, et si les premières impressions y rendent presque inconnue cette grandeur d'aine et cette dignité de mœurs qui se faisant respecter des grands eux-mêmes et des chefs des nations, mettent la Religion dans ces rangs élevés, d'où elle se répand sur tout un peuple par le pouvoir et par les exemples?

Ne laissez à la Religion que cet avenir, et le Culte divin tombera en France, et notre patrie périra ou deviendra la proie de l'athéisme.

Qui ne frémirait à cette pensée? Qui ne sentirait ses entrailles déchirées , en pensant qu'un pareil sort peut regarder nos propres neveux? Et cependant il est parmi nous des adversaires implacables et déclarés du culte de nos pères, qui tendent de toutes leurs forces vers ce but affreux. Disciples de quelques hommes fameux, peut-être plus imprudens encore que dépravés, ils nous poussent vers un abîme devant lequel leurs maîtres auraient reculé d'épouvante. Je ne crains pas de l'avancer; Voltaire et Rousseau.,

( i84 ) éclairés par nos désastres, prêteraient ici leurs voix à la Religion. L'expérience , jointe à la grandeur de leurs vues, leur ferait embrasser cette cause sacrée : ils sentiraient et persuaderaient peut-être aux autres cette vérité : Que les autels ne peuvent crouler sans entraîner la société dans leur ruine, et en amener le déchirement et l'entière désolation. Que si on me demande pourquoi leurs sectateurs montrent une animosilé si profonde et une rage si incurable, j'emprunterai d'un grand homme l'éclaircissement de ce doute : « Les inventeurs des doc- « trines impies, dit Leibnitz, gardent ordinai- « rement par divers motifs quelque retenue et « quelque modération; mais ces raisons cessent « le plus souvent dans leurs disciples ou leurs « imitateurs , qui, se croyant déchargés de l'im- « portune crainte d'une Providence surveilcc lante et d'un avenir menaçant, lâchent la « bride à leurs passions brutales, et tournent « leur esprit à séduire et à corrompre les autres; « et s'ils sont ambitieux et d'un caractère un « peu dur, ils seront capables, pour leur plaisir « ou leur avancement, de mettre le feu aux « quatre coins de la terre; et y'en ai connu de a cette trempe que la mort a enlevés! » (Nouveaux Essais sur V Entendement humain x

p. 4ao. Esprit de Leibnitz , t. I,p. 282.) Que l'Europe serait heureuse, sr ces hommes, dont l'effroyable endurcissement excitait l'horreur de l'illustre philosophe, n'avaient point laissé de successeurs !

Terminons ces réflexions. L'écrit qu'on vient de lire a du, ce semble, dissiper bien des préjugés. Il a dû faire sentir que le Christianisme est fondé sur la vérité même ; et puisqu'on a vu l'incrédulité, avec tous les moyens imaginables de détruire cet antique édifice, ne pouvoir y réussir, que doit-on conclure, si ce n'est qu'une main divine en a posé les fondemens? S'il en est ainsi, combien serions-nous coupables de consentir à perdre une Religion dont les hautes promesses sont si bien garanties! Elle se retire cependant du milieu de nous : elle va s'ensevelir dans le même gouffre qui dévore rapidement le sacerdoce. Tout Français ne doit-il pas prévenir ce malheur? Et un zèle actif à ranimer le ministère prêt à s'éteindre, n'est-il pas le plus sacré de ses devoirs, comme le plus grand de ses intérêts? Et s'il fallait ajouter à tant de raisons un dernier motif, la sensibilité, la reconnaissance ne réclame-t-elle pas ici ses droits? Quoi ! tous les peuples protégés par la Divinité, et arrachés par sa bonté visible à quelque genre d'infortune, d'oppression ou de fléau, n'ont-

( i«6 ) ils pas redoublé les marques de leur piété envers celte puissance souveraine? Ne lui ont-ils pas consacré des monuraens durables de leur dévouement et de leur gratitude? Quelle nation a été affranchie d'un état plus affreux que celui où nous sortons? Quels coups plus imprévus ! Quelle manifestation plus claire d'un appui surnaturel ! Quelle assistance plus merveilleuse , dans un temps où elle n'était pas même achetée par le repentir, ni attirée par la confiance ! La France ne doit-elle pas ouvrir les yeux ? Ne doit-elle pas craindre de se séparer de tous les peuples et de tous- les siècles par une triste distinction d'orgueil , de dureté et d'ingratitude ? 11 y a un ordre de Providence que la malice et l'aveuglement des hommes ne peut changer. Il iaut que l'orgueil , sollicité par tout ce qui peut le ramener, cède à la bonté, ou qu'il expire foudroyé par la justice. Cette vérité n'est-elle pas digne de nos méditations profondes? Et mille signes inquiétans, et même les effets inévitables d'un égarement sans exemple , ne nous découvrent-ils pas dans l'avenir des calamités possibles dont notre impiété obstinée nous rendrait dignes , et que notre retour sincère à la Foi de nos aïeux peut seul écarter ?

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