‹ La religion prouvée par la RévolutionChapitre 4 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Principe fondamental de la Révolution opposé aux maximes du Christianisme.

t3un quelle base a porté la Révolution toute entière? sur le principe de la souveraineté du peuple. Or ce principe dont on n'est servi pour tout renverser, n'a jamais été goûté dans le sein de la vraie Religion. Bossuet l'a combattu avec toute la vigueur de son génie. Il n'y avait pas une seule école en France ( où l'on sait que l'enseignement était tout entier sous la main de la Religion ) qui ne partageât sur ce point et ne défendît avec zèle la doctrine de ce grand évèque. Faut-il s'en étonner après ce qu'on lit dans l'Ecriture? Et où serait donc l'obligation d'obéir à des maîtres injustes , si l'on avait le droit de s'en débarrasser en les déposant? Et quel factieux ne trouvera pas dans ce principe, une arme toute prête pour renverser l'Etat ? Avec de l'habileté et de la fourberie ne pourra-t-il pas toujours travestir le prince en tyran? ne lui sera-t-il pas aisé de dénaturer ses

motifs, d'envenimer ses démarches, de noircir la vertu même assise sur le trône? Où serait la providence sur les peuples? au lieu de régler la société civile comme elle a ordonné tout le reste , il est visible qu'elle aurait mis dans son eein un principe toujours actif de bouleversement et de dissolution. Les novateurs traitent cette doctrine de lâche et de pusillanime. Mais qui ne voit qu'ils ne cherchent par ces qualifications méprisantes qu'à soulever les peuples, pour parvenir ensuite à les opprimer. La vraie lâcheté est attachée à un principe qui tend le plus souvent à secouer un joug honorable pour tomber sous la plus cruelle et la plus ignominieuse tyrannie. Quoi qu'il en soit, le Christianisme n'entre pas dans tous ces sophismes, et c'est incontestablement à l'orgueil révolté contre les sages maximes qu'il répand et qu'il favorise , qu'on doit demander compte de toutes les suites et des effroyables excès de la Révolution.

( iS ) CHAPITPvE V.

Conduite Je Dieu sur l'Eglise pendant la Révolution.

V/uoique je ne pnrle ici, comme je l'ai annoncé, que delà Religion chrétienne en général , il est aisé de voir que l'Eglise catholique mérite une attention particulière. On ne peut en douter; c'est sur elle que roule le sort du Christianisme; c'est la tige ancienne qu'on ne pourrait déraciner sans que tout le reste de l'arbre n'eût part à sa ruine. Il faut donc voir la conduite de la Providence sur celle Eglise, durant la Révolution.

Pie VI, traîné en exil, s'écriait douloureusement : Que va devenir l'Eglise ? Il est vrai que tout semblait ôter l'espoir qu'il eût jamais un successeur. L'Italie asservie, tous les cardinaux sous la main du Directoire : la politique fortement sollicitée par l'irréligion , d'anéantir la Catholicité , bien des victoires , bien des ressources pour les soutenir et en poursuivre le cours ; tel est le concours des circonstances qui tenaient en quelque sorte l'Eglise suspendue sur l'abîme;

( i6) mais Dieu ne peut lui manquer , et il faut avouer que la manière dont il accomplit sa promesse, ouvre l'une des scènes les plus étonnantes qui aient été données à la terre. A sa voix, le Moscovite accourt des extrémités de l'Europe et des déserts de l'Asie ; les peuples abattus se raniment; l'Ottoman, lui-même , joint ses efforts aux armes chrétiennes ; l'Italie est délivrée ; et c'est à la faveur d'une protection si nouvelle et si extraordinaire que le sacré Collège se réunit et qu'un Pape est élu et proclamé dans Venise. Mais ne perdons point de vue la conduite de la Providence. Que tant de peuples divers ne croyent pas que le jour de leur délivrance et de leur triomphe durable est arrivé. L'Eglise a un chef, leur mission est remplie et rien ne doit plus interrompre l'ordre des événemens humains. On sait que la bataille de Marengo eut lieu trois mois après l'élection de Pie VII, et qu'une puissance également formidable à l'Eglise et à toute l'Europe recommença à porter de toutes parts ses armes victorieuses, et poussa plus loin que jamais sa domination et ses conquêtes, (i)

(1) M. l'évêque d'Alais développa le premier, dans une lettre à ses grands -vicaires, cette belle considéra-

Depuis, l'Eglise a été encore plus dangereusement attaquée, et ses ennemis ont pu se liât— ter avec plus de vraisemblance de la destruction prochaine et entière de la Religion catholique. Je sais qu'elle a dû son salut au miracle général qui a délivré l'Europe ; mais enfin il est remarquable que la parole où elle met son espoir, s'accomplit toujours d'une façon ou d'une autre. Il semble qu'une suite de cette parole ait été d'empêcher Buonaparte , bien plus puissant qu'Henri VIII et que Pierre-le-Grand, de se déclarer chef de la Religion. On a beau parler des ménagemens prescrits par la politique. Eh! n'at-il pas prouvé qu'il brusquait tout, et que la soif du pouvoir ne calculait chez lui ni les inconvéniens les plus énormes, ni les conséquences les plus effrayantes et lesplus visibles? D'ailleurs , on n'a peut-être pas assez remarqué que

lion. Le tableau qu'il fait de tant de circonstances , dont le rapprochement indique, d'une manière sensible, la protection de la Providence sur l'Eglise, est digne des plus beaux temps de l'éloquence française. C'est le jugement qu'en portèrent les plus habiles critiques , lors de la publication de cette lettre. J'ai cru devoir en rapporter un fragment qu'on trouvera à la suite de cet écrit.

(iS) sa prétendue élection cachait en quelque sorte le germe de cette usurpation. Par allusion aux empereurs Romains qui joignaient à ce titre celui de Souverains Pontifes , on lui déféra ce qu'ils nommèrent la Tutelle pontificale. L'expression était vague à la vérité, mais il faut convenir qu'on en laissait l'explication à un terrible interprète.

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