‹ La religion prouvée par la RévolutionChapitre 5 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Fidélité et courage opposés par les Ministres de la Religion à la persécution révolutionnaire.

Pendant les trente années qui ont précédé la chute de la monarchie et de l'Eglise, l'irréligion ne cessait de rabaisser, de décrier, d'avilir les prêtres. On jetait les soupçons les plus affreux sur leur caractère. C'étaient des âmes lâches , intéressées ; toutes leurs vertus n'étaieot que feinte et hypocrisie ; la conviction n'entrait pour rien dans leur zèle apparent; ils ne voyaient dans la Religion rien de sérieux, que les profits qu'elle leur apportait. Tel était le jour odieux sous lequel on montrait au peuple la conduite et les sentimens des ministres sacrés ; mais la Révolution a décidé de la valeur de ces imputations; le peuple a pu connaître ses pasteurs et ses guides , et il est beau de voir quelles résolutions la Religion a inspirées dans ces momens terribles , à ceux qui par état n'étaient occupés que d'elle, et qui recevaient de plus près ses impressions.

Les chefs de l'Eglise gallicane ont donné un exemple avec lequel rien de ce que nous lisons dans les annales des autres siècles ne peut entrer en parallèle. Sur cent trente-deux évoques français, quatre seulement ont cédé à l'orage; les autres ont sacrifié état , fortune , repos , honneurs, patrie : ils ont tout bravé, les outrages, les persécutions el la mort même, dès qu'il a fallu ou s'y exposer ou trahir la foi qu'ils avaient jurée à l'Eglise. C'est ainsi que ce corps illustre, si révéré depuis quinze cents ans, a retrouvé, dans sa vieillesse , une force qu'on aurait à peine attendue de la ferveur d'un zèle naissant. L'Eglise de France n'a pas souflert la moindre tache à sa gloire; et jamais un corps si nombreux n'a eu à gémir, dans un temps d'oppression et de violence , sur un aussi peiit nombre de défections. La fermeté des ministres inférieurs a aussi confondu les calomnies ou l'attente de l'incrédulité. On a cherché en vain à les détacher de leurs chefs : menaces, flatteries, promesses éblouissantes, tout a été inutile. Un grand nombre d'entre eux ont scellé de leur sang leur noble résistance; l'exil a été le partage des autres : et nos prêtres ont été porter dans tous les royaumes voisins, avec les preuves de leur foi inébranlable , l'exemple de la résigna-

lion et des vertus qu'elle- inspire aux cœurs fidèles.

Mais voici une circonstance non moins honorable à la Religion , et qui prouve qu'il n'y a rien de faible sous l'impression de ses grâces et de son esprit. On se rappelle ces saints établissemens où des vierges consacrées à Dieu vivaient sous les lois de la piété. Là , elles se dédommageaient, par les soins qu'elles donnaient à l'enfance, ou par la satisfaction d'implorer sans cesse les faveurs du Ciel sur leur patrie , de la privation des plaisirs tumultueux du monde. Mais l'impiété n'était touchée ni de leur tranquille bonheur, ni de leurs services. Elle frémissait à la vue de ces pieuses retraites; elle ne parlait depuis long-temps que de briser ces chaînes tissues par la superstition; elle remplissait ses fictions romanesques, elle faisait retentir les théâtres des regrets et des gémisseniens qu'elle mettait dans la bouche de ces prétendues victimes du fanatisme. La Révolution arrive; les portes des cloîtres tombent. Sans doute la philosophie va recueillir la preuve de ses accusations sinistres, et les actions de grâces de tant d'infortunées qu'elle aura affranchies d'un affreux esclavage. Mais , o surprise ! ô pouvoir de la Religion , pour rendre aimables

les plus rigoureux sacrifices ! Cette foule de vierges chrétiennes n'a que des larmes à donner au zèle de ses libérateurs; elle ne cède qu^à la force. La Foi , qui met dans ces âmes pures de si généreux sentimens, ne se dément point; la société, où elles sont contraintes de rentrer, n'est avertie de leur présence que par leurs vertus, ou par le zèle avec lequel plusieurs d'entre elles marchent au martyre. Ni la beauté, ni la jeunesse ne sont un piège à leur fidélité ; et sur soixante mille religieuses que la France comptait dans son sein , il s'en est trouvé à peine six cents qui aientrétracté, par des nœuds profanes, un saint engagement et les vœux qu'elles avaient prononcés aux pieds des autels..

(s3) CHAPITRE VII.

Guerre d'Espagne.

Mais voici un spectacle plus cligne d'attention. Ces vertus mêmes , que l'irréligion s'attribuait avec le plus de vraisemblance , et dont elle autorisait ses mépris à l'égard de la Foi , le Christianisme lui a appris que c'était dans son sein qu'il fallait les chercher, et qu'il en était la source véritable. L'incrédulité se piquait surtout d'enflammer l'amour de la patrie , et d'inspirer une ardeur généreuse et invincible contre l'oppression et l'injustice ; et voilà que la Religion a fait éclater ces sentiinens avec une énergie sans exemple , et lui a enlevé cette gloire dont elle était si jalouse.

La résistance que les Espagnols ont opposée en dernier lieu à l'usurpateur de là France , est un événement unique dans l'histoire des nations; et il n'en est point qui ait été accompagné de circonstances aussi singulières ni aussi glorieuses. Je ne vois guère que le courage avec lequel les républiques grecques repoussèrent

autrefois les armées innombrables de Darius et deXerxès, qui ait quelque rapport avec la conduite de nos voisins ; et même , si on examine les choses de près, on verra qu'à bien des égards l'avantage est du côté de ce dernier peuple. Je ne dis rien des embellissemens bien reconnus que ces anciens historiens mêlaient à leurs récits, au lieu que l'autre fait est récent et vient de se passer sous nos yeux. Mais en mettant cette circonstance à part, qui n'avouera que trois cent mille Français l'emportaient de beaucoup sur un million de Perses, et qu'il n'y a point de rapporta établir entre la valeur, l'habitude de vaincre, la discipline qui distinguaient les uns , et la mollesse , la ridicule présomption et le peu d'ordre qui régnaient parmi les autres. De pins, la Grèce était pleine de petites républiques, exercées par leurs guerres longues et mutuelles ; de sorte qu'un intérêt commun venant à éteindre leurs animosités et ne jeur laissant que leur valeur, elles devaient formel un corps plein de nerf et invincible par leur imion. Les Espagnols vivaient au contraire , depuis trente ans, dans une profonde paix , cl leur alliance presque nécessaire avec la France leur avait ôlé, sinon les qualités qu'exige la guerre, du moins la pratique indispensable pour

Ja faire avec succès. La Grèce voyait à ta lêto de ses armées un Miltiade , un Pausanias, un Léonidas , un Thémistocle ; l'autre peuple ne pouvait avoir ni d'habiles généraux, ni même de bons soldais , par la raison que je viens de dire. Chez les Grecs, étroitement unis par un même péri! , on voit qu'il régnait un concert et une direction parfaite de toutes les parties ; les Espagnols, par .un malheur sans exemple > n'avaient ni chefs , ni centre d'autorité et d'action ; enfin , la Grèce put prévenii son ennemi, au lieu que lorsque l'Espagne &c vit menacée du joug, et au point d'éclater, les Français étaient les maîtres, même au cœur du royaume, et les Thermop\les étaient passées. Ii me semble que ce parallèle seul doit faire sentir que, du moins sous le rapport de l'élévation d'âme et de la magnanimité, ce qui s'est passé, il y a peu d'années, dans la péninsule, surpasse même ce qui étonne le plus dans l'histoire. Je n'ignore pas les secours importans et peut-être décisifs que ce pays a dus à un allié généreux , mais cette circonstance ne lui ôle point sa vraie gloire; et si l'on considère qu'au moment du soulèvement de l'Espagne, Buonaparte était au plus haut point de sa fortune, qu'il venait de conclure !e traité de Tilsitt, et qu'il était à la veille d'aller

à Erfurt goûter les plus doux fruits d'une puissance devenue redoutable au monde entier, on sera forcé de convenir que le seul dessein de lui résister a été , de la part d'un peuple aussi faible qu'était l'Espagne , la résolution la plus héroïque qu'aucune nation ait jamais prise. Si cette vérité ne peut être méconnue , on serait encore bien moins fondé à nier que la Religion n'ait en la plus grande part à cette glorieuse détermination. C'est un fait si constant et si avéré, que la preuve est presque inutile. Aussi je me contente de dire que Buonaparte avait senti lui-même que c'était le seul principe de résistance qui pouvait lui donner quelque inquiétude; mais j'y pourvoirai, dit-il au précepteur de Ferdinand : Je rendrai le clergé responsable du moindre désordre (i). Il reconnaissait , comme on voit , que le grand ressort de leur conduite serait dans les impression* de la Foi, et il tenait tout gagné s'il pouvait détruire ou affaiblir ce mobile. L'admirable lettre de Palafox (2) indique aussi ce principe

(1) Yoy. l'Exposé des motif à qui ont engagé, en 1808, Ferdinand VII à se rendre à Bayonne , par don Juan Escoïuuiz , conseiller d'Etat, etc., pag. i3i.

(2) Cette lettre fut publiée dans tous les journaux ,

du dévoilement de ses concitoyens ; il ne craint pas de dire que ces hommes, autorisés parmi le peuple, qui cherchèrent à ranimer ses sentiment de Foi, pour rendre plus vif son zèle pour la patrie, ont rendu à l'Espagne et à toute l'Europe le service le plus signalé. Enlin , il conclut de tout ce qui s'est passé aux sièges de Gironne et de Sarragosse, et dans tout le cours de cette guerre mémorable , la haute supériorité de l'esprit religieux sur les conseils trop souvent faibles et pusillanimes d'une orgueilleuse philosophie. Nous prétendons en tirer la même conséquence; et, puisque la vérité , la vertu , le vrai courage et tous les sentimens généreux ont une source commune , qui ne redoublerait d'attachement pour la Foi , en voyant que le peuple qui a résisté avec le plus de vigueur et de mérite à un pouvoir injuste et sans bornes, était tout à la fois le peuple le plus zélé pour la Pveligion et le plus catholique de l'univers ?

après la restauration. Elle se trouve dans le Recueil de 'AkSchœll, première livraison , pn^r. 111

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