CHAPITRE VIII
Louis XVI , la Reine, Madame Elisabelîi.
Il semble qu'on ne pourra plus parler à l'avenir de la force et des consolations que donne le Christianisme , sans nommer ces trois augustes personnes , Louis XVI , la Reine , Madame Elisabeth.
Qu'il nous soit permis de rendre ici un juste hommage à ces grands caractères, et de nous arrêter surtout aux secours et à l'étonnante magnanimité qu'ils ont tirée, dans le malheur, des maximes et des conseils de la Religion.
On ne cessera jamais, parmi les hommes, de s'entretenir des vertus de Louis, ni d'admirer ce courage calme, inaltérable, plein de dignité , qu'il fit paraître dans ses derniers momens. A quelle haute élévation se montra-t-il au-dessus de ces furieux qui faisaient un si horrible usage d'un pouvoir usurpé! Quelle résignation sublime ! Quelle bonté que la plus noire ingratitude des hommes ne put aigrir ! Quel amour pour son peuple, qui ne cessa de l'animer que
( 29) lorsqu'il cessa de vivre ! Qui ne reconnaît ici l'image de ce vertueux Prince? Ai-je besoin d'ajouter que la Religion forma dans son cœur on du moins qu'elle y perfectionna ces sentimcns? L'écrit immortel, où il s'est peint tout entier, et qui nous a conservé ses dernières pensées , permet-il d'en douter?
Il faut l'avouer, la Reine n'aurait point été connue de la postérité ni même de son siècle, sans une découverte récente et inestimable. Sa lettre à Madame Elisabeth, a seule dévoilé tout le fond de cette àme héroïque. Les senlimens qui y sont exprimés, sont comme la compensation de toutes les bassesses et de toutes les indignités quiontsouilléune époque déplorable. Un seul caractère de cette force jette sur tant d'horreurs , je ne sais quel éclat qui fait que l'àme est également partagée entre l'admiration d'un si grand courage et la douleur qui la pénètre et la flétrit, Que peut-on attendre de la nature humaine élevée par la Foi, qui ne soit renfermé dans cet écrit incomparable? et si l'on se rappelle la circonstance où il a été tracé! Qui pourrait croire que l'auguste Princesse a pu se livrer, dans un tel moment, à des sentiment si doux, à un épanchement si tranquille? Dans une attente si rapprochée de son sacrifice, pas
le moindre trouble, aucun signe d'abattement; sa force paraît toute entière jusque dans ces traits, interprètes de sa tendresse, auxquels il ne manque rien de ce qui marque une disposition calme et un esprit attentif. Mais cette fermeté étonnante ne prend point sur les autres sentimens : elle leur laisse toute la vivacité et toute l'énergie qui leur est propre. La Reine ne se borne pas à envisager l'affreux dénouement avec une pieuse résignation ; elle est encore Reine en même temps que martyre ; elle est tout ensemble mère tendre , amie pleine de bonté ; elle a encore des larmes pour son royal époux ; elle trouve des termes pleins d'affection pour ses frères, pour ses sœurs, pour toute son auguste famille. Enfin , un courage à peine concevable ne lui coûte aucun eflort; et , comme si elle commençait un de ces jours sereins et glorieux , qui avaient brillé autrefois pour elle sur le premier fa***.' du monde, son âme paraît jouir d'une liberté entière, et sa profonde sensibilité elle-même ne lui ôte point l'usage de ses autres vertus.
Une particularité importante, que l'histoire (j ) a recueillie, fait naître ici une nouvelle admira- ■" ■ . i iii .
(0 "Voy. Y Histoire de la Reine , par Montjoie.
tion. Un ministre sacré (1) avait pénétré dans la prison de la Reine. Près d'un mois avant le jour à jamais funeste, elle avait fait l'humble aveu de ses fautes ; l'Agneau sans tache avait été immolé devant elle , et nourrie elle-même de l'adorable victime, ses larmes abondantes avaient attesté sa reconnaissance et son amour. Qu'on rapproche ce fait indubitable de la lettre écrite par la Reine. Quelle attention à cacher cette circonstance, sans laisser cependant des doutes sur sa foi ! Quel choix d'expressions pour détourner les soupçons qui auraient pu compromettre le zèle dont elle avait reçu des secours si précieux , et tout ensemble pour ne rien dire qui blessât la vérité ! Ne sachant point, dit-elle , s'il existe encore ici des prêtres (h cette religion. Savait-elle en effet si, dans l'intervalle, une fureur toujours croissante n'avait pas écarté loin d'elle tous les prêtres du Seigneur ? Et peut-on assez admirer dans cette situation des ménagemens si délicats et une si exacte prudence ?
Il n'y a que l'abus trop ordinaire d'une expression prodiguée par l'exagération et la flatterie, qui puisse m'empêcher de représenter
(1) Cet ecclésiastique a survécu à la Révolution, et il vient d'être nommé à une cure de Paris.
( 32 ) Madame Elisabelk comme un ange que le Ciel , par un dernier trait de bonté, avait donné à la France. Quelle imperfection a-t-on remarquée dans son caractère? Quelle matière a-t-elle fournie au plus léger reproche? Dès ses plus jeunes années la Religion entra dans son cœur, comme dans son vrai sanctuaire. Cette Princesse en a été, au milieu d'un siècle incrédule , la plus touchante apologie. La Foi, venant à fortifier tous les mouvemens de l'âme la plus pure, ne laissait plus voir en elle que cette réunion de vertus qui force la malignité même au respect ou à l'amour. Eh! qu'on ne croie pas que sa piété ait eu rien de faible ! Voici encore un modèle de force et de magnanimité. Madame Elisabeth se dévoue pour le Roi ; dans une occasion célèbre , elle veut se sacrifier pour la Reine. Ses lettres attestent et la vigueur de ses pensées, et la pénétration de son esprit , et ses vues, aussi étendues que justes , pour le salut de la France. Ces grands traits orneront toujours son éloge ; mais sa mémoire , qui recueil • lera les bénédictions de tous les siècles , sera surtout entourée de cet éclat doux et aimable que répand une touchante affabilité , une bonté sans mesure , une vertu sans tache , une innocence de vie et une piété céleste.