CHAPITRE IX
Le Christianisme a conservé la foi de la Providence.
iarmi les traits frappans par lesquels la vérité du Christianisme s'est dévoilée pétulant le cours de la Révolution, il en est un qui marque tout à la fois la sagesse et les avantages de sa doctrine , et auquel je consacre une dernière réflexion.
Il faut convenir que la Providence a été, depuis le commencement de nos troubles, enveloppée et couverte des plus profondes ténèbres ; et peut-être est-il permis d'avancer que pendant les douze dernières années qui ont précédé la restauration , le nuage était encore plus obscur et plus impénétrable. Tous les esprits, ou corrompus ou faibles, ont succombé. Le seul nom de Providence excitait un sourire dédaigneux ou les marques d'une incrédulité mêlée d'abattement et de tristesse. La Religion seule inspirait des vues plus fortes et plus consolantes. Elle nourrissait dans les cœurs l'idée d'un Dieu qui ménage toujours une ressource
aux plus cruelles situations, et un terme aux malheurs. C'est par elle que ce beau dogme d'une bonté souveraine et toujours attentive sur nous, s'est conservé. Avec quel éclat cette confiance, qu'on regardait comme une petitesse d'esprit, a-t-elle été justifiée ! Le monde était plongé dans la plus affreuse servitude , sans les événemens de Moscow ; et comment ne pas reconnaître ici ce vertige par lequel Dieu étourdit et précipite l'orgueil ! L'univers , délivré , était menacé d'une rechute plus désolante que les maux auxquels il venait d'échapper; Dieu rallume sa foudre , et Waterloo voit l'effroyable colosse tomber sans retour.
Des esprits superbes rejettent encore ces pensées de Foi et de gratitude; mais quelle rampante et aveugle philosophie ! Quoi ! pensent-ils donc que l'homme ne soit pas digne d'occuper son Créateur ? Mais pourquoi donc ce grand être n'aurait-il pas jugé au dessous de lui de produire un ouvrage si vil et si peu fait pour attirer ses regards ? Vains et coupables raffinemens ! Un enfant qui reçoit un bienfait où tout annonce l'effet de la tendresse et des soins paternels \ montre moins sa pénétration que son mauvais cœur, en y cherchant une autre cause. Quand l'empreinte d'une grande
et extraordinaire bonté est marquée dans un événement ; quand tous les bons cœurs et tous les esprits éclairés, mais libres de préjugés impies, s'accordent à y voir l'action d'une Providence qui suspend en notre faveur ses lois ordinaires ; alors discuter malignement , au lieu d'adorer, ce n'est point philosophie , c'est penchant à l'athéisme : ici le langage du cœur est regardé à juste titre comme la voix de la raison, et un sentiment si pur et si universel ne peut être qu'un hommage indispensable et un devoir. Tels sont les nouveaux caractères de vérité que la Révolution a donné lieu de découvrir dans la Religion chrétienne. Ce qu'on a fait pour l'anéantir , n'a servi qu'à faire , en quelque sorte , jaillir de son sein de nouvelles lumières, et les mêmes circonstances qui devaient être l'écueil de sa durée, et, si je puis le dire, le terme de sa course, n'ont eu d'autre effet que de mettre dans un plus grand jour sa pureté , sa stabilité et sa sagesse. Et pourtant que de choses -nous avons passées sous silence ! iN'aurions-nous pas eu encore droit d'observer qu'à la chute du paganisme , et lorsque les Chrétiens eurent percé tous les voiles qui couvraient ses mystères , l'imposture parut à découvert? On vit les traces honteuses de la supercherie et
(36) de la fraude ; la vanité de ce culte devint manifeste. Au lieu que l'impiété a eu beau porter ses mains et ses regards jusque dans le fond de nos sanctuaires, qu'a-t-elle vu, que les symboles de la charité, les monumens du respect pour les morts, tous les attributs d'une Religion sainte, éclairée et respectable. N'aurions- nous pas été autorisés à montrer , dans les grands motifs que cette Foi ancienne nous propose , et dans la vigueur secrète qu'elle répand dans les âmes , le principe de la fermeté inébranlable avec laquelle un Pontife , dont le nom ne périra jamais dans l'Eglise, supporta seul, et dépourvu de tout appui, le poids d'une persécution inouïe et d'une puissance sans bornes ? Ne pourrions-nous pas rapporter à la même cause la noble conduite des conseillers et des ministres de cet illustre proscrit, qui, par leur fidélité incorruptible et leur dignité dans le malheur, relevèrent l'éclat de la pourpre sacrée qu'on cherchait à avilir ? Enfin , l'histoire de ces derniers temps ne forcerait-elle pas de reconnaître dans la Religion le garant le plus sûr de la fidélité à l'autorité légitime? Ne nous montrerait-elle pas les provinces de notre France, où la Foi avait conservé le plus d'empire , toujours animées d'un zèle plus marqué pour le sang de nos Rois } et la
(3?) Vendée puisant en grande partie, dans ses impressions et dans son esprit, ce dévouement qu'elle n'a cessé de faire éclater pour une cause sacrée, et qui fera vivre à jamais dans nos annales le nom de cette contrée fidèle et de ce peuple héroïque?
Toutes les circonstances que je viens de réunir, ne peuvent que concilier à la Religion les plus justes hommages. Cette exposition doit même conduire plus loin un esprit ami de la vérité ; il doit se rappeler qu'elle ne se découvre , le plus souvent à nous , que par une réunion de traits particuliers , qui tendent au même but et se prêtent une force mutuelle. Mais ouvronsnous , si je l'ose dire, une autre route; développons des considérations d'un ordre tout nouveau. Le Christianisme a recueilli , presque dans tous les siècles , des témoignages semblables à ceux que la Révolution vient de lui rendre, par les différentes circonstances que j'ai rappelées; en voici un qui est propre à cette cette époque, et où je trouve l'une des marques les plus irrécusables de sa vérité.
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