CHAPITRE XII
Inutilité des efforts qu'on, a faits , dans ces derniers temps , pour .détruire le récit de. Moïse. — Zodiaques d'Egypte.
V oici des difficultés qui ne marquent pas une haine aussi aveugle ni aussi violente, mais qui, par là même qu'elles sont moins révoltantes et plus spécieuses, attaqueraient plus dangereusement la Foi de Jés u s -i Christ, si elle avait quelque chose à craindre de notre révolte et de nos sophismes.
Les écrits de Moïse forment une partie nécessaire et indivisible des livres que nous respectons comme sacrés. Ces livres ont des caractères extraordinaires qui les ont fait révérer dans la terre entière. Ils impriment un goût de vertu; ils ont une force pour pénétrer le cœur; ils s'expriment sur les choses divines avec une élévation et une majesté; enfin ils renferment des beautés de tous les genres , qui les ont toujours fait regarder comme une production qui ne pouvait partir de la main des hommes. Ces
(53) Ecritures sacrées sont le fondement des mœurs, le plus sûr appui de la société, l'école où. l'on apprend à combattre, efficacement ses passions et où l'on se forme., non à ces vertus équivoques qui flattent l'orgueil sans être d'aucune utilité au genre humain. ; mais à ces vertus humbles, actives et intrépides, qui portent à soulager le malheur sans ostentation ,. à défendre la vérité avec un zèle incorruptible, à mourir s'il le faut pour la justice. Quel, -motif, quel intérêt peut donc inspirer à quelques savans de nos jours , un désir si effréné de décréditer ces saints livres? Parce qu'ils ignorent ou affectent de méconnaître les preuves de leur inspiration divine x pensent-ils qu'elles en soient moins certaines et moins respectables ? L'unité de Dieu que ces écrits ont enseignée d'une manière si ferme et si précise, tandis que les plus beaux génies ne pouvaient se développer des ombres du paganisme ; les prédictions qu'ils contiennent et qui ont en leur accomplissement ; leur morale si pure, si élevée, si exempte des moindres taches j ne sont-ce pas là des marques qui les distinguent déjà faiblesse des conceptions humaines? Mais quoi ! les novateurs, dont je parle se flattent donc que tant de grands hommes , si capables de découvrir le côte faible des Ecritures si ettçs
(54 ) étaient l'ouvrage du mensonge , n'ont pu voir ce qu'ils disent être si clair ! Quoi ! les Bossuet, les Pascal , les Newton , et tant d'autres génies supérieurs dont le Christianisme s'honore, n'étaient donc que des esprits faibles ou des hypocrites? La raison semble conduire à une autre conséquence moins favorable à l'orgueil de notre siècle. Les écrivains imprudens qui cherchent à perpétuer la révolte contre des vérités nécessaires , ne devraient-ils pas dû moins être découragés parles vaines tentatives qu'on a faites avant eux? Que n'a-t-on pas essayé dans ces derniers temps pour convaincre de faux le Législateur des Juifs? Et ces attaques, à quoi ont- elles abouti , si ce n'est à découvrir la téméraire précipitation ou l'ignorance des censeurs?
On a soutenu que le Nouveau - Monde ne pouvait avoir été peuplé par les deseendans de celui, que Moïse nous représente comme la source du genre humain. On faisait valoir l'immensité des mers qui nous séparent de ce continent, l'impossibilité des communications , la nécessité d'une race indigène. Il faut l'avouer , on sourit à présent , en voyant les peines infinies que les Théologiens se donnaient pour sortir de cet embarras. On s'en démêle aujourd:hui sans peine , et il n'y a pas d'enfant qui
(55) ne soit en état d'indiquer trois ou quatre différentes manières dont le Nouveau - Monde a pu recevoir de l'ancien ses premiers habilans. Voltaire avait assuré qu'il n'était permis qu'à un aveugle de douter que les Blancs, les Nègres, les Holtentots , les Lapons, ne fussent des races entièrement différentes ; et M. de Buffbn a établi : « Que le genre humain n'était pas coince posé d'espèces essentiellement difterent.es « enlre elles j qu'il n'y avait eu au contraire, <* dans l'origine, qu'une seule espèce d'hommes « qui , s'étaut multipliés , avaient subi différens <c changemens par l'influence du climat , par la ce différence de la nourriture , par celle de la ce manière de vivre , par les maladies épidémice ques, etc. » (i), Telle est la doctrine que Bufîbn a défendue , et on ne voit pas que les observations qui ont été faites depuis aient donné atteinte à ce sentiment.
Quel éclat n'ont pas eu dans le temps les disputes sur l'antiquité des Chinois, des Egyptiens , des Indiens, etc.? Moïse ne semblait- il pas accablé sous le poids des traditions et des témoignages les plus authentiques ? Les incré-
(i) Hist. Nat. tom. V, in-12 , pag. 112 et suiv.
( 56 ) cl nies se flattaient d'avoir enfin porté à la Foi un coup décisif. Mais cette illusion dura peu ; des recherches plus exactes découvrirent l'imposture des récits ou des monumens sur lesquels ils se fondaient ; et Freret , profondément versé dans ces matières et peu suspect aux novateurs , finit par déclarer : « Qu'ace près s'être attaché à éclaircir et à discuter ce l'ancienne chronologie profane , il avait re- « connu que le commencement de toutes les ce nations, même de celles donton fait remonter ce le plus haut l'origine, se trouvaient toujours « d'un temps où la vraie chronologie de l'Ecri- « ture montre que la terre était peuplée depuis ce plusieurs siècles. » (i)
Ces preuves multipliées de l'inutilité des efforts qu'on a faits jusqu'ici pour ébranler l'autorité des Livres Saints , n'ont pu ouvrir les yeux à certains savans de nos jours; elles n'ont fait, ce semble, au contraire, qu'irriter leur opposition et redoubler leur triste application à combattre la vérité. Ils affectent une confiance et une fierté qui laisse cependant apercevoir
(1) Mém. Je l'Acac?* des Inscriptions, t. XXIX, in p. 4go et suiv.
( -7 ) un fond de défiance et de faiblesse. A la moindre lueur d'un phénomène ou d'une découverte qui semble contredire l'Ecriture , ils témoignent hautement leur joie. Ils s'empressent d'instruire le public, de prévenir les esprits, disons le sans détour, de surprendre l'ignorance et la légèreté. On voit qu'ils ne sont pas bien sûrs d'euxmêmes, et qu'ils ne veulent pas s'ùler, par trop d'attention, ce nouvel appui d'une conviction mal assurée.
Combien cette okjection, tirée des zodiaques égyptiens (1), et qu'on a fait retentir dans toute TEurope , aurait- elle paru faible contre une science profane? De quel poids pouvait tire cette découverte contre le récit de Moïse-' Lors même qu'on n'aurait pas donné à ces dessins des explications également plausibles et contraires aux prétentions des incrédules, qu'y auraient-ils gagné? Quoi de plus connu que le faux point d'honneur (2) qui engageait ces an- Ci) 11 s'agit de deux zodiaques , dont l'un , trouvé à Tentyra lors de l'expédition d'Egypte, fut dessiné" par M- Donon, et envoyé à Paris ; et l'autre fut découvert , à la même époq-ue, par le général Desaix ^ daus l'aune ville d'Henné.
(a) Il est .certain qu'on peut appliquera presque lou«
( 58) ciens peuples à reculer au delà de toute vrai-* setnblance l'antiquité de leur origine ? Etait -il donc plus malaisé au fondateur du temple de Tentyra de faire tracer sur le plafond de ce temple un zodiaque mensonger, qu'il ne l'était aux prêtres d'Héliopolis de consigner dans leurs registres des événemcns faux , ou de calculer des éclipses imaginaires? Il est donc visible que, dans tous les cas, celte difficulté n'était digne que de mépris. Mais on a ôté aux adversaires du Christianisme jusqu'aux plus frivoles avantages qu'ils auraient pu tirer de cet ancien monument. MM. Visconti , Testa , François Gusman, en ont démontré la nouveauté.
les anciens peuples de l'Orient l'énergique réflexion de Cicéron, au sujet de l'un d'entre eux : « Méprisons les « Babyloniens : taxons-les ouvertement ou de folie , ou « d'impertinence , ou de hardiesse outrée , lorsqu'ils « soutiennent que leurs monumens historiques embrasse sent une durée de 470 mille ans ; prononçons , dis-je , « qu'ils sont menteurs, et qu'ils bravent effrontément le « jugement de la postérité. Contemnamus etiam Bahy- « lonios ; condemnemus , inquam , hos aut stultitiœ , « aut vanitatis , aut impudentioe , qui CCCCLXX. « milita annorum , ut ipsi dicunt , monumentis com— « prehensa continent; et mentir i Judicêmus , nec secu- « lorum reliquorum judicium quod de ipsis futurum « sit pertimescere. ( Cic. de Divinat. lib. I , § XIX.)
Pour ce qui regarde en particulier le zodiaque de Tentyra,on a prouvé que le point qu'on voulait faire regarder comme le lieu du solstice, ne marquait autre chose que le commencement de l'année civile, alors en usage chez les Egyptiens. M. Visconti , dont l'autorité est d'un si grand ^poids en matière d'érudition et d'antiquité, penche à croire que ce dessin a été tracé « dans l'intervalle qui s'est écoulé depuis l'an « 12 jusqu'à l'an i52 de l'ère vulgaire, et il « affirme qu'il ne peut pas avoir été fait plus <c anciennement que sous les rois grecs d'E- « çypte. »(0 C'est-à-dire que ce zodiaque ne date pas de 3oo ans avant Jésus-Christ.
Quant à celui d'Henné , la désignation du solstice y est encore plus arbitraire , et Lalande (2), lui-même reconnaît qu'il ne donne lieu qu'à des conjectures vagues et incertaines.
C'est ainsi que s'évanouissent les vains nuages par lesquels on cherche à obscurcir la divinité des Ecritures. Mais fussent- ils moins aisés à dissiper, une autorité qui ne peut paraître légère
(1) Trad. d'Hérodote, par M. Larcher , t. II, p. 567.
(2) Cité par M. Testa ; p. 48 de la trad. de sa Dissert sur les deux Zodiaques.
aux incrédules de nos jours , leur apprendra que notre Foi ne saurait encore s^cn alarmer. Euler, qui fut, suivant Condorcet (1), undes hommes les plus grands et les plus extraordinaires que la nature eut jamais -produits , fait , au sujet des contradictions qu'on croit remarquer entre divers endroits- de l'Ecriture, une réflexion qui s'applique également à l'opposition prétendue de nos saints livres, avec certains phénomènes de la nature. Voici les paroles de cet homme célèbre.
ce Quant à ce qui regarde les difficultés que « forment les esprits forts, et les contradictions (c apparentes qu'ils prétendent se trouver dans « l'Ecriture Sainte , il ne sera pas inutile de « commencer par remarquer qu'il n'y a aucune « science, quelque solidement fondée qu'elle « soit , contre laquelle on ne puisse faire des « objections tout aussi fortes et plus fortes « encore. Mais comme on est en état de re- «. monter jusqu'aux premiers principes de ces « sciences, cela fournit le moyen de détruire <x de fond en comble ces difficultés. Cependant
(i) Eloge de M. Euler, lu à l'Académie des Sciences.
(6i ) c< quanti on n'en viendrait pas à bout , cer. « sciences n'en perdraient rien de leur certitude. « Pourquoi des raisons tout-à-fait semblables <ic suffiraient- elles" pour ôter toute autorité à « l'Ecriture Sainte? » (1)
(1) Défense de la Révélation contre les objections dcr, esprits loris, par M. Enter, n" 3o, ; p. 27.
(6a) CHAPITRE XIII.
Géologie.
La vue extérieure rie cet univers, non plus que les monumeiis historiques, ne fournissant rien à l'incrédulité contre le récit de Moïse , elle a pénélré jusque dans les profondeurs de la terre, pour y chercher des preuves de l'infidélité ou de l'ignorance de l'historien sacré. Elle affecte de répandre que la géologie, c'està-dire la science qui fait connaître l'état de la surface du globe et des parties intérieures de la terre, que l'homme peut vérifier, a découvert enfin des myslères qui renversent toutes les croyances consacrées par la Foi.
Il semble que ce soit aujourd'hui le grand moyen d'attaque. On assure cependant que, depuis quelques années, l'ardeur et l'animosité qu'on mettait à soutenir et à reproduire sans cesse ces difficultés contre la Foi, se sont apaisées et refroidies. Je ne refuse point de croire à cet heureux changement; mais il n'est pas moins Vrai que les préventions répandues au temps
(63) où la haine du Christianisme ne gardait aucun uiénagement , subsistent toujours; il n'est pas moins incontestable que , dans certaines réunions de savans, la foi du déluge, telle que nous la professons, est regardée comme une puérilité et une faiblesse d'esprit, et qu'on y traite en général les Ecritures, non pas seulement avec la plus froide indiftérence, mais avec le plus superbe dédain. Ces hommes si habiles , surtout quand ils ne sortent point de leur sphère, ont-ils donc trouvé quelque raison décisive qui les autorise à se séparer de tous les siècles sur ce point important; ou leur persévérance à renverser, avec le respect des saints Livres, le fondement de la Religion, est-elle simplement l'effet d'une prévention incurab'e et de la plus affligeante présomption? Les réflexions suivantes pourront servir à former son jugement sur ce point.
Disons hardiment que les observations géologiques qu'on a faites depuis un demi-siècle , loin de donner la moindre atteinte à l'Histoire Sainte, ne font qu'en confirmer l'autorité et le témoignage.
Nous croyons sur la foi de ces Livres sacrés, que la vengeance divine éclata sur le genre humain, il y a 5ooo ans environ, et que la
( 6* ) lerre, par un ordre immédiat de l'Etre Souverain, fut abîmée sous les eaux. Voilà un point inviolable de notre Foi. De plus , les Fidèles ont cru unanimement, dans .tous les temps, qu'il n'y avait eu qu'un seul déluge; et, quoique cet article ne soit pas fondé sur -une révélation aussi manifeste, il est constant que ce sentiment résulte de l'impression que fait naturellement sur l'esprit le texte de l'Ecriture.
Les incrédules , au contraire, font remonter la submersion du globe, qui ne peut être coutestée , à un temps qui précède , d'autant de siècles qu'il leur plaît de l'imaginer, l'époque fixée par la Genèse : ils reculent ainsi d'une manière indéfinie l'établissement de la société humaine.
Des savans, plus modérés, mais dont l'opinion choque toutes les idées reçues jusqu'ici dans le Christianisme, supposent plusieurs inondations générales, qui auraient couvert le monde habitable. Les premiers et la plupart des autres cherchent à tout expliquer par des causes naturelles et indépendantes de l'intervention divine.
Je ne crois pas que l'incrédulité ait jamais reçu un démenti plus formel que celui que donnent à ses systèmes sur l'antiquité du genre
humain , les observations géologiques. Elle ne veut pas renoncer à cette antiquiié chimérique, et les plus célèbres observateurs lui déclarent que la nature dépose hautement contre elle. « Je défendrai, dit M. Dolomieu (1), une vé- « rite qui me paraît incontestable, et dont il me « semble voir la preuve dans toutes les pages de « l'histoire et dans celles où sont consignés les
a faits de la nature Que l'état de nos conti-
cc nens n'est pas ancien ; qu'il n'y a pas longce temps qu'ils ont été donnés à l'empire de « l'homme. »
Les incrédules doivent sentir tout le poids d'une pareille déclaration, et ils savent bien qu'ils n'ont aucun motif de la récuser.
M. Deluc, qui a tant écrit pour défendre la véritable époque du déluge, est encore une forte autorité, et son zèle en faveur de la révélation ne peut détruire l'estime due à ses rares lumières et à soixante ans de recherches assidues et de travaux honorables. Il me serait aisé de citer d'autres naturalistes , et, en particulier, M. André de Gy (2), ce savant respectable
(1) Journal physique , janvier 1792.
(2) Si je nomme ainsi le père Chrysologue , c'est pour
(comme s'exprimait à son sujet, en iSoG, le rapporteur de l'Institut ) , dont les explications auraient dû peut-être fixer tous les esprits. Mais je crois pouvoir me borner à produire une autorité, à laquelle il ne paraît pas que nos incrédules, même les plus habiles dans les sciences, puissent refuser de souscrire. Voici comme s'exprime M. Cuvier : <c Je pense donc , avec « MM. Deluc etDolomieu, que, s'il y a quel- « que chose de constaté en géologie , c'est que (( la surface de notre globe a été victime d'une oc grande et subite révolution , dont la date ne ce peut remonter beaucoup au delà de cinq ou « six mille ans (1). »
On voit par les expressions un peu vagues de M. Cuvier , qu'il ne prétend pas fixer une date absolument précise, et il se trouve que l'époque,
suivre l'usage qui aie paraît établi parmi les sa vans, et plus encore par un ménagement peut-être pusillanime pour l'esprit de notre siècle. Quel scandale , en effet , dans le temps où nous vivons ; qu'un Capucin ait été un savant naturaliste , et que son ouvrage soit incontestablement l'un des plus utiles et des plus sensés qu'on ait écrit sur les matières géologiques !
(i) Discours préliminaire de l'ouvrage intitulé : Ri > cherches sur les ossemens fossiles, p. 110.
(67 ) d'environ cinq mille ans, à laquelle il nous est permis de faire remonter le déluge , conformément à la version des Septante (i) , s'accorde avec l'opinion de ce célèbre naturaliste.
Que peuvent dire après cela tant d'injustes détracteurs de notre Foi ? A. qui se flattent-ils de persuader que la géologie fournit des lumières qui rendent la révélation suspecte, api es qu'elle rend un si beau témoignage à la véracité de3 livres saints ? C'est ici , sans contredit , le point le plus important qui pouvait être éclairé par ces sortes de recherches. .Les autres difficultés ont un rapport bien plus indirect à la Religion. Ainsi , depuis quatre-vingts ans on cherchait à convaincre de faux le premier de nos historiens sacrés , au sujet de l'antiquité du monde. Il n'y a pas de monumensque les incrédules n'ayent interrogés; ils ont parcouru toutes les histoires, consulté toutes les traditions; ils ont demandé à tout ce qui les entourait , des difficultés et des doutes; enfin ne trouvant partout que des té-
(1) Los Septante comptent nij ans depuis le déluge jusqu'à la vocation d'Abraham; il faut y joindre 1921 ans qui se sont écoules depuis cotte dernière époque jusqu'à la naissance du Messie ; ce qui l'ait eu tout 4884 ans , depuis le déluge jusqu'à cette année 1816.
(68) moins d'une vérité odieuse, ils ont fouillé jusque dans les entrailles de la terre, et du sein des abîmes , il est sorti une voix plus forte encore , qui a confondu leur témérité et rendu hommage à une histoire inspirée par Dieu même.
Voici une nouvelle circonstance sur laquelle la géologie nous donne de grands avantages ; je ne crains pas de dire qu'elle justifie pleinement cet article de notre croyance , qui nous fait regarder le déluge comme l'effet d'un miracle.
On ne peut en douter ; la loi de la gravitation a dû retenir éternellement les eaux dans les parties les plus creuses de la surface de la terre, et les novateurs, qui ne veulent pas même que les lois de la nature puissent changer à la voix de son auteur , n'oseraient supposer la moindre suspension de ce grand principe. Quelle force a donc vaincu cette loi invincible? Quelle cause nouvelle et terrible a donc poussé l'immensité des eaux sur la partie habitable du globe? Les incrédules restent muets ou ne donnent à cette question que les réponses les plus risibles. Ce sont des volcans, c'est une comète, ce sont des principes qui n'ont pu avoir lieu qu'en admettant leurs cosmogonies insensées. Comme si les volcans avaient depuis quatre
(«9) mille ans que l'état du momie nous est conclu, causé le moindre déplacement dans la situation des mers ; comme si une cause si faible et si bornée avait pu arracher, pour ainsi dire, l'Océan du fond de ses abîmes et le précipiter tout entier sur la terre ferme ; comme si cet accident d'une comète qu'un sentiment profond de la Providence nous empêche de craindre pour l'avenir , et fait regarder comme très-peu admissible pour le passé, pouvait s'accorder avec l'extrême petitesse de la masse de ces corps célestes, reconnue aujourd'hui par tous les astronomes, et que leur choc eut pu produire autre chose que des révolutions locales: à moins qu'on ne suppose que notre globe a servi de but a quantité de comètes qui sont venues successivement le heurter, ce que l'esprit le plus faible ne pourrait admettre ; enfin, comme si tous ces mondes primitifs, les uns tout composés d'eau, les autres en fusion ignée, et tant d'autres rêveries semblables, pouvaient être désignées par un nom plus doux que celui de romans physiques ou de jeux d'esprit. Que conclure de cette impuissance dc^ incrédules ? i\ 'est-il pas évident que si quelque partie de la nature indiquait une cause plausible de la submersion de l'univers, ces esprits pénétrans, siinialigables, si
animes conlre la Foi, l'auraient trouvée? Ce qu'ils n'ont pu" frire on n ■■ le fera donc jamais: le ridicule de leurs explications prouve qu'ils luttent contre une difficulté qu'il n'est pas donné à l'homme de résoudre; et l'impossibilité où ils sont d'assigner au Déluge une cause naturelle , démontre qu'il faut recourir à l'intervention de Dieu même.
Je n'ignore pas le moyen qu'ils prennent pour éluder cette conséquence ; je sais qu'ils se tirent d'embarras en avançant que la nature avait , avant la dernière catastrophe , des forces qu'elle n'a plus; forces épouvantables en effet, et dont il est bien étonnant qu'on ne puisse plus soupçonner le principe ! Ceci ne ressemblet-il pas à l'explication du jeu des pompes par l'horreur du vide ? Et puis, si les forces qui poussaient au désordre avaient plus d'énergie, celles qui tendaient à conserver n'avaient-elles pas aussi plus d'intensité et de vigueur? Comment l'harmonie du tout a-t-elle donc pu être si horriblement troublée , et d'où est venue la catastrophe générale ? Non , les incrédules, pour nous délivrer de la prétendue servitude où nous tient la croyance d'un fait surnaturel, quoique d'ailleurs très-accessible à la raison, veulent nous obliger à croire des mystères bien
plus incompréhensibles. Qui ne préférerait de rester attaché à la Foi de tous les siècles'.'' Et puisqu'on a imaginé jusqu'à nos jours plus de quatre-vingts systèmes (0 pour expliquer l'invasion du continent par les eaux de la mer, quoi de plus misérable que de varier sans cesse et de se traîner sur les pas de tous ces inventeurs de vaines hypothèses, au lieu de se reposer avec autant de dignité que de douceur dans le sein d'une Religion immuable, et dans la stabilité d'une croyance partagée par les plus grands hommes?
Je ne dis plus qu'un mot sur la pluralité des déluges, qu'on se plaît tant aujourd'hui à supposer.
On prétend la conclure avec certitude, de la multiplicité des couches qu'on découvre dans le sein de la terre; mais il est constant, quelque ton affirmatif que l'on prenne, qu'il n'y a rien de plus hasardé que cette induction. Si elle était si frappante , les plus grands observateurs l'auraient adoptée. Or, M. de Saussure (2) ne de-
(1) Rapport fait à l'Institut , à la suite de l'ouvrage de INI. André de Gv, p. 322.
(2) Voyage dans les Alpes , par Horace Bénédict de Saussure, t. III, p. 107.
(72 ) mande, pour proclaire l'arrangement delà terre tel qu'il est, qu'une cause unique (une seule invasion de la mer), dont l'action aurait été modifiée par une foule de circonstances locales.
M. André de Gy, pour lequel l'Institut, en 1806, a témoigné authentiquement son estime, soutient le même avis, ou plutôt il en fait la base de sa théorie.
Ce géologue fait remarquer en divers lieux des couches irrégulières, entrelacées, mélangées avec une confusion et une bizarrerie étrange. (Page 100.) Comment concilier cela avec le séjour long et paisible des eaux sur le continent ? Le savant rapporteur n'a pas dissimulé l'embarras qui en résultait. « M. André, « dit-il , indique en plusieurs endroits des Alpes, ce des exemples de couches schisteuses tortillées « ou courbées dans beaucoup de directions, et « qu'il est bien difficile d'accorder avec les théoce ries ordinaires (i).»Où est donc ici l'évidence? Comment ne pas voir, au contraire, qu'une épaisse obscurité couvre encore les causes de la disposition intérieure de la terre? On veut que
(1) Rapport fait à l'Institut, sur l'ouvrage de M. André, p. 35i du volume.
la diversité des lits qu'elle présente exige plusieurs déluges; niais les plus grands géologues, môme parmi ceux qui favorisent celte idée, ne supposent que deux ou trois irruptions des eaux de la mer. Le nombre des couches est bien plus grand. Mais, quoi! si une seule inondation a produit seulement deux couches, n'est- il pas visible qu'elle a pu en produire dix? Que répondre à cette observation?
Je me crois obligé d'avertir qu'un petit nombre de défenseurs de la révélation (1) se persuadant que les observations exigeaient plusieurs déluges, les ont placés dans une suite de siècles antérieurs, suivant eux, à l'existence du premier homme. Ils ont envisagé les six jours de la Création comme des époques d'une durée indéfinie. Je crois ce dénoûnient inadmissible par plusieurs raisons que j'exposerai ailleurs (2].
(1) Ceux que ie connais sont Néedham, M. Deluc, le P. Berthier, de l'Oratoire; M. Emery, supérieur général de Saint-Sulpice; M. Becchetti , évèque de Cittadella- Piave, dans un ouvrage publié récemment sous ce titre: La Filosophia degli antichi popoli. In Perugia , 1812.
(2) Voyez l'addition sur la géologie , que j'ai placée à la suite de cet Ecrit.
Quoi qu'il en soit, je ne prétends pas ôter cette ressource à une foi timide et alanrr' Bans sujet, et je n'ai garde de condamner ce que l'Eglise n'a point déclaré condamnable.