LIV
— 3. Dion,
contre lui. Comme il souhaitait cette dignité pour lui même et qu’il était sûr de l’obtenir, il trouvait politique d’en respecter les privilèges et de n’en pas diminuer l’importance. Lepidus le fit attendre pendant trente et un ans; il ne mourut qu’en 741. Dès lors rien n’empêchait Auguste de répondre au vœu populaire, et les comices furent réunis au mois de mars de l’année 742. L’affluence des citoyens qui venaient apporter leur suffrage à Auguste fut considérable. « Il en vint, dit l’inscription d’Ancyre, une si grande quantité de toute l’Italie, qu’on ne se rappelle pas en avoir jamais vu autant l. » Depuis ce moment jusqu’au règne de Gratien, c’est-à-dire pendant près de quatre siècles, le souverain pontificat est devenu inséparable du pouvoir suprême, et tous les empereurs ont porté le titre de grand pontife.
Ainsi furent réunies dans la même main la puissance religieuse et l’autorité civile. Cette union pouvait avoir des conséquences qu’on ne paraît pas alors avoir redoutées ni même aperçues. Le grand pontife possédait à Rome des prérogatives très-importantes : chef d’un collège de prêtres établi pour maintenir la religion nationale dans son intégrité, il avait à la rigueur le droit de surveiller toutes les cérémonies du culte. Ce droit lui permettait d’intervenir quand il le voulait dans la vie publique, où l’on ne faisait rien qui ne fût précédé de prières et de sacrifices; il lui donnait aussi, ce qui est plus grave, un large accès dans la vie privée, car le collège qu’il présidait était le juge naturel des contestations qui s’élevaient sur la sépulture et les adoptions, que l’on regardait surtout comme des actes religieux, et devait veiller au maintien du culte domestique. On voit