Orelli. G86. - 4. Serv., Æn., i
L’APOTHÉOSE IMPÉRIALE. U5
Grâce à cette préoccupation d’Auguste de chercher à l’apothéose impériale des précédents dans le passé de Rome, il arriva qu’elle prit alors et garda toujours un caractère romain. Dans l’Orient, l’homme auquel on accorde les honneurs divins est en général identifié avec un dieu, ou plutôt un dieu descend et s’incarne en lui; il en prend les attributs, il en porte lenom. Dans ces fêtes que Cléopâtre donnait à son amant, elle paraissait vêtue en Isis, tandis qu’auprès d’elle son grossier soldat essayait de jouer le rôle d’Osiris. Ce n’était pas un simple déguisement : les flatteurs disaient et la foule était disposée à croire qu’on avait vraiment sous les yeux les grands dieux de l’Égypte. Les Grecs, dont la servilité ne se rebutait de rien, tentèrent souvent de diviniser les Césars à la façon orientale ; les Césars parurent même goûter assez cette forme nouvelle de l’adoration , quand ils étaient fatigués de l’autre, et on l’employa quelquefois à Rome pour leur faire plaisir. Néron, à son retour de la Grèce, où il avait si facilement remporté tant de couronnes dans les jeux publics, fut charmé d’être salué par la populace romaine du nom d’Apollon i. Commode ne se faisait représenter que sous les traits d’Hercule, et il se donnait ce titre sur ses monnaies 2; mais ce ne sont là que des exceptions. Il est en somme très-rare que les Césars aient pris pour eux ou qu’ils aient donné à leurs prédécesseurs le nom d’un dieu. L’apothéose romaine a quelque chose de moins mystique, et, si l’on peut ainsi parler, de plus humain que celle des peuples orientaux : elle suppose qu’un homme, par ses efforts personnels et sa vertu propre, peut s’élever de lui-même à la condition divine, mais non pas qu’un dieu descend en lui et le transfigure. Si elle fait trop d’honneur à l’homme, il faut convenir