‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 2)Chapitre 55 sur 92 · Carm., iv , 7, 17. — 4. Carm., i, 34, 13 : ... insignem · texte numérisé non relu

Carm., iv , 7, 17. — 4. Carm., i, 34, 13 : ... insignem

atténuai deus Obscura promens. — 5. Carm., ni , 16, 21 : Quanto

quisque sibi plura negaverit, Ab dis plura feret. — 6. Carm., i, 3,

2 1 , sq.

LE SIÈCLE D’AUGUSTE

mes loin des chants ne triomphe de Lucrèce quand il voit que rien n’échappe à la raison humaine, quand il célèbre les bornes de la nature reculées et cette victoire qui rend les dieux inutiles et élève l’humanité jusqu’au ciel ! Horace a tout à fait oublié les leçons de son maître; sous prétexte de respecter l’ordre établi, il semble vraiment condamner l’homme à une éternelle immobilité. Le même esprit se retrouve dans ce passage d’une de ses odes les plus célèbres où il rappelle ce principe, emprunté aux religions positives, que lorsqu’une génération a commis une faute, elle en est punie dans ses descendants : « Romain, dit-il, les crimes de tes ancêtres retomberont sur ta tête innocente 1 ! » Et cette sentence lui semble trèsnaturelle. Ce n’était pas l’opinion de Cicéron, qui répondait avec une généreuse colère à ceux qui soutenaient le même principe : « L’admirable équité des dieux ! Quelle ville souffrirait un législateur qui, pour punir la faute du père ou de l’aïeul, frapperait le fils ou le petitfils 2 ? » '

Dans cette évolution, l’habile Horace a cherché autant qu’il le pouvait à se mettre d’accord avec lui-même, et il faut reconnaître qu’il y a souvent réussi. Au fond la morale qu’il développe dans le troisième livre des Odes n’est pas très-différente de celle des Satires et des Ë -pitres. Il s’est contenté d’ajouter aux préceptes qu’il donne une sanction divine; quand on les dépouille de ces airs d’oracle et de cet appareil religieux dont il les a couverts, on se retrouve en présence des mêmes principes. Qu’il dise, comme dans la première satire, « qu’il faut se contenter de ce qu’on a », ou « qu’un homme doit s’estimer heureux quand Dieu lui a donné ce qui suffit3 », la diffé-

i. Cann., ni, 6, L — 2. Cic., De nat. deor., ni, 38. —3. Carm., ni. ic, 43.

LE SIÈCLE D’AUGUSTE

rence est petite. Il répète dans tous ses ouvrages qu’il est bon de vivre de peu, vivitur parvo bene ; mais tandis que, dans les Odes , il recommande la modération, la sobriété, la tempérance comme des vertus qui plaisent aux dieux, il nous dit simplement ailleurs qu’il faut fuir les grandes fortunes parce qu’elles donnent trop de tracas et qu’elles exposent à trop d’accidents. Nous venons de voir qu’il reproche durement aux navigateurs de transgresser la loi du ciel et de vouloir unir ce que les dieux ont séparé. Il ne les traite pas mieux dans ses autres écrits ; seulement, ce ne sont plus pour lui des sacrilèges, ce sont des maniaques, des avares, des fous qui bravent la mort pour s’enrichir. Il n’était pourtant pas possible, malgré son habileté, qu’il ne restât dans ses ouvrages des contradictions que les malins pouvaient remarquer. L’éloge enthousiaste de ces vieux Romains « accoutumés à remuer la terre avec le hoyau sabin et à porter sur leurs épaules le bois coupé dans la forêt1 », devait bien un peu surprendre chez celui qui racontait de point en point dans les Satires sa vie paresseuse, qui faisait savoir que toutes ses occupations consistaient, quand il n’était pas couché sur son lit de repos, à aller voir les diseurs de bonne aventure au forum et les joueurs de balle au champ de Mars. Dans l’épilogue de ses Odes, composé à la gloire d’Auguste et de ses institutions, il se représente, avec tous les citoyens, célébrant les louanges de l'empereur et de sa race : « Tous les jours, dit-il, parmi les dons du joyeux Bacchus, nous prierons d’abord les dieux immortels, selon les rites sacrés, avec nos femmes et nos enfants2. » Malheureusement nous savons qu’il n’avait ni enfant, ni femme, et l’on devine aisément dans ses confidences son peu de goût pour le mariage. Il était de ceux

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