‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 2)Chapitre 59 sur 92 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

VIRGILE

Virgile est, de tous les écrivains, celui qui a le mieux servi les desseins d’Auguste. — Premières années de Virgile. — Ses dispositions naturelles. — Influence d’Auguste sur lui. — Les Géorgiques.

Cette autre face du siècle d’Auguste, plus grave, plus triste, plus religieuse, se reflète surtout dans les œuvres du plus grand poète de ce temps. Tite-Live, Properce, d’autres encore, permettent de la soupçonner; mais celui qui la représente entièrement, c’est Virgile. Aucun écrivain n’a servi avec plus de zèle, et surtout avec plus de sincérité, les desseins d’Auguste ; aucun ne lui fut plus utile pour communiquer à ses contemporains les opinions et les sentiments qu’il voulait leur donner. Les autres, nous l’avons vu, étaient mal préparés par leur vie et leur caractère à ce rôle qu’ils s’étaient imposé ; au contraire, il semble que la nature avait fait Virgile pour le remplir. En accomplissant pour sa part l’œuvre à laquelle Auguste conviait les grands esprits de ce temps, il n’obéissait pas moins à ses instincts propres qu’aux exhortations de l’empereur.

Sa vie ne commence pour nous qu’avec les Bucoliques ; il avait près de trente ans quand il les écrivit. Ce

qu’il fit jusqu’à ce moment est à peu près ignoré. Il avait déjà composé des vers auxquels il semble faire allusion dans ses églogues et il est probable qu’il s’était acquis un certain renom dans sa province, puisque Pollion, qui en était gouverneur, le connaissait. Il n’est guère douteux non plus qu’il n’ait toujours beaucoup aimé ces campagnes où il était né et dont il a laissé de si beaux tableaux. 11 avait souvent, dans ses premières années, «pris l’ombre et le frais le long des fontaines sacrées»; il avait dormi « au murmure des abeilles bourdonnant autour de la haie de saules», il s’était éveillé « au gémissement des ramiers et des tourterelles, au chant lointain du paysan qui coupait sa vigne », et il n’oublia jamais ces impressions de son enfance. On le fit voyager dès qu’il eut grandi ; il visita Milan et Naples; il habita la superbe Rome « qui élève sa tête au-dessus des autres villes autant que le cyprès domine les humbles arbrisseaux ». 11 y fréquenta des écoles célèbres où il connut toute la brillante jeunesse de ce temps ; mais les grandes villes ne lui firent pas oublier son pays. Ses souvenirs, ses affections, devaient le rappeler sans cesse « vers ces champs que le Mincius arrose de ses sinuosités flexibles», et il s’empressa d’y revenir quand son éducation fut achevée. Il s’y trouvait pendant les guerres civiles; il y serait resté peut-être sans les événements qui le forcèrent d’aller chercher des protecteurs à Rome. Ce goût qu’il avait pour les champs, ce plaisir qu’il trouvait à y vivre a dû nécessairement inlluer sur ses sentiments et ses habitudes. N’est-ce pas là, par exemple, qu’il a pris en partie son amour pour les choses d’autrefois? D’ordinaire on respecte le passé au village; on y cite volontiers les vieilles maximes, on y conserve les mœurs antiques. Yirgile aussi

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