Tusc., i, 16. — 2. Rép., x, p
278 LE SIXIÈME LIVRE
aucune joie pure et entière1.» Pour nous empêcher d’avoir peur des enfers, il emploie un moyen aussi simple que sûr, il les supprime; il essaye d’établir que l’àme suit la destinée du corps et qu’elle s’éteint avec lui. Dès lors nous voilà débarrassés de cette attente inquiète de l’avenir, qui faisait notre tourment. S’il est vrai « qu’une fois l’existence dissipée, on ne se réveille jamais de ce sommeil de glace2», nous n’avons plus de raison de nous préoccuper de ce qui suit l’existence. « Avons -nous éprouvé quelque mal au temps passé, quand les armées de Carthage se précipitaient sur l’Italie, quand le bruit des armes retentissait jusqu’au ciel, et que sur la terre et sur les mers tous les mortels se demandaient sous quels maîtres ils allaient tomber? — Eh bien, lorsque nous aurons cessé de vivre, lorsque l’âme et le corps, dont l’union forme notre être, se seront séparés, nous n’existerons plus, il n’y aura plus rien qui puisse nous rendre le sentiment et troubler notre tranquillité, même quand le ciel, la terre et la mer se mêleraient ensemble3. » C’était vraiment un coup de maître pour cette doctrine de l’anéantissement absolu, qu’on accusait de réduire l’humanité au désespoir, que de se présenter au contraire comme lui apportant la paix et le repos. Du même coup elle se donne tous les avantages que s’étaient toujours attribués ses adversaires, et leur renvoie tous les reproches dont ils l’avaient accablée. « L’homme, disait-on, ne peut pas vivre sans cette croyance consolante à une autre vie. » — « L’homme, répondait Épicure, ne vit pas quand il a toujours devant l’esprit la crainte des enfers, et ceux qui l’en délivrent sont véritablement ses consolateurs. » 11 n’est pas douteux que cette tactique hardie et habile n’ait beaucoup servi au succès de la phi-