‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 3)Chapitre 77 sur 98 · Voyez tome I, p. 62 et sq · texte numérisé non relu

Voyez tome I, p. 62 et sq

AD II" SIÈCLE

ne possédait pas cette force et cette activité intérieures qui permettent à un culte de se renouveler tout seul. C’était d’ailleurs sa nature de résister aux nouveautés. Elle plaçait la dévotion dans l’accomplissement minutieux des rites anciens et faisait un devoir de n’y rien changer. L’immobilité était une sorte d’idéal pour elle, et cet idéal a été presque atteint dans ces grandes corporations, comme les Luperques, les Arvales, les Saliens, qui, se recrutant elles-mêmes, pouvaient conserver plus fidèlement les traditions du passé! Les prêtres étaient partout sous la main du pouvoir civil ; leur élection, dans les provinces, appartenait en général aux décurions : à Rome, ils étaient nommés par l’empereur sur une liste de présentation que les collèges sacerdotaux dressaient tous les ans L Or, c’était comme une maxime d’État pour ces collèges et pour le prince de ne rien changer à l’ancienne religion, et les prêtres qu’ils désignaient devaient naturellement penser comme eux. Le seul danger sérieux qu’elle pouvait courir lui venait de l’extension même de l’empire. Comme toutes les autres institutions de Rome, elle était faite pour une seule ville ; quand cette ville eut conquis le monde, ses conditions d’existence changèrent, et des difficultés naquirent qu’on n’avait pu prévenir ni prévoir. Pour assurer la paix de l’univers, des colonies furent établies dans les pays vaincus, et les colons qu’on y envoya finirent par se mêler aux anciens habitants du pays. Des villes soumises, en récompense de la fidélité qu’elles témoignaient, reçurent le droit de cité. Elles ne pouvaient pas devenir romaines sans accepter la religion de leur nouvelle patrie 2, mais elles avaient aussi des

i. C'est ce qui ressort du témoignage de Pline ( Epist . , 1, II, 8; IV, 8, 3). — 2. C’est ainsi que dans la colonie de Narbonne (Orelli, 2489) et dans celle de Salone, en Dalmatie (Corp. inscr. lat., ni, 1933), nous voyons qu’on dédie des monuments en se servant de l’antique

dieux nationaux qu’il ne leur était pas permis d’abandonner. Elles les adorèrent ensemble, et par là se fit un mélange inévitable de la religion officielle et des cultes étrangers. Ce mélange reçut une sorte de consécration légale sous Tibère, et il fut établi par une décision du sénat que c’était encore la religion romaine. Les chevaliers ayant fait un vœu à la Fortune équestre pendant urio maladie de Livie, il se trouva que, dans aucun des sanctuaires que cette déesse possédait à Rome, elle n’était adorée sous ce titre. 11 n’existait qu’un seul temple de ce nom, dans une ville des Yolsques, à Antium ; les chevaliers y apportèrent leur offrande, et, à cette occasion, on décida que « toutes les cérémonies religieuses qui s’accomplissaient en Italie, toutes les statues des dieux et tous les temples qui s’y trouvaient seraient regardés comme appartenant au peuple romain 1». De l’Italie, ce principe dut être étendu aux provinces, et c’est ainsi qu’avec le temps les divinités et les pratiques pieuses des peuples qui étaient entrés tour à tour dans la grande unité de l’empire pénétrèrent légalement dans la vieille religion de Rome2. Il était impossible qu’elle ne souffrit pas de cette extension: au milieu de cet encombrement de dévotions nouvelles, les pratiques anciennes devaient être quelquefois oubliées 3; mais ces altérations et ces négligences ne

lex dedicationis qui a été employée à Rome pour l’autel de Diane de l’Avcntin.

1. Tacite, Ann., m, 71. — 2. Minutius Félix, Octav., 22: Ægijptia qiiondam, nunc et romand sacra sunt. Dans les calendriers des derniers temps de Rome, les fêtes d’Isis, de Cybèle , de Mithra, figurent à côté de celles de Vesta et de Junon. Pendant longtemps, alors même qu on permettait au Romain comme homme privé de prier les dieux à sa manière, on l’obligeait comme magistrat à n’accomplir que les sacrifices prescrits et d'après les rites ordonnés. Cette obligation ne paraît plus respectée à la fin du il' siècle. On nous dit alors qu’il est d usage que le proconsul d’Afrique consulte officiellement la Déesse Céleste sur les în^rêts de l’empire. (Capitolin, Macrinus, 3, 2). — 3. Nou*

AU II* SIÈCLE

deviennent fréquentes qu’après le 11e siècle. A l’époque dont nous nous occupons, tous les témoignages nous montrent que les anciennes cérémonies s’accomplissaient avec régularité. Les traditions d’Auguste s’étaient maintenues sous les Antonins, et la religion romaine, au moins dans ses pratiques et ses rites les plus importants n’avait pas encore reçu d’atteinte *.

Les modifications qu’elle avait subies étaient tout intérieures, ün conservait les mêmes rites, mais les croyances étaient changées; on allait dans les mêmes temples qu’autrefois, sans y apporter tout à fait les mêmes sentiments; on priait les mêmes dieux, mais on avait d’eux d’autres idées. Ces changements qui introduisirent un esprit nouveau dans l’ancien culte, doivent être surtout attribués à l’influence de la philosophie et des religions de l’Orient. Elles agirent d’une manière différente et sur des classes diverses de la société, mais en général la direction qu’elles donnèrent à l’esprit public fut semblable. Quoique parties de principes opposés, il leur arrive souvent de s’accorder dans la pratique et d’aboutir aux mêmes conséquences. Ce sont ces conséquences qu’il convient avant tout d’étudier.

La philosophie, en s’appliquant à réformer les religions populaires, devait s’efforcer d’abord de leur imposer de quelque manière la croyance à l’unité de Dieu. C’était une opinion qu’admettaient à peu près toutes les écoles, et il n’était pas possible à un philosophe de l’abandonner. Mais comment la faire accepter à des cultes dont le polythéisme était l’essence? On crut y arriver en proclamant ce principe : « que l’autorité suprême n’appartient qu’à

savons, par exemple que, du temps d'Aurélien, on négligeait de consulter les livres sibyllins pendant les malheurs publics. (Vopiscus, Aurel., 20, 4.

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