‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 3)Chapitre 81 sur 98 · LA RËLIG ION ROMAINE · texte numérisé non relu

LA RËLIG ION ROMAINE

favorables. Les Pères de l’Eglise ne font pas difficulté de l’atouer. Ils reconnaissent, par exemple, que la réunion du monde entier sous la domination de Rome et la paix profonde dont il jouissait depuis Auguste ont beaucoup aidé à la propagation de l’Évangile. Il aurait certainement éprouvé plus de peine à se répandre si les rapports entre les nations avaient été plus rares et moins faciles. « C’est Dieu, disent -ils, qui a soumis tous les peuples aux Romains pour préparer les voies au Christ *. » D’autres causes aussi ont contribué à son triomphe, et parmi elles il n’y en a pas eu de plus efficace que ce grand mouvement religieux que nous venons d’étudier. Je ne veux pas dire, comme on l’a fait, qu’il ait produit la révolution chrétienne et qu’il suffise à l’expliquer. Le Christianisme en a profité, mais il n’en est pas sorti; ses origines sont ailleurs : il apportait avec lui, en s’établissant dans l’empire, une doctrine que Rome ne connaissait pas et qu’elle dut avoir quelque peine à comprendre. L ’Ê pitre aux Romains ne contient rien qui ressemble aux systèmes imaginés par les philosophes de la Grèce et qu’on puisse croire imité d’eux. Il n’est pas juste non plus de prétendre que le Christianisme n’a fait que continuer l’œuvre des religions anciennes et de laisser croire que s’il ne les avait pas interrompues, elles seraient parvenues toutes seules où il est lui-même arrivé. Je crois avoir montré au contraire qu’après des efforts vigoureux, elles s’étaient arrêtées comme épuisées vers le IIe siècle 2. Elles avaient atteint alors, à ce qu’il semble, leurs limites naturelles, et ne paraissaient pas capables d’aller plus loin. La révolution accompliepar le Christianisme est donc bien réellement son ouvrage et le fruit de sa vertu propre; mais il

1. l'i uilence, Contra Sijmm., n, 586. Voyez aussi Origène Contra le s., n, 30. — 2. Voyez tome H, p. 109, 304, 358.

Àü II* SIÈCLE.

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n est pas douteux qu’il n’ait tiré un grand profit du travail religieux et philosophique qui s’était accompli avant lui. Il ne se serait probablement pas propagé aussi vite un siècle plus tôt, dans cette société indifférente, railleuse, toute livrée aux soucis de la politique, qui dans les choses religieuses ne croyait pas et n’éprouvait pas le besoin de croire, au moment où Cicéron s’attirait les applaudissements de la foule en disant : « Ne pensez pas qu’il soit possible qu’un dieu nous tombe du ciel, comme il arrive dans les tragédies, qu’il vienne se mêler à nous, courir le monde et converser avec les hommes l. » Ce dieu descendu du ciel pour le salut de l’humanité, au IIe siècle on y croyait et on l’attendait, et les imposteurs qui prenaient le nom de quelque divinité de l’Olympe et se donnaient pour elle, étaient sûrs de trouver des dupes 2. Il fut donc utile au Christianisme de naître au milieu de cette fermentation religieuse qui arrachait le monde à l’indifférence; il lui fut plus utile encore qu’elle n’eût abouti qu’à des résultats incomplets. Nous venons de voir que toutes les réformes qu’on avait tentées étaient restées imparfaites. La philosophie avait posé les plus grands problèmes et ne les avait pas résolus ; la religion avait excité les esprits sans les satisfaire. Une fois jetés sur la route, ils voulaient arriver au but ; ils étaient émus, troublés, pleins de désirs inassouvis et d’attente inquiète, affamés de croyances, prêts à suivre sans hésitation ceux qui leur apporteraient enfin ces biens précieux qu’on leur avait fait entrevoir sans les leur donner, la paix et la foi. « Le

i. Cic., De harusp. responsis, 28 : Nolite enim id putare accidere posse, quod in fabulis sœpe videtis fieri, ut deus aliquis, lapsus de cœlo, cætus hominum adeat, versetur in terris, cum hominibui colloquatur. — 2. Voyez, par exemple, les histoires plaisantes, racontées par Lucien dans Alexander.

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