‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 4)Chapitre 19 sur 93 · EpisU, 95, 47. — 2. Fragm.y · texte numérisé non relu

EpisU, 95, 47. — 2. Fragm.y

doctrines qui lui permet de se passer de religion. Le surnaturel lui paraît inutile, puisque son Dieu se confond avec la nature, et il l'aurait poursuivi de ses railleries cruelles partout où il l'aurait rencontré. Il ne s'est moqué que des dévots païens par la raison qu'il n'en connaissait pas d'autres, mais on voit bien que ce n'est pas seulement un culte épuré qu'il demande ; au fond, il voudrait, si l'on était sage, qu'on se passât entièrement de culte. « On n'a pas besoin, dit-il, de lever les mains au ciel, ni de prier un sacristain de nous laisser approcher la bouche des oreilles d'une statue pour que notre prière soit mieux entendue ; Dieu est près de chacun de nous, chacun le porte en soi-même *. Gardez-vous de lui construire des temples en entassant des monceaux de pierres : il faut vous contenter de lui bâtir un autel dans votre cœur "-. Dieu n'a pas besoin de serviteurs ; qu'en ferait-il? Il est lui-même le serviteur du genre humain et pourvoit à tous ses besoins. Le premier hommage qu'il faut rendre aux dieux, c'est de croire à leur existence ; le second, c'est de reproduire leur majesté et leur bonté. Voulez-vous qu'ils vous soient propices, soyez vertueux : le seul culte qu'ils exigent, c'est de les imiter^. »

J'ai parlé tout à l'heure de Virgile à propos de ces sages de l'antiquité qui semblent avoir été les prédestinés de la religion du Christ. Sénèque ne lui ressemble guère. Il n'avait pas, comme lui, le respect des traditions et le goût du passé. Presque jamais on ne trouve dans ses ouvrages ces éloges de l'ancien temps qui étaient un lieu commun de la sagesse romaine. Étranger à Rome par sa naissance, il y arriva dégagé de toutes ces superstitions du passé qu'on y prenait dan> les familles. A l'exception de Régulus et de Caton, dont il a dénaturé le caractère

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