‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 5)Chapitre 38 sur 100 · Carm., iv, 6, 41. — 2. Caj^m, ssec · texte numérisé non relu

Carm., iv, 6, 41. — 2. Caj^m, ssec

à ces images riantes; il souhaite avant tout de paraître grave, il veut qu'on le trouve romain, et malheureusement il laisse trop voir la peine qu'il se donne pour l'ôtre. II faut qu'il introduise dans la poétique strophe de Sappho le nom des Quindécimvirs, qui ne se prête guère à la poésie * ; il tient à mentionner les lois Juliennes sur le mariage et à leur conserver presque leur dénomination légale ^ ; il est aise de rappeler, dans cette langue à moitié grecque qu'il s'est faite, les expressions et les formules des vieux rituels^. Ces tentatives ne sont pas toujours heureuses, et il faut convenir qu'elles jettent dans son œuvre un peu de gcneet d'eflort. Mais sa poésie reprend toute son aisance et tout son éclat quand il célèbre Auguste. On sent qu'alors il parle du fond du cœur: « Déjà, dit-il, le Mède redoute ses mains puissantes et tremble devant les faisceaux romains; les Scythes, les Indiens, naguère si fiers, viennent ici chercher des lois. Déjà la bonne foi, la paix, l'honneur, l'antique chasteté, la vertu longtemps oubliée, osent reparaître et ramènent avec elles l'abondance à la corne toujours pleine^, o Horace exprime ici l'opinion de son temps. 11 lui semblait, comme à tous ses contemporains, que l'empereur devait également réussir dans toutes ses entreprises; quand on venait de voir les Parthes s'humilier devant lui, et les ambassa-

i.Carm. sœc.,70: « Quindecim Diana preces virorum Curât. — 2./rf., 18 : « Prospères décréta super jugandis Feminis. » — 8, C'est pour obéir à ces anciens usages qu'à la fin d'un hymne adressé à Apollon et à Diane, il invoque Jupiter et tous les dieux (ir/., 73) : « Hœc Jovem sentlre deosque omnes n,clc. Servius (Geor^., I, 21) dit que c'était l'habifude des pontifes d'agir ainsi : « Ritu veteri in omnibus sacris post spéciales deos quos ad ipsum sacrum qiiod fiebat necesse erat invocari generaliler omnia numina invocabantur. » Ainsi me semble s'expliquer naturellement un passage qui a embarrassé. Voyez, sur toutes ces questions, la dissertation de F. Hermann : De loco Apollinis in Carmine Horatii sœculari. Gôtt., 1848. — à-. Carm. sœc, 52 et suiv

deurs de nations inconnues arriver des extrémités du monde « pour demander son amitié et celle du peuple romain S), on ne se figurait pas volontiers qu'il y eût des limites à sa puissance'^, et Ton devenait aussi confiant dans le succès de ses réformes intérieures qu'on était fier des résultats de sa politique étrangère. 11 était bien naturel qu'il possédât cette confiance qu'il inspirait aux autres, et au moment où les jeux séculaires furent si pompeusement célébrés, il pouvait croire avec Rome entière, qui l'en remerciait par la voix d'Horace, qu'il avait vraiment restauré la religion romaine et corrigé les mœurs publiques

Ce que la religion romaine a fait pour Auguste. — L'empereur est associé à tous les sacerdoces. — Il est nommé grand pontife. — Union de l'autorité civile et de la puissance religieuse. — Dangers de cette union. — Fêtes nouvelles qu'on célèbre en l'honneur d'Auguste. — Son nom est introduit dans les fêtes anciennes. — Ce que le caractère religieux ajoute au pouvoir impérial. — Comment ce caractère fut accepté du peuple et des gens éclairés.

La religion romaine ne fut pas ingrate pour Auguste ; elle le paya libéralement de ses bienfaits et lui rendit au moins autant de services qu'elle en avait reçus. Nous

1 Suét., Aug., 21 : vlndos etiam ac Scythas, auditumodo cognitos, pellexit ad amicitiam suam populique Romani ultro per legatoa petendam », et Mommsen, Res gestœ, p. 89 et 90. — 2. Le peuple croyait si fermement à ses succès et à son bonheur, qu'en 732 Rome ayant souffert d'une peste et d'une famine, il pensa que ces malheurs venaient de ce qu'Auguste n'était pas consul cette année, et fut convaincu qu'il s'en délivrerait en le nommant dictateur. (Dion, Liv, 1.)

venons de voir ce qu'il a fait pour elle, il nous reste à chercher ce qu'elle a fait pour lui.

Elle le revêtit d'abord de toutes ses dignités : jeune encore, il avait été nommé pontife par le peuple à la place de L. Domitius, mort à Pharsale. Il fut ensuite associé au collège des Augures, à celui des Quindécimvirs et à celui des Septemviri epulones : c'étaient les quatre grandes associations religieuses de Rome {quatuor amplissima collegia). 11 fit partie aussi des corporations des Féciaux, des Tùii, des Arvales ^ Ses successeurs, imitant son exemple, eurent soin de se rattacher comme lui à toutes les institutions sacerdotales qui en valaient la peine. Une seule fonction lui manquait pour être le chef de la religion romaine, celle de grand pontife : il l'attendit longtemps, et, ce qui lui fait honneur, il eut la patience de l'attendre. César, qui en avait été revêtu, en connaissait toute l'importance, et, pour la rendre héréditaire dans sa maison avec l'autorité civile, il avait fait décider par le peuple que son fils, s'il en avait ou s'il en adoptait un, la posséderait après lui^; mais à la mort du dictateur, Lepidus s'en était emparé. Sa nomination fut tout à faic un acte de violence et d'illégalité ; il n'avait respecté aucune des formalités ordinaii^es et s'était même dispensé de réunir les comices. On pouvait donc à la rigueur le traiter comme un intrus et un usurpateur. Le peuple voulut plus d'une fois lui enlever une dignité qu'il occupait sans droit et nommer Auguste à sa place; Auguste refusa toujours. Ce n'était pas par égard pour son ancien rival : Dion nous apprend qu'il se faisait un plaisir de l'humilier 3; mais il ne voulait pas donner un exemple dont on pourrait abuser un jour

1. Mommsen, Res gestœ, p. 18. — 2. Dion, xuv, 5, — 3. Dion. LIV. 15,

contre lui. Comme il souhaitait cette dignité pour luimême et qu'il était sûr de l'obtenir, il trouvait politique d'en respecter les privilèges et de n'en pas diminuer l'importance. Lepidns le fit attendre pendant trente et un ans; il ne mourut qu'en 741. Dès lors rien n'empêchait Auguste de répondre au vœu populaire, et les comices furent réunis au mois de mars de l'année 742. L'affluence des citoyens qui venaient apporter leur suffrage à Auguste fut considérable. « Il en vint, dit l'inscription d'Ancyre, une si grande quantité de toute l'Italie, qu'on ne se rappelle pas en avoir jamais vu autant ^ » Depuis ce moment jusqu'au règne de Gratien, c'est-à-dire pendant près de quatre siècles, le souverain pontificat est devenu inséparable du pouvoir suprême, et tous les empereurs ont porté le titre de grand pontife.

Ainsi furent réunies dans la même main la puissance religieuse et l'autorité civile. Cette union pouvait avoir des conséquences qu'on ne paraît pas alors avoir redoutées ni même aperçues. Le grand pontife possédait à Rome des prérogatives très-importantes : chef d'un collège de prêtres établi pour maintenir la religion nationale dans son intégrité, il avait à la rigueur le droit de surveiller toutes les cérémonies du culte. Ce droit lui permettait d'intervenir quand il le voulait dans la vie publique, où l'on ne faisait rien qui ne fût précédé de prières et de sacrifices; il lui donnait aussi, ce qui est plus grave, un large accès dans la vie privée, car le collège qu'il présidait était le juge naturel des contestations qui s'élevaient sur la sépulture et les adoptions, que l'on regardait surtout comme des actes religieux, et devait veiller au maintien du culte domestique. On voit

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