Tertull., Apol, 33 et
dit-il, par une loi salutaire qu'on célébrât des rites impies, mais nous n'entendons pas interdire ces jeux qui réunissent les citoyens et entretiennent la joie publique*. » Il répondit aux habitants d'Hispelhim, qui demandaient à lui élever un temple, qu'il y consentait « à condition que l'édifice qui devait porter son nom ne serait pas souillé par les pratiques coupables d'une superstition dangereuse^ )). Ce n'était donc plus qu'un monument civil, une sorte d'hôtel de ville, où les décurions se réunissaient pour protester de leur dévouement au prince et signer des décrets en son honneur. C'est ainsi que le culte impérial fut tout à fait sécularisé. Du moment qu'il fut constaté que ce n'était plus qu'une manière détournée d'honorer l'autorité souveraine, le Christianisme eut moins de répugnance à le tolérer. Constantin et ses successeurs furent divinisés par un décret solennel du sénat ; ils eurent des temples et des prêtres, et il ne semble pas que ces hommages aient scandalisé les évêques ni les chrétiens rigoureux. Gratien, qui refusa le premier d'accepter les insignes du grand pontife, fut probablement aussi le premier qui ne reçut pas les honneurs divins après sa mort. L'apothéose a donc duré près d'un siècle encore après la défaite du paganisme^.
Est-il même bien vrai de prétendre qu'elle ait tout à fait disparu avec Gratien et qu'il n'en reste plus de trace après lui ? Nous avons dit que les royautés chrétiennes qui remplacèrent l'empire essayèrent souvent de le continuer. Le Christianisme était d'ailleurs une religion amie
1. Cod. Theod., xvi, 10, 17.— 2. Orelli, 5580, et Mommsen, Analekten. — 3. Rossi, Inscr. christ., p. 338. Quand on dit que Gratien lut le premier qui ne reçut pas les honneurs de l'apothéose, on veut parler de la consécration officielle décrétée par le sénat. Mais ou continua quelque temps encore, par habitude, à donner le nom de dieux aux empereurs morts.
de la discipline et de l'ordre ; il proclamait que l'autorité souveraine est une sorte d'émanation de la puissance divine, et il faisait un devoir de lui obéir. Dès le ii* siècle, son docteur le plus sévère disait : « Nous rendons à l'empereur tous les honneurs qu'il nous est permis de lui rendre et qu'il lui est utile de recevoir ; nous le regardons comme un homme, mais un homme qui vient immédiatement après Dieu : il tient de Dieu ce qu'il possède, mais il n'est inférieur qu'à lui *. » C'est à peu près de la même façon, on s'en souvient, que s'exprime Horace, lorsque, s'adressant à Jupiter, il lui demande de prendre César pour son lieutenant et de lui laisser gouverner le monde sous ses ordres. Quand le printo est à ce point au-dessus des hommes, il est bien près d'être en dehors d'eux ; s'il est l'objet particulier des faveurs célestes, s*il a été désigné par un décret spécial pour régner sur un peuple, s'il tient d'en haut les qualités nécessaires pour y réussir, il n'est plus possible de le confondre avec le troupeau qu'il gouverne. C'estainsi qu'à force de grandir l'autorité souveraine et de la rapprocher du ciel, il est arrivé quelquefois aux docteurs chrétiens de s'exprimer à peu près de la même manière que les écrivains de l'ancienne Rome. Le prince, selon Pline le jeune, est pareil au plus rapide des astres : il voit tout, il entend tout, en quelque Heu qu'on l'invoque, il y fait sentir à l'instant même sa présence et son secours. «Sans doute, ajoute-t-il, c'est ainsi que le Père du monde en règle l'économie, lorsque, abaissant ses regards vers la terre, il daigne s'occuper des destinées des hommes ^. » Cette comparaison entre le prince et Dieu se retrouve dans Bossuet, et presque avec les mêmes figures : « Considérez le prince dans son cabinet : de là partent les ordres qui font aller