Epùt., I, 13. — 2. Epist
îW LES CLASSES ELEVEES.
niait toute sa vie. Les hommes les plus graves encourageaient par leur présence ces exhibitions de parole *, et Pline déclarait de la meilleure foi du monde qu'il n'y a rien de plus heureux que de faire encore dans sa vieillesse ce qu'on a fait dans ses premières années *. C'est le commencement de cette génération prétentieuse et pédante dont Fronton fut Tidole. On la voit naître dans les lettres de Pline; elle arrive à sa maturité dans celles de Marc-Aurèlc et de son mnttr'ï.
La corrcspondan'^e de Pline nous montre encore combien on est alors religieux et à quels excès de crédulité la dé\olion est capable de se lais'^er entraîner. Malgré le goût que cette société professe pour la philosophie, elle ne résiste pas au courant de plus en plus fort des opinions populaires. Il faut qu'il soit bien difficile de leur échapper p.)ur qu elles aient pris un tel empire sur un monde si spirituel et si éclairé. On ne levient pas de sa surprise quand on voit que c'est précisément à partir de l'époque où Cicéron a écrit son traité De la divination^ que la croyance au merveilleux semble être devenue plus vive; rien en vérité ne montre mieux l'impuissance des grands hommes quand ils prétendent s'opposer à leur siècle et en changer la direction. Horace aussi voulait que le sage se moquât des songes, des miracles^ des devins et des magiciens^; mais il ne fut guère écouté : après lui, les irnracles et les songes obtiennent plus de crédit que jamais, et les sages y ajoutent foi comme les autres. Il était mort à peine depuis quelques années, quand un homme qui avait par moments du génie, Manilius, écrivit ce poëme étrange sur l'astrologie, si plein d'enthousiasme et de sincérité, et qui rappelle quelquefois l'ardente conviction de Lucrèce. Sous Tibère, les devins de tous
1. EpisU VI, 6. — 2. Epist., H, 3, 6. — 3. Horace, Epist.^ u, 8, Î08.
les pays affinent à Rome; on les poursuit, on les emprisonne, on les exile, on les bat de verges hors de l'enceinte, on les précipite du haut de la roche Tarpéienne ^ mais on n'arrive pas à les détruire. « C'est une race d'hommes, dit Tacite, qui trahit toutes les puissances, qui trompe toutes les ambiiions, et qui, toujours chassée de Rome, parvient à s'y maintenir toujours-. » La persécution ne fit que les rendre plus importants. On rechercha de préférence ceux qui avaient été mis en prison. « Si Fun d'eux avait manqué périr, s'il avait porté de lourdes chaînes, s'il revenaità moitié mortdu rocher de Sériphe», il était sûr de faire plus de dupes et personne ne mettait en doute ses oracles 3. C'était un crime capital de les considter, mais on supportait avec tant d'impatience la domination du maître, on était si las du présent, si ;:vi!Je et si curieux de l'avenir, que, pour rapercv;\,>ir un moment, même en rêve, on risquait sa vie. Les devins deviennent alors si nécessaires à tout le monde, que le prince même, qui les déteste et les proscrit, a le sien qui ne le quitte pas, devant lequel il tremble et qu'il fait trembler à son tour*. Mais ce qui obtient plus de vogue encore que la diviiiation, c'est la magie. Le talent du devin se borne à reconnaître à certains signes la volonté divine et les arrêts drt destin; il prévoit l'avenir et l'annonce, mais il ne change pas ce qui doit être. Le magicien |)0ssède des secrets qui obligent la nature et les dieux à lui obéir. Il arrête le cours des fleuves, il force la lune à se voiler, le soleil à suspendre ou à précijiiter sa marche; surtout il ressuscite les morts et les consulte. Interroger un mort est le plus ardent de tous les désirs qui travaillent cette génération inquiète. Sous Tibère,