‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 109 sur 155 · Tariullien, De twmog., 17; De exhort, cast., Ig · texte numérisé non relu

Tariullien, De twmog., 17; De exhort, cast., Ig

BoissiEH. — Religion romaine. II. — i4

de la vie intérieure, étaient attendues avec impatience. Lucilius laisse entendre que quelques-unes en profitaient pour se soustraire à la surveillance jalouse de leurs maris *. C'est à cause de ces solennités qu'on aimait tant leséjourdes grandes villes, où les fêtes sont plus brillante» et reviennent plus souvent *. Les femmes prirent bientôt l'habitude de n'y paraître qu'avec un train qui répondait à leur fortune. Polybe, parlant d'Émilia, sœur de Paul- Émile, qui avait épousé Scipion l'Africain, dit a qu'elle étalait dans ces cérémonies un luxe conforme au rang d'une Romaine qui avait été associée à la vie et à l'opulence d'un Scipion, qu'elle s'y faisait accompagner par un grand nombre de serviteurs, et que, sans parler de la richesse qui éclatait dans sa toilette et dans ses voitures, on voyait des corbeilles, des vases et tous les objets nécessaires aux sacrifices, d'or et d'argent, la précéder dans ces pompes solennelles '. » La religion fournissait donc une occasion aux femmes de sortir de leurs demeures, de se faire voir en public et dans l'appareil qui convenait le mieux à leur amour-propre ; elles en étaient trop heureuses pour ne pas lui en garder une grande reconnaissance. La religion les aida aussi à s'insinuer de quelque manière dans la vie publique, malgré les préjugés qui les en écartaient. Elles obtenaient les honneurs sacerdotaux, elles étaient prétresses de Junon, de Vénus, de Cérès, et comme quelques-uns de ces cultes avaient une grande importance et une sorte de caractère officiel, qu'elles étaient chargées de prier pour tous les citoyens et portaient quelquefois le titre de sacerdos publicOy on prenait l'habitude de ne pas les séparer des autres magistrats de la ville. Elles avaient part aussi au culte des

i, Aut operata aliquo m celebri cum œqualibu' fano. N uni us, 523, 9. — 2. Térence, Uecifra, iv, 2, 16. — 3. Poljbe, xxxil, 12.

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Césars, qui était si étroitement lié à l'administration des provinces et des municipes, et devenaient prêtresses des impératrices déifiées. Pour lionorer Livie ou Faustine, quand un décret du sénat leur eut décerné l'apothéose, on faisait choix de l'épouse de quelque personnage important, qui lui-même était revêtu de fonctions civiles, et qui souvent était prêtre d'Auguste ou d'Antonin. Le mari et la femme avaient des attributions semblables ; nommés de la même façon, par le suffrage des mêmes personnes, ils remerciaient leurs électeurs en leur faisant les mêmes présents. Les flaminicœ élevaient des monuments et donnaient des jeux comme les flumines^ et leur libéralité était payée de la part de leurs concitoyens par les mêmes hommages. Les femmes devaient donc à la religion ces honneurs qui satisfaisaient leur vanité et cette sorte d'importance dont elles étaient fières. Il était naturel qu'elles lui en fussent très-reconnaissantes,

La seule raison qu'on pourrait avoir de penser qu'elles ne tenaient guère aux dieux anciens, c'est qu'elles ont toujours été les premières à se précipiter ver» les nouvelles divinités. Mais on a tort de regarder cet empressement pour le» cultes étrangers comme une sorte de protestation contre le culte national; il faut y voir plutôt un© conséquence naturelle des sentiment» religieux que ce vieux culte avait développés dans leur coeur. Ce n'est pas en haine des dieux de leur pays qu'elles faisaient un si bon accueil à ceux des pays voisins; c'était au contraire la piété qu'elles éprouvaient pour les divinités de Rome qui les disposait à bien recevoir celles de tous les peuples. Une dévotion les menait à l'autre, et •lies le» accommodaient toute» ensemble. Quand l'ardeur de leurs sentiment» pieux ne trouvait plus à se satisfaire 4ans leur antique religion, elles cherchaient à sa coo-

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tenter ailleurs, mais ces pratiqiies nouveHes n'étaient qu'une Borte de complément et de surcroît; elles n'eiTaçaientpas le respect que l'on gardait toujours pour lea anciennes. Au sortir des temples d'Isis ou de Cybèle, les femmes n'oubliaient pas d'aller prier Junon et Minerve au Capitole, ou Diane sur l'Aventin. Ce mélange, qu'elles se permettaient sans scrupule, dura jusqu'au jour où la même piété qui les avait conduites dans les sanctuaires des dieux de l'Egypte et de la Syrie les jeta au pied des autels du Christ. Cette fois elles eurent alTaire à une religion jalouse, qui ne souffrait pas de partage, et il leur fallut se décider entre leur nouveau culte ou celui de leur famille et de leur jeunesse. Si elles n'hésitèrent pa& danà leur cliûii, ce n'est pas, comme onTa prétendu, parce que leur ancienne religion ne s'occtipait pas assez d'elles et ne leur faisait pas une place qui leur suffit; leur pré-» fércnce tenait à d'autres causes qui leur font plus d'hoo* neur et qu'il est inutile d'énumérer ici.

Les Romaines de l'empire méritent-elles les reproches que leur font les moralistes de leur temps? — Idée que les anciens Romains sa faisaient de la femme. — Éducation qu'ils lui donnaient. — Con-« séquences de cette éducation, — Façon de vivre des Grecs dan? leur famille. — Les Romains commencent à imiter la facilité des mœurs grecques. — Ce qui les arrêta dans celle imitation. — . Çhangemciil d^ns l'éducation et les habitudes des femmes soui l'empire. — Ce cliangernent e.xplique pourquoi les moralistes leur sont si sévères. — Que faut-il penser des reproches qu'ils leur adressejit? — Démentis que se donnent à eux-mêmes Sénèque ol Tacite.

Il est beaucoup plus diflicile d'apprécier la conduite dos femmes au iV siècle que de chercher à savoir quelle

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êituation leur faisaient alors la société civile et la religion. Les écrivains de cette époinjo lci;r sont en général fort contraires; il n'en est adcnn qui ne les traite durement, et c'est contre elles que Juvénol dirige ses attaques les plus piquantes. Nous avons vu qu'on doit beaucoup rabattre des violences de Juvénal; quant à la mauvaise humeur des autres, il faut bien croire qu'elle était en partie justifiée ; mais en partie aussi elle s'explique par un changement profond qui s'était opéré dans les habitudes et la vie des femmes sous Tenipire et qu'il faut connaître, parce qu'il aide à comprendre la sévérité des jugements qu'on a portés sur elles.

L'idée que les anciens Romains se faisaient de la mère de famille était grave. La matrone devait conduire la maifeort et partager avec le mari le gouvernement domestique; Ces fonctions exigeaient un esprit sérieux, un caractère résolu ; c'étaient aussi les mérites qu'on prisait le plus chez les femmes^ ce sont ceux que Plaute leur attribue dans toutes ses pièces. La douceiir, la grâce, la tendresse, seml)!cnt réservées chez lui aux co'jrtisanes; les jeunes filles ou les femmes de iinissnnce libre qu'il met èur là scène ne connaissent pas les eirusions ou les emportements de la passion ; elles ne sont jamais timides ni rêveuses; elles ont un air déciilé, elles parlent d'un ton ferme et viril. Dans la pièce intitulée le Pente, un j)nragitc éhonlé veut mêler sa fille à une basée intriuue qui doit lui procurer de bons dîners pour le reste de seâ jours. Elle résiste avec une fermeté froide; pour échapper à ce danger que court son honneur, elle n'a pas recours aux gémissements et aux larmes, elle est grave, sententieuse, elle discute et raisonne : « Noiis sommes bien pauvres, dit elle à son père, mais il vaut mieux vivre misérable que de faire ce que tu veux. La pauvreté devient plus

lourde à porter si l'on y joint Tinfamie *. » 0"and Alcm«^ne se voit outragée par Amphitryon, elle n'essaye pas de le toucher par ses pleurs; elle veut le convaincre par ses raisonnements*. Elle se garde bien de supplier, elle en appelle à sa conscience et à Junon, « la mère de famille », elle lui offre de prouver sa vertu par témoins; mais aussitôt qu'elle s'aperçoit qu'elle ne parvient pas à le détromper, elle prend sa résolution sans faiblesse et demande le divorce, c Reprends ton bien, lui dit-elle, et rends-moi ce qui m'appartient. » Elle ne veut pas rester un moment de plus avec lui ; elle le prie de lui donner des gens pour l'accompagner chez elle, et, comme il paraît hésiter à le faire, elle se décide à s'en aller «escortée de sa seule pudeur >. Telle était évidemment l'idée qu'on se faisait alors des femmes, et les qualités que Plaute leur accorde étaient celles qu'on tenait le plus à retrouver dans une matrone accomplie.

L'éducation qu'on leur donnait était tout à fait propre à les développer chez elles. Dans les maisons riches, les jeunes filles étaient élevées, comme leurs frères, par des esclaves lettrés; elles recevaient les mêmes leçons, on les faisait étudier dans les mêmes livres, elles écoutaient le grammairien lire et commenter les grands poètes de la Grèce et de Rome, et prenaient dès leur jeunesse, pour Ménandre, pour Térence, un goût qu'elles gardaient d'ordinaire pendant toute leur vie^. Les plébéiennes étaient envoyées aux écoles publiques, sur le forum, auprès des Boutiques vieilles*. Ces écoles étaient fréquentées aussi

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