‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 115 sur 155 · Séijè.jue, Suas.f a · texte numérisé non relu

Séijè.jue, Suas.f a

honneur dans son épitapbe « ù*àire restéechezelle *» , nous savons qu'elle n'avait j)as trop de scrupule ni de difticulté à quitter sa maison. Elle accompagnait son mari dans les dîners où il était invité, et la seule différence qu'on remarquât entre eux, c'est qu'elle s'asseyait sur une chaise à la manière ancienne, tandis qu'il prenait son repas couché d'après l'usage des Grecs*. Les jeunes filles y venaient aussi avec leurs parents; seulement on nous dit qu'on avait la précaution de les faire sortir au dernier service, « de peur que leur oreille cha-^te n'entendît quelque propos inconvenant^)». La réclusion des femmes, comme on voit, n'était pas très-sévère sous la république; elle le devint bien moins encore sous l'empire. Elles vont alors partout, et on les rencontre dans toutes les réunions publiques et privées. A Home, les princes reçoivent à leur table les épouses des sénateurs avec leur» maris *. Il y avait des femmes dans ce repas qu'Othon donnait aux plus grands personnages de l'empire le jour où ses soldats révoltés manquèrent assassiner tout le sénat ^; des femme* faisaient partie de ce groupe de gens distingués et vertueux qui assistaient aux derniers entretiens de Thrasea ®. Dans les municipes, quand un magistrat généreux donnait à dîner à ses concitoyens, ces repas réunissaient souvent les habitants des deux sexes. Les femmes aussi prenaient place dans les nombreux festins que célé-

4. Corp. inscr. lut., i, 1007 : domum set-vavit, lanam fecit. C«

qui prouve cette persistance des anci'îàmcs maximes dont j'ai parié plus haut, c'est qu'on retrouve assez souvent mentionnées sur ies tombes de l'empire les qualités dont les femmes tiraient vanité sou« la république. Elles sont appelées domisedœ et lani/icœ quand elies ne filaient plus guère de laine ci qu'elles restaient cheî elles I2 moins possible. C'est une tradition et un souvenir de l'ancien idéal. — 2. Valère-Maxime, u, i, 2.-3. Yarron, Sat. men., p. 95 (édit. Riese). — 4. Dion, lx, 7. — 5. Tacite, Hist., i, 8L — 6. Ti-:., Anii t XVI, 'M.

braient partout les corporations *. Qu'elles aient quelquefois abuse de ces occasions qu'elles avaient de courir le monde pour donner des rendez- vous ou célébrer ensemble les abominables mystères de Cotytto ; que dans ces dîners, où les convives se croyaient tout permis*, elles aient ofTert quelquefois de fâcheux spectacles, Juvénal le dit, et on peut le croire ; mais on peut croire aussi que le plus grand nombre s'y conduisait autrement. A tout prendre, il vaut mieux qu'on les y ait admises, et leur présence a fini par y introduire plus de décence et de retenue.

On leur reproche encore leurs prodigalités, cil semble vraiment, dit Juvénal, qu'elles croient que les écus repoussent dans le coffre à mesure qu'on les dépense. Jamais elles ne calculent ce qu'un plaisir peut leur coûtera 1 Les riches achètent à des prix insensés les coupes de cristal, les vases murrhins ; les autres vendent .'argenterie de famille pour louer des habits et des suivantes quand elles vont au théâtre. Ne pas savoir mesurer son train à sa fortune, se ruiner et s'endetter pour briller plus qu'on ne le pcîit, c manquer de respect à sa pauvreté», suivant la belle expression de Juvénal, c'est un vice de tous les temps. Admettons, si l'on veut, que cette époque en ait souffert plus que les autres; cependant, parmi les dépenses dont on fait un crime aux femmes, il en est dont elles se justifieraient aisément. Elles ont pris part dans une large mesure à cet élan de générosité qui sembla s'emparer par moments de la société romaine sous l'empire. Sans être aussi directement mêlées que l'homme aux affaires de leur cité, nous

1. Tcrtull., Ad uxorem, u, 6.-2. Quiwlilien, i 2, 8 : omne conmvittm obscœms cantibus strepit, pudenda dictu tpectaritur — 3 Juvénal, VI, 3t)2.

m hèé HMés.

véûans dé \ôif qu'elles h*y sont pas non pliis loiit à fait étrangères. Dès lofs elle^ de croient obligées aux niêrnes munificences envers leurs concitoyens. Elles construisent dés portiques, élèvent des statues, bâtissent des temples*. Une femme riche tient à honneur de faire participer tout le nntuhiclpe qti'ello habite aux événements heureux qui réjouissent sa màiêon. Pudentilld, qui épousa le philoèophé Apulée, avait distribué au peuple d'une petite ville d'Afrique 50000 sesterces (10000 francs), à TocfcasiOn du ihaHagé de soh fil^^. Il arrive nlémè quelquefois que leurs largesses semblent inspirées par là Biélifàisartcë j)lds qtié pif \à politique et lai vàriîté. Î)àn9 l'inscrlptidii funéraire d'utie femme de Niimidié, après aroif dit ^ qd'elle fi'â é(i qu'un inàri, tjU'èllë â été Chsistèj rangée, ifrépt-oehablcft, ôrl djoutë <( qu'elle était ilne mère pouf toiit le monde, qu'elle tenait au sccoUfs ôe imê les malliéijrétii et qu'elle ti'â f-èndii triste pérsennci ùmhium ftoininufri pai^efiSy oinriibm ^ubteUiéfiSy tristéfn fecit neininem^. » C'est dhe épitaphe qui cottvlefidfâit â line chrétienne. Il ne serait pas juste d'ouillier, quand ori blàtne leurs dépenses, qUe » s'il y en avait beaucoup qui se ruinaient pour leurs plaisirs, il S'en trouva qui usèrent largement de leUr fortune poiir faire du bien.

11 affitè aussi qd'dn les raillé d<5 leîii" fiêdàntismc, et Juréfial a tracé tin pôttfaît fort atnuêant de là ëâvarite qUi^ à tablé, ennuie les cOntiVës en côrtlpârânt Homère à Virgile^ qUî Se piqUé de tie niaritjUer jamais aux fègles de là syntaxe, et qdi rie pardonne pas à ëoh mari d'àvolf fait un solécisme*. Mais si le pédàtitisiiie est

\. Mommsen, Inscr. Neap., 2-159. Orelli, 5128. — 2. Apulée, De magia, 88. — 3. Henier, Jnscr. de VAlgér.^ 1897. — 4. JUtchal, ti, 434.

LES FEMMES. ti\

un ridicule dont il faut se garder, l'instruction est un grand bien et il convierit que la femme y ait part cortime l'homme. Les femmes instruites sont très-nombreiises au i*' siècle. Plusieurs d'entre elles prennent goût aux lettres jusqu'à devenir capables d'écrire elles-mêmes deâ ouvrageSj et personne n'en paraît scandalisé, ni même surpris. Agrippinc,- la mère de Néron, avait composé des mértioirts sur sa jeunesse, qui furent publiés. Pline le jeune rapporte qu'un de ses amis, personnage d'importance, lui lisait dés lettres qu'il prétendait l'œuvre de sa femme, et qti'elles étaient charmantes : «Vous croiriez entendre Plaute et Térence parler en prose *. » 11 nous reste de Sulpicia, qui Tirait sous Trajan, une satire énergique contre Domitien, à propos de l'exil des philosophé». On nous dit qu'elle avait fait paraître aussi un recueil de vers amoureux : c'étaient des élégies qu'on trouvait un peu trop passionnées, mais dont personne n'avait le droit de ttiêdirej car elle les adressait à son mari, ce qui faisait dire à Martial qu'elle avait trouvé moyen d'être en même temps foH légère et t^èâ-grave^ Quand on use si volontiers de la littérature, il est difficile qu'on ne soit pas entrahié quelquefois à en abuser, et c'est seulement lorsque les femmes instruites abondent qu'il peut dans le nombre se rencontrer quelques pédantes» Ces abus, et d'autres que ïeA satiriques énumèrent avec complaisance, ne sont pas surprenants avec le changement qui s'était fait dans la façon de vivre des femmes» Le vieui Caton disait d'elles que c'étaient des êtres indomptés, et qu'il ne leur était pas possible de garder en rien une

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