‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 29 sur 155 · Orelli, 2446. — 4. Tac, Ann., i · texte numérisé non relu

Orelli, 2446. — 4. Tac, Ann., i

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Ce n'est pas à Rome q.it- l'apolhéose impériale a prodmt ses effets les plus remarquables : elle n'y était le plus souvent qu'une forme plus raffinée de la'natteric Dans les provinces, elle prit un autre caractère, elle eut des c-iséquences politiques fort imprévues qu'il importe de connaître. Les provinces n'avaient rien perdu à l'empire ; elles y gagnaient, au contraire, plus de sécurité plus de richesse, et même un peu plus de liberté. Rome pour rendre ses conquêtes plus solides, avait d'abord essaye de faire perdre aux peuples vaincus le sentiment de leur existence nationale. Après la conquête, elle divisait d ordinaire les pays soumis en petits territoires

entre lesquels toute communication d'alliance et d'échangé était interdite'. On leur avait naturellement ôté le droit de célébrer ces fêtes communes, où les aflaires générales se traitaient au milieu des réjouissances publiques, et qui leur étaient d'autant plus chères qu'elles formaient souvent le seul lien qui les unît. Dès les premières années de l'empire, nous voyons ces fêtes recommencer;

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loin de les défondre, Auguste paraît les avoir encouragées *. Sa politique fut dans les provinces ce qu'elle était à Rome : il leva partout les interdictions inutiles ; il laissa renaître les assemblées provinciales dont il savait qu'il n'avait rien à craindre, de même qu'il rétablit les jeux des carrefours si regrettés de la plèbe romaine, quand il fut certain qu'ils ne présentaient aucun danger pour son pouvoir. Des deux côtés le résultat fut semblable : la reconnaissance des provinciaux fut aussi vive que celle des Romains et s'exprima de la même façon. Ces assemblées, quand on les laissa se réunir, commencèrent toujours par bâtir un temple à l'empereur, et elles ne parurent d'abord avoir d'autre but que de célébrer son culte.

L'Orient commença ; c'est lui sans doute qui fournit au reste du monde l'exemple et le modèle de ces sortes de réunions provinciales ; mais les peuples de l'Occident, les seuls dont j'aie à m'occuper, ne tardèrent pas à le suivre. Dès les premiers Césars, les provinces des Gaules, de l'Espagne, de l'Afrique, la Pannonie, la Mésie, avaient construit des autels ou des temples, institué des fêtes nationales en l'honneur de Rome et d'Auguste. Ces fêtes n'étant pas imposées par le pouvoir central, chaque province fut libre de les organiser comme elle voulut, et il arriva naturellement que l'organisation n'en fut pas tout à fait la même dans tous les pays. Cependant, malgré quelques différences de détail que les inscriptions nous découvrent, elles devaient se ressembler pour l'essentiel. C'est à ses députés, réunis en assemblée générale ^, que la province confiait le soin de célébrer en son nom le

1. Il créa de ces assemblées dans les provinces mêmes où il n'y en avait jamais eu. (Marquardt, loc. cit., p. 268). — 2. Ces assemblées s'appelèrent en Orient Koivâ, en Occident Concilia.

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culte de ses maîtres. La façon dont on les choisissait n'était peut-être pas semblable partout et elle nous est assez mal connue. Il est certain pourtant qu'ils n'étaient pas désignés par l'autorité, mais nommés par leurs concitoyens, et qu'en général un certain nombre de grandes villes jouissaient seules du droit de les élire *. Nous voyons aussi qu'on les prenait toujours parmi les hommes les plus importants du pays : ils avaient déjà rempli toutes les fonctions municipales chez eux, ou bien ils avaient obtenu du pouvoir central quelques-unes de ces charges de guerre ou de finance qui donnaient le ran^î de chevalier ^ Représenter sa ville natale dans l'assemblée de la province était regardé par toute cette petite aristocratie des municipes comme le plus grand honneur auquel on pût arriver et passait pour le couronnement d'une vie honorable. Les députés se réunissaient à de certains anniversaires dans la capitale de la province, et Ton y célébrait en grande pompe le culte impérial.

Une fois les cérémonies religieuses achevées, que 8e passait-il dans ces réunions ? Rien assurément qui pût donner le moindre ombrage à l'administration la plus soupçonneuse. Dans le principe, elles n'avaient officiellement aucune prérogative politique : les proconsuls, les légats impériaux ne leur auraient pas permis de contrôler leurs actes ni de s'occuper des mesures qu'il leur plaisait de prendre ; mais il n'était guère possible que des personnages importants, élus par leurs concitoyens, et qui les représentaient, quand on leur donnait le droit de se réunir et de s'entendre, ne finissent pas un jour ou l'autre par s'insinuer de quelque manière dans le gouver-

i. Voyez, sur toutes ces questions, Marquardt, De provinciarum rom. conduis el sacerdot., dans ïEphemerit epigraphica, i, p. iOO. — 3. Corp. inscr. lat., II, p. 541.

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nement de la province. Ces empiétements se firent peu à peu et de la façon la plus naturelle. L'assemblée s*était permis d'abord, tout en rendant hommage au souvenir des empereurs morts, de décerner des flatteries à l'empereur vivant : c'était une preuve de zèle qui ne risquait pas de la compromettre et d'être blâmée. Toutes les fois qu'il arrivait au prince quelque événement extraordinaire, elle faisait partir des députés pour lui porter les vœux de ses fidèles sujets. C'est ainsi que la Gaule envoya complimenter Néron de la mort de sa mère. L'orateur Africanus, qui fut chargé de cette mission délicate, feignant de prendre au sérieux le péril que le prince prétendait avoir couru et la douleur qu'il avait éprouvée d'y échapper à ce prix, lui adressa ces mots, qui furent alors fort admirés : « César, vos provinces des Gaules vous supplient de supporter votre bonheur avec courage *. » A ces flatteries, qui ne pouvaient manquer d'être trèsbien accueillies, se joignirent bientôt des observations sur des sujets plus graves. Nous voyons Hadrien et Antonin répondre directement à des assemblées provinciales qui, sans doute, les avaient consultés sur la façon d'entendre des lois difficiles ^. C'était les encourager à se prendre au sérieux et à étendre leurs prérogatives ; aussi osèrent-elles plus tard faire parvenir au prince, au milieu de ces protestations de fidélité dont elles sont toujours prodigues, quelques réclamations sur les impôts qui les écrasent ou les magistrats qui les pressurent. Dès le début, elles s'étaient attribué le droit fort innocent d'élever des statues à ceux de leurs membres qui s'étaient honorablement acquittés de leur charge, et aux fonction -

1. Quintilien, vni, 5, 15. Cette phrase est une réponse à celle que Sénèque prêtait à Néron dans la lettre qu'il écrivit au sénat en son nom après la mort d'Agrippine : « Salvum me esse adhuc nec credo, nec gaudto. > (Id., t6id.,5, 18.) — 2. Digeste, XLVii, 14, 1, et XLVIU, 6, 5.

naires de tout ordre qui avaient eu l'occasion de rendre quelque service à la province. Parmi eux se trouvaient les gouverneurs, envoyés par l'empereur ou par le sénat, et qui étaient toujours fort avides de ces sortes d'hommages. Du moment qu'on autorisait la province à leur voter des félicitations, il était inévitable qu'elle en vînt un jour à leur infliger un blâme, quand elle croyait avoir à s'en plaindre. C'était lui accorder un véritable contrôle sur eux. Déjà du temps de Néron, Thraséa se plaignait amèrement de l'orgueil des provinciaux qui se permettaient de juger leurs maîtres. Il rappelait qu'autrefois les étrangers tremblaient devant le moindre Romain. « Au contraire, disait-il, c'est nous aujourd'hui qui caressons et qui courtisons les étrangers *. » Mais ces reproches de Thraséa et les mesures qu'on prit à son instigation furent inutiles; les assemblées provinciales conservèrent et même accrurent tous les jours leurs privilèges. La célèbre inscription gauloise, connue sous le nom de marbre de Thorigny, prouve qu'en 238 leur importance était considérable, que chacun des députés dont elles étaient composées recevait de ses commettants des instructions qu'il devait suivre, qu'elles osaient mettre les gouverneurs en accusation «. Il y avait donc dans ces assemblées le germe d'une sorte de représentation provinciale, et si ce germe ne s'est pas développé plus vite, c'est qu'évidemment les provinces n'y tenaient pas.'

Thn.'^^'''H^'''**' "".' ^^' - ^' ^^ "^^^ ^^ P^^S''^?^ de l'inscription de Thongny d après 1 estampage qu'en a pris M Léon Renier et qu'il a bien voulu me communiquer : . His accedit quoi, cum CL PauUn(o) decessonmeo in concilio Galliarum , msiuictu quorum(dam) , qm ab eo propter mérita sua laed{i) (vjidebantur quasi ex comensu proviniciae) ia}ccussationem instituere temlar[enV , SoUemnis iste meus proposito eor{um) restitit, provocatione scilicet inte{rposita) quod patna ejus cum inter ce{teros le)gatum eum creasseL nihU de ac{cussat)wne mandassent, immo contra lau{dasse)nt •

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Entre les franchises municipales, auxquelles on était fort attaché, et la grande unité de l'empire, il n'y avait guère de place pour ces centres intermédiaires qui rappelaient aux différents peuples une nationalité restreinte à laquelle ils avaient facilement renoncé en se faisant Romains. C'est seulement aux derniers jours de l'empire» quand le lien qui unissait tous les peuples entre eux fut près de se rompre, que ces sortes de diètes particulières prirent une grande importance politique, et qu'autour d'elles on vit peu à peu renaître ces nationalités distinctes qui s'étaient effacées devant la domination romaine, et qui se reformaient en silence, au moment où Rome allait périr, pour être prêtes à lui succéder. Mais, sous les premiers Césars, les assemblées provinciales n'avaient guère que des attributions religieuses. Le culte des empereurs fut longtemps leur principale et presque leur seule occupation. Elles ne se réunissaient que pour faire des sacrifices solennels ou donner des jeux somptueux en l'honneur du prince. Le magistrat que les députés élisaient pour les présider prenait le titre de flamine ou de prêtre : ce nom indique la nature des fonctions qu'il avait surtout à remplir.

Le culte de Rome et d'Auguste, tel qu'il était célébré au nom de la province et par ses députés, avait un caractère particulier dont il importe de se rendre compte. Quoiqu'on l'eût établi en l'honneur du fondateur de l'empire et de son vivant, ce n'était pas tout à fait un homme qu'on adorait, et ce nom d'Auguste avait pris avec le temps une signification plus étendue et plus complexe. Les prêtres de la province d'Espagne citérieure, quand on leur donnait leur titre complet et officiel, s'appelaient « flamines de Rome, des empereurs morts et de l'empereur vivant», flamen Romœ, diuorum et Augusti *

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