‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 42 sur 155 · Georg., m · texte numérisé non relu

Georg., m

VIRGILE. iîl

grand de lui-même, mais ce n'était peut-être qu*un instinct confus ; l'insistance de son illustre protecteur l'aida à reconnaître sa vocation véritable et lui donna des forces pour la suivre.

Mécène était un des ministres d'Auguste, son confident le plus intime. C'est lui, si l'on en croit Dion, qui lui inspira ses réformes i. Il est sûr au moins qu'il connaissait ses projets et qu'il travailla autant qu'il put à leur succès. Ce voluptueux, cet eiréminé ne pouvait s'empêcher, comme le paysan Varron, de regretter amèrement la dépopulation des campagnes. Il avait vu, lui aussi, avec la plus vive peine « les pères de famille se glisser dans les villes, laissant la faux et la charrue, et ces mains qui cultivaient le froment et la vigne ne plus s'agiter que pour applaudir au théâtre et au cirque ^ » Il savait tous les dangers qui en résultaient. La campagne donnait à l'empire de vigoureux soldats, la ville ne formait que des oisifs et des débauchés qu'il fallait nourrir. On voulait essayer de refaire ces vaillantes générations par lesquelles Rome était devenue « la merveille de l'univers ». Le patriotisme est donc au fond des Géorgiques ; la religion aussi : les campagnes ont toujours nourri et entretenu le sentiment religieux; il est partout dans l'œuvre de Yirgile. Le poëte n'a pas précisément pour dessein de dépeindre les délices de la vie rustique. Il la décrit comme elle est, il la montre rude et laborieuse. Aux champs autant qu'ailleurs l'humanité lui paraît misérable, soutlYante (mortates œgri, misori), et il nous fait des tableaux assez tristes de sa condition; mais cette tristesse ne ressemble pas au désespoir amer de Lucrèce. Elle n'est pas de celles qui ne peuvent se consoler que par les perspectives du néant, qui trouvent un « charme divin »

l. Dion, LU, U.— 2 Varron, De re rusi., H, proi.

m Virgile.

à songer que les deux sont déserts, que le monde doit périr, que l'homme disparaît tout entier, que son existence n'est qu'un point dans le vide et, qu'il n'y a dans toute la nature que la mort qui soit immortelle K C'est une tristesse plus douce et qui cherche à être soulagée. Il sait que la vie est pénible, « et que les jours les plus heureux sont ceux qui disparaissent le plus vite - » . 11 dit au laboureur que les dieux condamnent l'humanité à la peine ^; il lui montre par une image saisissante que sa vie n'est qu'une lutte de tous les jours contre la nature: dès qu'il s'arrête de travailler, la nature triomphe de lui et l'entraîne, comme une barque qui est emportée à la dérive quand on cesse un moment de ramer *. Cependant il ne prêche pas la révolte contre ce pouvoir ennemi qui a fait l'existence si dure. Il veut au contraire qu'on se résigne : « Avant tout, dit^il à son laboureur, adore les dieux », in primis venerare deos ^. Travailler et prier, voilà la conclusion des Géorgiques; mais il ne cède pas à cette inspiration religieuse qu'il écoutera seule désormais sans se retourner encore avec quelque regret vers les croyances philosophiques de sa jeunesse dont il se sépare. Comme la plupart des grands esprits de ce temps, Virgile avait commencé par être épicurien ; comme eux aussi, la réflexion et le progrès des années l'amenèrent peu à peu vers des opinions différentes. La transition se marque dans les Géorgiques. Il y semble parfois encore hésitant et incertain ^, et lors même qu'il se décide, on sent qu'il

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