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Uns l'enceinte des villes, et tout le monde obéit à la loi Cet exemple montre qu'à Rome rien ne résiste au pouvoir civil; la puissance paternelle, malgré l'étendue de ses droits, fléchil elle-même devant lui. Le père de famille est maître absolu de ses enfants, il peut vendre et tuer son fils; mais si ce fils est revêtu de quelque charge publique, le père doit lui obéir comme les autres, et, quand il le rencontre sur son chemin , il faut qu'il descende de cheval devant lui K
La religion romaine, si puissante, si respectée qu'elle fut, devait subir le même joug. Elle a donc été soumise à l'État, ou plutôt elle s'est confondue avec lui. Ce qui certainement a le plus aidé à ce résultat, c'est la manière dont se recrutaient les sacerdoces. « Nos aïeux, dit Cicéron, n'ont jamais été plus sages ni mieux inspirés des dieux que lorsqu'ils ont décidé que les mêmes personnes présideraient à la religion et gouverneraient la république. C'est par ce moyen que magistrats et pontifes, remplissant leurs charges avec sagesse, s'entendent ensemble pour sauver l'Etat ■^. » A Rome, les dignités religieuses n'étaient pas séparées des fonctions politiques, et il n'y avait rien d'incompatible entre elles^ On devenait augure ou pontife en même temps que préteur ou consul, et pour les mêmes motifs. Personne ne demandait à ceux qui voulaient l'être des connaissances spéciales ou des dispositions particulières; il suffisait, pour arriver à ces charges comme aux autres, d'avoir servi son pays dans les assemblées délibérantes ou sur les champs de bataille. Ceux qui les obtenaient ne prenaient pas en les exerçant cet esprit étroit et exclusif qui est ordinaire aux castes sacerdotales ; ils
1. Titc-Live, xxiv, U. — 2. Pro dom., I. — 3. Il faut peut-être faire une excoplion pour les Flamines, et surtout pour le FInmen dialis, qui avait des obligations plus étroites que lec autres prêtres; aussi ces fonctions furent-elles très-vite délaissées
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continuaient à être môles au monde, ils siégeaient au sénat en même temps que dans ces grands collèges de prêtres dont ils faisaient partie; leurs fonctions nouvelles, loin de les enlever au gouvernement de leur pays, leur donnaient plus de droit d'y prendre part. Ces soldats, ces politiques, CCS hommes d'aiïaires, appliquaient aux choses religieuses ce bon sens froid et pratique qui les distinguait dans tout le reste. C'est grâce à eux qu'un large courant laïque circula toujours dans la religion romaine, que pendant toute la durée de la république et de l'empire aucun conflit ne s'est élevé entre elle et l'Etat, et que le gouvernement de Rome, malgré toutes ces démonstrations de piété dont il est prodigue, n'a jamais été menacé de devenir une théocratie.
Leur influence se fait sentir dans toutes les institutions religieuses de Rome. Des gens habitués comme eux à exercer le pouvoir civil savent bien que la loi ne règle que les actions et qu'elle ne peut atteindre les pensées. Aussi sont-ils plus occupés à prescrire des pratiques qu'à imposer des croyances; ils établissent des sacrifices et des cérémonies, ils ne songent pas à instituer des dogmes. La rehgion, telle qu'ils l'ont faite, se réduit au culte; mais ce culte est encombré de menus détails, et aucun d'eux ne peut être omis. Les pontifes sont ar.ssi des jurisconsultes *; l'étude du droit leur a donné certaines habitudes dont ils ne se départentjamais, ils n'ont pas deux façons de procéder, et ils ont fait les lois divines sur le modèle des lois humaines. Dans les unes et les autres, la forme est tout. C'est, du reste, le génie de ce peuple de regarder toujours à la forme plus qu'au fond, et d'être esclave de la lettre. Tite-L*^^- raconte que des soldats révoltés
1. Scaevola disait : « Pontificem neminem bonum esity nisi qui jut civile cognosset. » (Cic, De leg.y ii, 19.)
qui éprouvaient quelque remord3 de manquer au serment qu'ils avaient prêté à leurs généraux songèrent à les tuer pour mettre leur conscience à l'aise; ils pensaient qu'une fois qu'ils seraient morts, on ne serait plus tenu de leur être fidèle *. Tout sacrifice, pour être efficace, doit donc être fait selon les rites, et l'unique souci de celui qui prie est de se conformer exactement à la loi religieuse. Il est vrai que cette loi est si exigeante et si compliquée, que l'exactitude n'est pas tout à fait sans mérite. Quand on a quelque faveur à demander au ciel, il faut d'abord s'enquérir du dieu auquel on doit s'adresser pour l'obtenir. C'est déjà un assez grand embarras : on est exposé à ne pas se reconnaître dans un Olympe si peuplé; il est pourtant, selon Varron, aussi utile de savoir quel dieu pourra venir à notre aide, que d'être informé de l'endroit où demeurent le boulanger et le charpentier, quand nous avons besoin d'eux. Il faut donc être instruit de la spécialité de chacun des immortels et des fonctions diverses qu'ils remplissent, « afin de ne pas imiter par ignorance les comédiens qui, pou.r faire rire la foule, affectent de demander du vin aux Nymphes et de l'eau à Bacchus - ». Il ne suffit pas de connaître les attributs du dieu qu'on veut prier, il est bon de lui donner son nom véritable, celui sous lequel il lui plaît d'être invoqué : si on lui en donnait un autre, il serait capable de ne pas entendre ou de mal écouter. Or, c'est une science très-difficile que de savoir le vrai nom des dieux, et il y a des théologiens qui prétendent que tout le monde l'ignore \ Sur cette matière il règne tant d'incertitude que, même quand on invoque le plus grand d'entre eux, celui qui devrait être le mieux connu, on lui dit :« Puissant Jupiter, ou quel
1. Tite-Live, n, 32. — 2. Varro, ap. Aug. De cïv. Dei, iv, 22. —