‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 7 sur 155 · Serv., ^»., IV, 577 : « Deorum vera nomina nemo novit · texte numérisé non relu

Serv., ^»., IV, 577 : « Deorum vera nomina nemo novit

que soit le nom que tu préfères *. » Le nom du dieu trouvé, il faut savoir les termes exacts de la prière qu'il convient de lui adresser. Les Romains supposent que les dieux ressemblent au préteur, et que devant eux, comme devant les juges, on perdra son procès, si la requête qu'on leur présente n'est pas dans les formes. Quand on ignore ce qu'il faut leur dire, on va le demander aux pontifes *. Ce sont des jurisconsultes sacrés institués précisément pour veiller au maintien scrupuleux de tous les détails du culte. Ils ont des livres où tout est prévu et qui contiennent des prières pour toutes les occasions. Ces prières ressemblent beaucoup aux formules de la jurisprudence. Les gens de l'Orient, habitués à s'abandonner à l'élan de leur cœur quand ils prient, les trouvent diffuses et prolixes. «N'affectez pas, dit saint Matthieu, de parler beaucoup dans vos prières, comme font les païens, qui s'imaginent que c'est par la multitude des paroles qu'ils méritent d'être exaucés 3.» Cette abondance de paroles, remarquable surtout dans les rituels de la religion romaine, vient du besoin d'être clair. Le Romain qui prie a toujours peur de ne pas bien exprimer ce qu'il veut dire; il a soin de répéter plusieurs fois les choses pour être parfaitement compris. Comme il veut ne laisser place à aucune équivoque, il n'hésite pas à préciser sa pensée par des moyens matériels. Quand il dédie un temple, il en tient la porte; il touche la terre toutes les fois qu'il prononce le mot tellus, il lève les bras au ciel quand il parle de Jupiter et se frappe la poitrine lorsqu'il est question de lui*. Si les dieux ne le comprennent pas, ce sera vraiment leur faute. Dans ses rapports avec eux,

1. Serv., /^n., n, 351 : ^Jupiter optime maxime, sivequoalio no^ mine te appellari volueris.'i — 2. Tite-Live, i, 20 : « Pontificem deinde ex patribus legit... ut esset quo consuUum plèbes veniret. » — 8 Evang., vi, 7. — 4. Macrobe, Sat., m, 9, 12.

comme dans tout le reste, il est à la fois très-respectueux et très-prudent*. Il cherche surtout à ne pas trop s'engager; il tient à ne laisser aucun doute sur les promesses qu'il fait, de peur d'être obligé de donner plus qu'il ne voudrait. Si Ton oubliait de dire, quand on a fait à quelque dieu une libation de vin nouveau : Soyez gratifié de ce vin que je vous apporte {tnactus hoc vino infero esto), il pourrait croire qu'on lui promet tout le vin qui est dans la cave, et il faudrait le lui donner ^ Les moindres paroles ont donc beaucoup d'importance. Pour un seul mot passé, une ville s'impose des dépenses considérables et recommence des jeux très-coûteux. Aussi celui qui prie ne se fie-t-il pas à sa mémoire; il a souvent deux prêtres auprès de lui, l'un qui lui dicte la formule qu'il doit prononcer, l'autre qui suit sur le livre Dour s'assurer qu'on n'omet rien en la répétants.

Quant aux dispositions de l'âme qu'il faut apporter à la prière, la religion romaine ne s'en occupe pas ; elle s'arrête aux pratiques. Pour elle les gens les plus religieux sont ceux qui connaissent le mieux les rites et qui savent honorer les dieux d'après les lois du pays 4. La piété consiste surtout à se présenter dans leur temple avec le vêtement qui convient et à garder devant eux l'attitude prescrite. «Les dieux aiment qu'on soit pur, dit un poëte; venez les trouver avec un vêtement sans tache ^ » Nonseulement la religion romaine n'encourage pas la dévotion, mais on peut dire qu'elle s'en méfie. G est un peuple fait pour agir; la rêverie, la contemplation mystique lui sont

1. A. GelL, II, 28 : « ... veteres Romani, quum in omnibus aliiê vitœ officiis, tum in consUtuendis reliyionibus atque in diis immurtalibus ammadver tendis castissimi cautissimique. > — 2. Arnob.» vu 31.— 3. Pline, xxvui, 2 (3). - 4. Festus, v» Religiosi. Cicéron,' De nat. deor., i, 41 : « Est enim pietas justUia adversus deos...sanctitas autem scientia colendorum sacrorum.» —5. Tibulle II i 13 : • CoMta placent superis : pura cum vette venito. »

étrangères et suspectes ^ 11 est avant tout ami du calme, de roi'die, de la légularilé : tout ce qui excite et trouble les âmes lui déplaît. Le père de famille selon le cœur de Gaton est assurément très-religieux. Il invoque d'abord SCS Lares, quand il arrive à sa ferme; tous les travaux des champs s'ouvrentchez lui par des prières; ilolTre avant la moisson la porca prœcidanea à Cérès; il immole au printemps un porc, une brebis et un taureau [suovetaurilia) pour purifier ses champs; il donne deux fois par an un dîner à Jupiter dopalh; il fait des sacrifices à Mars SUvanus pour ses bœufs, et il commence toujours par demander humblement pardon aux dieux inconnus qui habitent un bois sacré quand il lui en faut émonder les arbres l Mais il se garde bien de pousser ses gens à la dévotion. Il craint sans doute qu'ils ne négligent un peu leur maître, s'ils s'occupent trop des dieux. « Que l'esclave fermier, dit Gaton, ne célèbre d'autre fête que celle des Corn" pitalia; qu'il se garde de consulter jamais ni haruspice, ni auguré, ni chaldéen, ni devin d'aucune sortes.» Quant à la fermière, il lui est expressément défendu de faire par elle-même aucun sacrifice ou de charger quelqu'un de le faire à sa place, à moins qu'elle n'en ait reçu l'ordre de son maître ou de sa maîtresse. « Sachez, ajoute Gaton, que c'est le maître qui sacrifie pour toute la maison*. )) La religion romaine, comme toutes celles où domine l'esprit laïque, diminue le rôle du prêtre. Le père de famille, on vient de le voir, prie pour les siens ; de même, dans les circonstances graves, le consul s'adresse directement aux dieux de l'État. Ses prières, pour arriver itisqu'au ciel, n'ont pas besoin de passer par l'inter-

1. Serv., Georg., ni, 456 : «Majores religionem totam in expe^ rientia coUocabant. » — 2. Cat., De re rusf.» passim. — 3. De rt ru&i.s 5. — 4. De le rust.^ 193.

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médiaire d'un prêtre. Sans doute il est entouré d'augures et de pontifes, mais ils ne sont chargés que d'indiquer à i'ofiîciant les rites à observer et de lui dicter les formules. On a dit avec raison qu'ils ne figurent dans les solennités publiques qu'en qualité de maîtres des cérémonies '; encore prend-on toute sorte de précautions pour qu'ils ne soient pas tentés d'exagérer leur importance et d'empiéter sur les droits du magistrat civil. D'ordinaire rien n'enflamme plus les esprits populaires et ne cause plus d'attente ou de terreur que les prédictions de l'avenir : l'annonce d'une grande calamité, l'espérance d'une heureuse fortune à laqcjeile on ne s'attend pas, peuvent faire naitre chez un peuple de ces mouvements subits contre lesquels il n'y a pas de freins. Rume y a mis bon ordre. La divination qu'elle pratique, la seule qu'elle reconnaisse officiellement, n'est pas véritablement une façon de prévoir ce qui doit arriver, mais une simple consultation pour savoir si les dieux sont favorables ou contraires à l'entreprise qu'on prépare. Ils en ont fait une science froide, méthodique, compliquée, qui ne laisse rien à l'imprévu ni à l'inspiration, et qui serait beaucoup plus capable d'arrêter l'élan des âmes que de l'exciter. Toutes les fois qu'on élit des magistrats ou qu'on va prendre une décision importante, quand on est sur le point de commencer une guerre ou de livrer une bataille, les augures observent les oiseaux d'après lis rites prescrits, pour connaître la volonté des dieux, mai^ ils ne peuvent le faire que par l'ordre des consuls Les autres sortes de devins, notamment les haruspices, qui prédisent l'avenir par l'inspection de la foudre, ne soni que tolérés, et l'on aîTecte de tenir leur art en fort petite estime, même quand ou ne dédaigne pas de s'en servir. Dans tous les

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