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CHAPITRE IV

Le culte. — Culte privé. — Culte public. — Sacra pro populo. — Sacra popularia. — Fiamines. — Collèges sacerdotaux. — Sacrifices. — Lieux du culte.

Arrêtons-nous un moment, dussions-noas anticiper quelque peu sur notre exposé historique, pour examiner l'organisation du calte. Nous le ferons avec d'autant moins de scrupule que nous laisserons entièrement de côté les cultes étrangers, tels que ceux d'Isis ou de Mithra qui, bien qu'ayant exercé une influence considérable sur l'évolution religieuse de Rome, nefurent jamais officiels.

11 n'y a pas à Roms de clergé : l'exercice du culte est entre les mains des citoyens, et ce fut une des causes qui prévint tout conflit entre la religion et l'Etat (2).

(1) Marquardt fait justement remarquer que la création du collège des quindécemvirs permit à l'Etat de conserver la haute main sur les cultes étrangers, de les élaguer, de les accommoder aux mœurs romaines. La lutte des plébéiens sur le terrain religieux est parallèle à celle qu'ils soutiennent sur le terrain politique. En 366, en même temps que l'accès au consulat, les plébéiens obtinrent cinq places sur dix dans le collège des décemvirs. La date la plus imporianle est celle de l'an 300 oti la loi Ogulniahr\?>Q toutes les anciennes barrières et ouvre aux plébéiens l'accès aux sacerdoces et même à l'augurât. Dès lors, l'égalité est consommée.

(2) Nos aïeux, dit Cicéron, n'ont jamais été plus sages ni

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i 11 faut distinguer le culte privé et le culte public i {sacra privata, sacra pubtica), le premier concer- I nant la famille ou la gens, le second l'Etat (1).

Vesta, déesse du foyer et de la famille, les Pénates, les Lares sont les dieux familiers des Romains.

Les Pénates (2), au nombre de deux, protègent la maison. L'autel sur lequel on leur sacrifie est le foyer même de la maison ; leur sacrarium, primitivement à côté de V atrium (3), passa plus tard dans le ves' tibiile. *-'

Les Lares (4) sont les âmes divinisées des ancêtres. Le plus vénérable est le Lar familiarisa fondateur de la famille. Après sa mort, il préside encore à ses destinées et en empêche rextinction (5). Le sacrarium contient son image avec celle des dieux Pénates. Chaque matin la famille réunie, maîtres et esclaves, autour du chef de famille (joaterfamilias), les prie, à table encore on les prie, on leur offre quelques parcelles des aliments qu'on jette dans le foyer.

Certaines fêtes en leur honneur reviennent périodiquement : aux Kalendes, aux Nones, aux Ides de chaque mois, à de certaines dates annuelles, à l'an-

mieux inspirés des dieux que lorsqu'ils ont décidé que les mêmes personnes présideraient à la religion et gouverneraient la république ; c'est par ce moyen que naagistrats et pontifes, remplissant leurs charges avec sagesse, s'entendent ensemble pour sauver l'Etat. Gic. ~- Pro dom. s., 1. Cf. BoissiER. — Relig. rom., I, p. 11 suiv.

(i> Distinction nettement marquée par un grand nombre de témoignages anciens.

(2) Pénates^ de Penus, intérieur ; cella venaria, chambre aux provisions.

(3) Varron. — De ling. laL, 5, 162.

(4) A l'origine, les Romains ensevelissaient leurs morts dans la maison. De là vint le culte des Lares. Servius. — Ad Aen., 6, 152.

(5) Plaute. — iM/M^, Prologue; iti., 386.

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niversaire de naissance du père de famille, du décès des ancêtres, lors des prises de toge virile (1), du xnariage. On couronne de fleurs leurs images (2), on leur offre des sacrifices innocents, vin, gâteaux, plus rarement des victimes sanglantes.

Autour des tombeaux, la lamille se réunit de même pour célébrer les anniversaires : on offre des aliments, des fleurs, un banquet commun en rapproche les membres.

Le culte de la famille s'adresse également, dans des circonstances particulières, naissances, mariages, aux dieux des Indigitamejita, suivant leur spécialité.

Plus étendue que la famille est la gens qui comprend toutes les familles descendues par les mâles d'un ancêtre commun. Tous les membres sont entre eux agnais. Un culte commun, certains droits, certains devoirs réciproques les lient entre eux. Ces liens sont réglés par \QJusge7itilichim (3) qui ne concerne que le petit nombre des g entes patriciennes (4).

Certains cultes publics étaient officiellement confiés à certaines gentes : ainsi, celui de Minerve à la gens Naiitia (5), celui d'Hercule aux Potitii et aux Pinarii (6). L'État veillait au maintien de ces sacra publîca confiés à des particuliers et même à celui de tous les sacra privala. Il en résultait à la longue de lourdes charges qui pesaient obligatoirement sur les héritiers (7). Les sacr« des gentes ne devaient s'éteindre qu'avec elles.

(1) Ce jour-là la bu lia qu'avs^it portée l'enfant était consacrée aux Lares. Perse, 5, 502. Properce, 5, 1, 31.

(2) Plaute. — Trinnm., 39. Larem corona nostrum decorari volo.

(3) Gaius, 3, 17.

(4) On ne connaît plus, à la fin de la République, que quatorze gentes. Aussi, dès lors, les termes de gens ai Aq familia se confondent.

{b) SEB.W. — Ad Aen., 2, im.

(6) TiT.-Liv., 9, 29.

(7) On disait, par manière de proverbe, Hereditas sine sa-

Les plébéiens ne possédaient que les sacra familiœ, dont le prêtre est toujours le père de famille.

La ge?îs choisissait parmi ses membres un sacrificateur [fiamen) dont la chapelle privée devenait le centre du culte commun (4).

Afin d'assurer la perpétuité des sacra puhlica confiés à des particuliers, de bonne heure l'Etat créa des collèges ou sodalilés, réunissant plusieurs génies (2). Les membres des sodalités avaient des devoirs particuliers : ils ne pouvaient ni s'attaquer ni se défendre mutuellement en matière criminelle, ni juger dans une affaire où l'un d'entre eux était impliqué. '^

Certaines sodalités puissantes prirent une grande influence politique.

Des sodalités on doit rapprocher les collèges composés de personnes appartenant à une même profession (3). Sous l'Empire on vit se développer beaucoup les collegia tenuiorum^ ou de petites gens. Ils avaient pour principal objet de s'assurer mutuellement une sépulture convenable et la perpétuité du culte funéraire (4).

Sodalités et collèges avaient leur culte propre, leurs fêtes^ leurs banquets, leurs sacrifices.

crh^ p^ur signifier une bonne chance sans mélange. Plaute. — Cttjo/., 774. Festus, p. 290\

(1) Denys d'Haï., 6, 69, explique ce fonnlionnement dans la ^en& Nautia.

(2) On en introduisait parmi lés membres d'une gens des étrangers à titre de sodales. Mommsen, De coUegiis et sodaliciis Homanorum, a traité à fond celte question.

(3) Ces collèges (collegia sodalicia) devinrent de véritables clubs politiques. César les supprima, puis ils furent réorganisés BOUS l'Empire. ^

(4) Les esclaves pouvaient former de ces collèges. Digeste, 47, 22, 3, 2. Chaque membre payait une légère cotisation. Il leur était interdit de se réunir plus d'une fois par mois et de dégénérer. {Dig. 47, 22, 1.)

Comme la famille, l'Etat a son foyer: c'est le temple de Yesta, desservi parles prêtresses qui lui sont consacrées ; ses lares, qui sont Romulus et Rémus.

Le culte public se divise en sacra pubiica, onpro populo et sacra popularia. Ce dernier, d'un caracf tère populaire, peut être considéré comme une sorte d'intermédiaire entre le culte de la famille et celui de l'Etat. Il est célébré en commun par les habip tants d'un même quartier et s'adresse en particulier aux lares compilales, protecteurs des quartiers, et dont les autels se dressent dans les carrefours. On célèbre en leur honneur les compilalia. Comme les lares familiers, on les couronné de fleurs, on leur offre des alimenis (1). Les fêtes rustiques très anciennes et longtemps populaires, comme (es Cerealia au 19 avril, les processions champêtres des A?nbarvalia, fête des moissons au mois de mai, les Vînalia en automne, les Saturnalia en décembre et d'autres encore, font également partie des sacra popularia. Elles ditîèrent des sacra pubiica en ce que ceux-ci ne dépassent pas l'intérieur de la famille, et des sacra pubiica en ce que dans ceux-ci les prêtres seuls agissent. Au contraire, toute la population prend une part active et joyeuse aux sacra popularia.

Le culte public est effectué par le rex sacrarum(2), par les Flamines et par i\Q?> Collèges, h^s flamines, qui portent un costume spécial, sont des prêtres isolés. Les trois principaux sont le flamine de Jupiter (Flamen Dialis), le flamine de Mars, le fla-

(l)Les Çompilalia étaient les fêtes des quartiers (i^iW). Elles se célébraient ordinairement aussitôt après les saturnalia.

(2) Héritier de certaines prérogatives du roi, il en garde le rang dans les cérémonies, mais cette dignité est incompatible avec les fondions politiques. Religieusement, il est subordonné au Ponlifex Maximus,

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mine de Quirinus (i). Des règles très étroites enchaînaient tous les actes de leur vie.

Les collèges sont des groupes de prêtres institués pour veiller à la perpétuité du culte, à sa conservation, au maintien de ses traditions, chose indispensable pour sa légitimité. Ils se recrutèrent longtemps par cooptation, puis vers la tin de la République par élection, enfin sous l'Empire ils furent nommés par le Sénat, le plus souvent sur la désignation de l'empereur. L'Etat leur fournit des subsides. Leurs consultations en matière de droit religieux, ont une valeur légale. u

11 y a quatre grands collèges : les Pontifes (2), les Augures, les Quindéceravirs, les Epulons. Le premier avait la garde et la surveillance de tout le culte national. Il rédige le calendrier, fixe les fêtes et pré.side lui-même aux cultes de Jupiter Capitolin et de Vesta, 11 est présidé par le Grand Pontife dont l'autorité ira toujours croissante et sous l'Empire ce titre est le plus souvent pris par l'empereur luimême. Il est le chef des Vestales, jeunes filles de naissance libre qui, consacrées^dès l'enfance au culte de la déesse, passent trente ans dans le collège sans avoir le droit de se marier. Les dix premières années sont un noviciat pendant lequel elles sont initiées à leurs fonctions ; elles les exercent pendant les dix années suivantes ; pendant les dix dernières elles instruisent les novices. Le plus terrible des châtiments menace la vestale qui manque à son vœu de chasteté ou laisse éteindre le feu sacré : elle est

(1) Ce sont les flamines majores ;it y avait douze flamines minores, ^wv. les flamines : AuBROscRf Prœmium qiisestio' niim pontificalium, 1847.

(2) Oa admet géoéralemeiit que Pontifex signifie faiseAir depont, ce qui n'offre pas un sens bien satisfaisant. Selon Marquardt,-le mot ponlifex aurait une étymologie dont les Romains n'avaient plus conscience et qui se rattach.erait au sanscrit pz«, d'où pandmi,je purifie ou j'expie. Marquardt, t. I, p. 282 et suiv. Sur les pontifes v. Boughé-Leglergq, Les Pontifes de Vancienne Rome, -

enterrée vive (i). Le grand Pontife nomme les fïainines, et préside le collège des Septemmri epitlones dont la principale fonction consistait à préparer les banquets sacrés : la malignité publique voulait qu'ils s'en acquitassent à merveille.

L'interprétation des auspices appartenait au collège des Augures (2). Nous avons dit qu'il ne faut pas les confondre avec les haruspices, qui n'avaient point de caractère officiel. Les premiers n'interprétaient que le vol des oiseaux, les éclairs, Tappétit des poulets sacrés. Les seconds s'occupaient de toutes sortes de signes et prétendaient annoncer l'avenir.

Enfin les Quindecemviri sacris faciundis (3) gardaient et interprétaient les livres sibyllins, présidaient au culte de la Magna Mater, d'Apollon, de Gérés, et furent, comme on l'a vu, les principaux introducteurs en Italie des cultes grecs.

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Des purifications précèdent toujours le sacrifice (4). Le prêtre — le sacrifice romain, a-t-on dit, est une méditation — couvre sa tète d'un pan de sa toge blanche (5). Tourné vers l'Orient, il répète mot

(1) Sur le collège des vestales,|BoucHÉ-LECLERCQ, Les Pontifes, p. 292 el suiv.

(2) Sur le collège des Augures, v. Mommsen, droit public romain^ t. f, p. 86 el suiv. de la Irad. fr. et Marquardt, Op. cit., t. II, p. 107 et suiv.

(3) Bouché-Leclercq. — Histoire de ta divination dans Vantiquilé, IV, p. 286 et suiv.

(4) « C'est avec une âme pure, écrit Gicéron, qu'il convleal d'aborder les dieux, car tout notre être est renfermé dans notre âme. Cela ne signifie pas que l'on ne doive garder aussi la pureté du corps, mais il importe de bien comprendre ceci : Puisque l'âme l'emporte de beaucoup sur le corps, pour garder un corps chaste, il faut, avant tout, veiller à conserver la pureté de l'âme. » De leg., 2, 10, 24. Pour les purifications matérielles, Tit.-Liv., 1, 45, 6. Yirg. — Aen,, 2, 719 et Servius, id., etc.

(5) Denys d'Ual., 12, 22. Serv. — Ad Aen., 5, 755.

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pour mot la formule de la prière. Quand un acte religieux doit être accompli par un magistrat, toujours les prêtres l'assistent pour piévenir toute erreur dans les rites et dans les formules.

A l'origine, les produits de la culture, le lait^ le vin, sont seuls offerts aux dieux. Les sacrifices sanglants ne datent pas de l'époque la plus ancienne. Le plus solennel des sacrifices était le Suovelaurile, où l'on immolait une truie, une brebis et un taureau. La victime était ornée de bandelettes et sacrifiée au son de la flûte. On brûlait en l'honneur du dieu une partie des victimes, le reste était préparé, suivant des règles très minutieuses, et consommé par ïes prêtres, les magistrats et tous ceux qui avaient pris part aux sacrifices.

La question des sacrifices humains reste très douteuse. On a cependant quelques exemples de tels sacrifices, mais on les a interprétés de diverses manières (1).

Les sacrifices avaient lieu dans des endroits consacrés : temple^ ou enceinte bâtie ou non, délimitée par le bâton augurai suivant des règles bien définies ; sacellimiy espace consacré avec un autel mais non couvert ; œdiciihcm, chapelle qui contenait une image divine.

Les sacrifices avaient lieu soit à des dates déterminées, soit en vertu de vœux, soit encore dans des circonstances particulières, telles que les entrées en fonction des magistrats, etc.

(1) MoMMSEN. — ffisf. rom., t. T, p. 214. L'exécution du crimioel est un sacrifice expiatoire. Lorsqu'on célébrait un « printemps sacré », les nouveau-nés des hommes et des animaux étaient voués aux dieux. Mais on n'a pas d'exemple qued'autres que des criminels ou des victimes volontaires aient jamais péri. Les mannequins d'osier que l'on jetait, chaque année, dans le Tibre, les tètes d'oignons que Ion offrait à Jupiter pour des têtes d'hommes étaient sans doute autant de substitutions. Le formalisme romain s'arrangeait de cette fraude pieuse. La théologie romaine enseignait qu'on pouvait donner l'image pour la chose.

Le calendrier indiquait les fêtes, les jours fastes où l'on vaquait aux occupations ordinaires ; les jours néfastes, consacrés à la religion et où certaines occupations publiques et privées étaient interdites; les jours demi-fastes et demi-néfastes où une partie de la journée était libre et l'autre réservée. Les jeux de cirque, les représentations théâtrales, qui tenaient à la religion, étaient également fixés par le calendrier. On sait que les jours néfastes devinrent si nombreux que la loi dut les réduire à diverses reprises.

Enfin des confréries officielles étaient chargées par l'Etat de divers cultes : les Luperques célébraient la très antique fête du dieu Faunus et de Pan, protecteur des travaux rtistiques. Les Lupercales étaient surtout une purification (1). Les douze frères Arv aies, collège étroitement patricien dont les actes sont connus par de longues inscriptions,, adoraient Dea Dia, dont la fête avait lieu dans le bois sacré où était le tennpie des Arvales(2). Les douze aalieîîs ^coussicrés à Mars, gardaient les douze boucliers sacrés, ûncilia, parmi lesquels était le fameux bouclier tombé du ciel, au temps de Numa, et auquel, croyait-on, était attachée la fortune de Rome (3). Le curieux chant dont les Salions accompagnaient leur danse (4) à travers la ville est un des plus curieux monuments de Fancienne langue latine (5).

(1) Les luperques sont encore mal connus. V. Unger. — Die Lupercalien, dans Rfieinisclie Miisœum, t. XXXVl, p. 50- 86, 1881.

(2) Sur les Arvales, v. plus haut, ch. i, pour la bibliographie.

(3) Pour éviter qu'il ne tombât aux mains de l'ennemi, " Numa en avait fait exécuter onze semblables. Plut. —

JVwm., 13. Ovide. — Fastes, 3, 373.

(4) Danse des armes. V. Seidel. — De saltationibus sacris veterum Romanorum, Berlin, 1826. La. magnificence du banquet des Saliens était devenue proverbiale. Cic. — Ad att., 519. On avait conservé le nom du forgeron qui confectionna les boucliers sacrés ',{1 s'appelait Mamurius et, par gratitude, Numa avait fait mettre ce nom dans le chant des Saliens.

(5j Qu n'en possède, il est vrai, que des fragments. Il

Il faut mentionner encore le collège des Féclaux, chargés des cérémonies, qui accompagnaient une déclaration de guerre, la conclusion de la paix et celle des traités d'alliance.

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