Voir III, p
Cette idée n'en est pas moins le fond même de la légende d'Indra.
Une figure hardie le représente « s'enveloppant dans les combats » comme dans un vêtement, et prenant pour casque le ciel, II, 17, 2. Indra «seul» s'est rendu célèbre dans la guerre, IV, 17, 9. Il est célèbre pour ses victoires, ibid., 10; il se couvre de gloire dans les combats, VIII, 32, 14. Il y triomphe, I, 102, 9; III, 37, 7; 49, 3 ; IV, 20, 1 ; VIII, 37, 2; 50, 3; 59, 1 et 4; Vâl., 5, 6; il est vainqueur de rennemi, I, 51, 7; 61, 13; IL 41, 12; ffl, 47, 2; X, 180, 1 et 2, de tous les ennemis, VII, 20, 3; VIII, 4, 5; 77, 4; 88, 5; X, 131, 1, dans tous les combats, VIII, 59, 1 ; 85, 7 ; 86, 10. Car il est lui-même invincible, III, 49, 2 ; nul ne peut l'arrêter, I, 5, 4 ; VIII, 45, 21, et celui-là même qui se croit brave et fort, qui se croit un guerrier, n'est pas de taille à le combattre, VI, 25, 5. Il n'a rien à redouter d'un ennemi, ni de deux, ni de trois, X, 48, 7, cf. 6 ; il fait de loin trembler son ennemi, X, 42, 6, et triomphe à la fois de cent armées, X, 103, 1.
(Test sur un char qu'Indra combat, VI, 31, 5; X, 29, 8 et passim^ et il est le meilleur des cochers, VIII, 45, 7, cf. I, 11, 1 ; 84, 6, aussi bien que le plus vaillant des guerriers. Pour attelage, les Aishis lui donnent quelquefois les deux chevaux du vent, VIII, 1, 11; X, 22, 4 et 5. Mais le nom ordinaire de ses chevaux est hari « bai ». Il en a plusieurs, m, 43, 3 et 6; 45, 1; IV, 16, 1; VHI, 24, 17, et jusqu'à cent, Vni. 6, 42, ou mille, VI, 47, 18; VIH, 1, 24, cf. VIII, 1,9,. mais plus souvent deux^ chevaux bais, II, 11, 7 et pasêim, qui, d'ailleurs le mènent au sacrifice, I, 84, 3 et passim^ aussi bien qu'au combat. Ces deux haris ont la queue brillante du paon, VIII, 1, 25, cf. III, 45, 1, et le vers II,. 11, 6 en fait deux rayons du soleil. Indra est porté par eux comme un aigle par ses deux ailes, VIII, 34, 9. Mais surtout ils sont forts, et comme eux fort est le char, fortes sont les armes d'Indra, II, 16, 6. Ces armes seront quelquefois Tare, Vm, 66, 11, et les flèches, X, 103, 2 et 3, et vaudront accidentellement à celui qui les porte le titre d'archer, vm, 82, 1 ; 85, 2 ; mais l'arme par excellence d'Indra est la foudre.
Les poètes appellent quelquefois cette arme la « pierre du
I. Le duel et le pluriel se rencontrent quelquefois dans des vers qui se sQÎTent, III, 43, 3-6, ou dans un même vers, III, 50, 3.
ciel », n, 30, 5, cf. IV, 17, 13, et elle est représentée aux vers IV, 22, 1 et 2 comme une pierre à quatre angles; mais son nom ordinaire est vajra. Monté sur le char que trsdnent les deux haris, X, 44, 2, Indra tient la foudre de la main droite,!, 101, 1; VI, 18, 9, ou même des deux mains, I, 81, 4; n, 11, 6; 17, 6; VHI, 50, 18; 85, 3, et de cette foudre a mugissante », I, 100, 13; II, 11, 10, il frappe Tennemi, I, 33, 12 ; IH, 30,6 ; VI, 20,9 ; X, 74, 5, non seulement son propre ennemi dans lequel nous reconnaîtrons plus loin un démon, mais le mortel hostile à ses suppliants, 1,131,7.
Quant au butin, prix de ses victoires, III, 42, 6; VET, 14, 6; X, 48, 1, que le combat ait été grand ou petit, I, 102, 10, il ne le garde pas pour lui, ibid. Il combat pour les hommes, I, 55, 5, et les biens dont il s*empare, VIII, 45, 13 ; X, 120, 4, il les donne, VII, 32, 17, il les apporte à ses fidèles. Vin, 45, 40 et 41 . Il leur partage les richesses de celui qu'il a frappé, VII, 32, 7. C'est ainsi qu'il mérite son titre de magluivan, ibid. et IV, 17, 8.
Les ennemis combattus par Indra peuvent être les ennemis de ceux qui l'invoquent, et sont en effet, dans un grand nombre de passages, expressément donnés comme tels, 1, 63, 5 ; VI, 25, 9 ; X, 152, 4 et passim. Beaucoup de formules, au lieu de lui attribuer directement la victoire, le font seulement intervenir comme assurant la victoire à ses suppliants. « Puissions-nous », lui dit-on souvent, « vaincre par ton secours » ou « grâce à ton alliance », I, 8, 3 ; lO'i, 4 ; 132, 1 ; 178, 5; II, 18, 8; VII, 98, 4 ; VIII, 52, 11 ; 81, 31, cf. VH, 31, 6; X, 38, 2 ; 103, 2 ; 120, 5; a allions-nous, toi et moi, pour la victoire », VIII, 51, 11 ; « aide-nt)us », VI, 41, 5; 46, 3; X, 38, 1, « exauce notre prière », I, 129, 4, « dans les combats », a viens à notre secours dans le combat, comme le berger va au secours de son troupeau », VI, 19, 3. Les amis d'un dieu vainqueur et invincible doivent n'avoir rien à craindre, I, 11, 2; VIII, 4, 7. Aussi Indra est-il invoqué par tous les hommes, même dans la paix, mais surtout dans la guerre, IV, 25, 8. Il est invoqué dans les combats, I, 54, 1 ; 100, 1 ; 129, 2 ; 173, 12 ; IV, 42, 5 ; VI, 26, 1 ; VIII, 79, 1, qu'ils soient grands ou petits, I, 7, 4 et 5 ; 81, 1 ; il est invoqué par les braves comme parles timides, I, 101, 6, oa, selon l'expression du vers I, 173, 7, il est « choisi » par les braves ; car tout homme se sent faible en comparaison du
dieu fort, V, 33, 1 . Mais c'est par le sacrifice qu'on s'assure son alIiaDce, X, 42, 4 et 5. Aussi le lui offre-t-on avant la bataille, X, 27, 2.
Indra prête donc son aide au guerrier pieux, VI, 23, 2, il le prend pour ami dans les combats, IV, 24, 6, et le roi qui l'honore triomphe de son ennemi, V, 37, 4. Le dieu combat et triomphe avec les hommes, I, 178, 3, il leur ouvre l'espace, X, 133, 1, fraye un passage à leur char, I, 178, 3; V, 35, 7 ; VIII, 45, 9 ; 69, 4 et 5 ; X, 171, 1, et les rend vainqueurs, Vin, 69, 6, de l'ennemi, VI, 46, 6, dans les combats, VI, 46, 8. Et son secours n'est pas seulement utile aux combattants, il leur est indispensable. On l'invoque, VIII, 16, 5, on le « choisit » seul, VIII, 6, 44, parce que les vainqueurs sont toujours ceux qui l'ont avec eux, VIII, 16, 5 ; 45, 3. Non seulement son ami n'est jamais vaincu, X, 152, 1, maison ne peut vaincre sans lui, II, 12, 9. Avec un petit nombre de combattants il triomphe d'un ennemi supérieur en nombre, IV, 32, 3, car il en vaut mille à lui seul pour celui qui sait le louer, et s'assurer ainsi son aide, VIII, 4, 6. La même idée est quelquefois présentée sous la forme à la fois énigmatique et paradoxale, chère aux /lishis védiques. Indra a a tué la lionne avec le bouc », et « brisé là mâchoire * avec une aiguille », VII, 18, 17. Aux vers 4 et 9 de l'hymne X, 28, c'est Indra lui-même qui propose les énigmes à son adorateur : a Le renard a fait la chasse au lion ; le chacal s'est jeté sur le sanglier ; le lièvre a avalé la lame dirigée contre lui ; le veau a mangé le taureau. » A côté de l'énigme, on trouve d'ailleurs dans les mêmes passages la solution : Indra accomplit ses exploits, même avec le faible, VII, 18, 17 ; il soumet le fort au faible, X, 28, 9 ».
L'intervention d'Indra assure à ses fidèles, avec la victoire elle-même, le fruit de la victoire, c'est-à-dire un riche butin. Eu implorant son aide, on l'appelle, non seulement le c< vainqueur des ennemis », mais le « conquérant des richesses »,
i. Sraktihf proprement « coin de la bouche », ou plus généralement < gaenle >. Cf. srakva et srkvan. Ici d^ailleurs il peut être fait allusion au démon, cf. srika au vers I, 32, J2 rapproché de IV, 18, 9 d*une part, et de 1,52, edeTautre.
2. Remarquons cependant que, dans cette seconde formule. Tune des ezpressioQB est encore figurée : le faible est <c celui qui tette ». De plus, cer- UiQes de nos énigmes pourraient s'appliquer à Indra lui-même et représenter les exploits du dieu a naissant ». C'est lui-même, d'après le versX, 28, 9, qui a de loin fendu la montagne avec une motte de terre. Ce dernier exploit '«Qtre en tout cas dans un ordre de mythes qui sera étudié plus loin.
m, 30, 22 ; c'est par lui qu'on espère devenir maître de ces richesses, X, 42, 10; 102, 1, cf. VI, 44, 9; on le prie de les « apporter », II, 30, 10, ou du moins de les rendre aisées à conquérir, VII, 32, 25. Le cheval de guerre ne conquiert le butin qu'avec le secours dlndra, VI, 33, 2, cf. VI, 45, 14 etl5, mais ce secours est tout-puissant ; car Indra enlève à l'ennemi ses richesses a même avec un mauvais cheval », VI. 45, 2 ; VIII, 51, 3.
Les combats dont il s'agit dans les textes qui viennent d'être cités, et dans une multitude d'autres passages, peuvent être des combats réels, terrestres, livrés par des hommes à d'autres hommes, et où l'intervention d'Indra ne se révèle que par la victoire de ses adorateurs. La chose est tout à fait certaine pour les formules qui donnent expressément aux ennemis d'Indra le nom d' « hommes », VI, 18, 2, ou de a mortels », V, 35, 5 ; VII, 25, 2, ou qui le montrent invoqué à la fois par les deux partis \ I, 102, 5 et 6; II, 12, 8, cf. IV, 32, 1 et 3 ; VII, 25, 1; X, 42, 4, cf. VII, 82, 9, et pour les autres, les vraisemblances sont, à défaut d'indication contraire, en faveur de la même interprétation.
Il ne faudrait cependant pas croire que la participation du suppliant au succès dont il rapporte le principal honneur à son dieu implique nécessairement la réalité, le caractère terrestre et purement humain de la lutte. On verra en effet, dans le chapitre II, que le prêtre se vante d'intervenir par le sacritice dans les combats célestes d'Indra, et que, dans la croyance des fidèles, l'alliance de l'homme n'est guère moins utile au dieu que celle du dieu l'est à l'homme.
A la vérité, c'est surtout dans le passé que les Ttishis placent ces luttes que le sacrificateur soutient contre quelque être démoniaque, en compagnie du dieu, et ils donnent alors le plus souvent un caractère mythique au sacrificateur comme à l'ennemi qu'il combat. On pourrait même songer à fonder la distinction des combats mythiques et des combats réels sur celle qui est souvent faite dans les hymnes des exploits anciens d'Indra et de ses exploits nouveaux, I, 61, 13 ; II, 11, 6 ; V. 29, 13 ; 31, 6 ; VI, 17, 13 ; VII, 26, 3 ; 98, 5 ; VIII, 45, 25; 52, 6, cf. VI, 18, 15; 19, 4; 34, 1 ; VII, 22, 9; 29, 4 ; X, 112, 8. A l'appui de cette interprétation, on pourrait citer le vers I, 132, 4 (cf. II, 17, 1 ; V, 29, 12 et 13) où les suppliants demandent à Indra de combattre et de
1. Cf. aussi plus bas, section IV, Topposition des ennemis DAsas et ir^as.
4fs
vaincre pour eux, <;omme il a fait autrefois pour les Angiras, quand il leur a <c ouvert Tétable ». Nous reconnaîtrons en effet plus tard dans la victoire qu'Indra remporte en compagnie des AngiraSy et à leur profit, un exploit essentiellement mythique , et nous avons eu déjà Toccasion ^ de constater le caractère mythique des Angiras eux-mêmes.
Mais il faudrait se garder de trop insister sur ce point, Don seulement parce que les victoires anciennes attribuées à Indra peuvent être quelquefois des victoires hisioriqueSy dans le sens ordinaire du mot, mais aussi parce que les combats nouveaux auxquels on Texcite peuvent être les combats célestes qui se renouvellent sans cesse comme les phénomènes naturels qu'ils représentent.
Une dernière remarque à faire avant d'étudier par le détail la conception d'Indra comme dieu libéral et comme dieu guerrier, c'est qu'il est aussi quelquefois comparé à un joueur*, II. 12,4; Vm, 45, 38; X, 42, 9; 43, 5, cf. X, 27, 17, et que ceux qui implorent son aide contre leurs adversaires s'appliquent aussi la même comparaison, IV, 20, 3. Les combats qu'il livre ou dans lesquels il intervient sont alors considérés comme une partie qui, d'ailleurs, tourne toujours à l'avantage du dieu ou de ses adorateurs, II, 12, 4 et 5; X,42, 9;43, 5.
SECTION III
LBS CONQUÊTES d'iNDRA
§ I«'. — GÉNÉRA^LITÉS. — LA CONQUÊTE DES VACHES.
Nous avons maintenant à passer en revue les différents biens qu'Indra conquiert comme dieu guerrier ou qu'il gagne à la façon d'un joueur, et généralement tous les dons qu'il fait aux hommes.
Les dons d'Indra sont souvent désignés par des termes tels que rai ou rayi, vâma^ dhana, vâja, etc., qui n'ont que le sens général de « richesse » ou de «butin». L'hymne X, 47 est comme une litanie des épithètes de la richesse de-
i. I, p. 47 et suiv.
2. La seule divîaité védique, avec Indra, qui soit comparée à un joueur, MtrAurore, I, 92, 10, cf. iS4, 7 (voir III, p. 124, note i).
mandée à Indra. On dit de ce dieu qu'il « épanche la source n de la richesse, YI, 36, 4, que les chemins de la* richesse convergent pour se réunir en lui, comme les rivières dans une mer, YI» 19, 5, et il est appelé lui-même un a océan de richesse )>, I, 51, 1. Ses suppliants souhaitent que le a chemin de sa richesse aboutisse à eux » VII, 18, 3. Il distribue toutes les richesses de la terre, VII, 27, 3. Mais ce n'est pas seulement des biens terrestres qu'il est maître, VI, 45, 20; il dispose des deux richesses, VI, 19, 10, c'est-à-dire des richesses de la terre et du ciel, II, 14, 11, ou encore de la richesse inférieure, de la moyenne et de la supérieure, Vn, 32, 16, cf, VI, 25, 1, c'est-à-dire des trésors des trois mondes, cf. I, 6, 10; III, 51, 5*. On devine que les trésors de l'atmosphère et du ciel seront la pluie et la lumière. Les richesses des cinq races que le vers I, 176, 3 place dans les mains d'Indra, cf. V, 35, 2 ; VI, 46, 7, comprennent aussi, au moins primitivement*, avec les quatre mers de richesses, X, 47, 2, ou richesses des quatre points cardinaux, les trésors célestes.
Nous avons déjà cité quelques-uns des textes innombrables où l'origine des richesses distribuées par Indra est expressément rapportée aux conquêtes qu'il fait sur ses ennemis ou sur les ennemis de ses adorateurs. Ajoutons qu'au lieu de demander au dieu la conquête d'un riche butin, on se contente parfois de lui demander la force, VI, 19, 6 ; X, 148, 4, qui le fait conquérir, la force qui donne l'avantage sur l'ennemi, VI, 19, 8, et qu'il ne refuse pas, en effet, à celui qui l'honore, IV, 24, 7; VII, 32, 6. On lui demande sa propre force, qui peut être acquise, en effet, par le sacrifice, mdriyam yajanta, IV, 24, 5, cf. indrayante, ibid., 4. Les richesses mêmes qu'il dispense doivent devenir l'instrument de conquêtes nouvelles, I, 8, 1 et 2; VI, 20, 1 ; X, 47, 4, cf. 2. Enfin, avec la force pour soi-même, cf. III^ 53, 18, on demande encore à Indra « un héros victorieux dans les combats », VIII, 87, 10. Ce texte, entre beaucoup d'autres, nous montre comment le don d'enfants mâles, VIII, 4, 7 ; 6, 23, ou, selon une expression familière aux /}ishis, de la richesse en héros, II, 11, 13 etpassim^ se rattache à la conception d'Indra comme dieu guerrier ^. Quant à la gloire, I, 10, 7,