‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 128 sur 417 · Voir ci-dessus, p. SS8, note · texte numérisé non relu

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sont plus en dette. ( Or ) le Soma n'est jamais bu sans salaire. » Cependant, si le payement se faisait attendre, l'homme saurait bien rappeler le dieu à ses devoirs, car il ne lui demande après tout que de faire ce qu'il ferait luimême à sa place, VIII, 14, 1 et 2 : « Si, comme toi, ô Indra, j'étais le seul maître de la richesse, celui qui me loue aurait pour amie la vache (serait nourri par la vache céleste). Je voudrais lui venir en aide, je voudrais lui faire des dons, ô maître de l'aide, à copieux adorateur, si j'étais le maître des vaches. » VII, 32, 18 et 19 : « Si j'étais, ô Indra, aussi puissant que toi, je voudrais faire des dons à celui qui me loue; ô dieu qui découvres les trésors, je ne te livrerais pas à la misère. Je voudrais venir en aide à celui qui me glorifie tous les jours, etc. » De pareilles mises en demeure sont aussi adressées, presque dans les mêmes termes, aux Maruts, I, 38, 4 et 5, et à Agni, VIII, 19, 25 et 26 ; 44, 23. Dans les deux premiers passages, le Aishi complète même sa supposition en disant aux dieux : « Si j'étais immortel el que vouê fiuêiez morteUy etc. » Quand les dieux et les mortels ont payé leurs dettes respectives, ils n'ont plus qu'à s'adresser « des éloges * réciproques », I, 26, 9. Nous trouvons au vers IV, 42, 10, dans une prière qui semble résumer l'idée que l'auteur se fait de l'ordre universel, ces rapprochements caractéristiques : « Puissions-nous jouir de la richesse! Puissent les dieux jouir de l'offrande, et les vaches des pâturages ! »

Ces textes, en dépit de leur hardiesse, expriment encore un sentiment qui a sa valeur morale : car c'est, en somme, celui de la justice. Nous en pouvons dire autant de tous ceux dont le sens peut se ramener à peu près à notre formule a à donner, donner », comme celui-ci, par exemple, III, 54, 3 : a Avec cette libation, je demande la richesse. » « Satisfais », dit-on à Indra, a ton désir de Soma, et pense ensuite à nous faire des dons », I, 54, 9, cf. 55, 7. On met dans la bouche du dieu lui-même les paroles suivantes, X, 48, 5 : « Demandez-moi la richesse en pressant pour moi le Soma. a Et en effet, à chaque fois qu'il est enivré de Soma, il donne des troupeaux de vaches, I, 81, 7.

Mais la conception proprement védique du sacrifice est celle qui lui attribue une efficacité nécessaire, une action

1. Oa dit aussi dlndra qu*il « honore i duvasyati^ III, 51, S, leshymnM de louange, pour faire entendre qu'il les récompense.

matérielle sur le ciel. C'est cette conception que nous avons rencontrée dans la première partie sous une forme qui ne supposait l'intervention d'aucun personnage divin distinct des éléments mêmes des phénomènes et du culte. On va voir quelle forme elle prend dans le culte d'un dieu de ce genre, et particulièrement dans le culte d'Indra.

Nous passerons rapidement sur un certain nombre d'expressions et de comparaisons curieuses surtout pour leur hardiesse, bien que quelques-unes soient en même temps assez significatives. Ainsi, les Aishis ne se contentent pas de comparer Indra* à une vache, VIII, 54, 3, cf. VIII, 13, 25 ; 82, 3 ; Vâl. 3, 7 ; 6, 7, qui vient allaiter son veau, II, 16, 8. On pourrait ne voir là qu'une autre expression, assez bizarre, il est vrai, du sentiment exprimé sous une forme, à nos jeux au moins, plus naturelle dans tant de passages où le dieu est comparé à un père *, Vil, 26, 2 ; 32, 3 et 26, a le plus père i», c'est-à-dire le meilleur « des pères », IV, 17^ 17, et son suppliant à un fils qui « s'attache au bord de son vêtement », III, 53, 2. Mais les textes qui rappellent que l'antique Aishi Vasishtha a « trait » Indra comme une vache au milieu d'un gras pâturage, VII, 18, 4, ou qui nous montrent les prêtres actuels appelant Indra <& comme une bonne vache à lait qu'ils veulent traire ^ », 1, 4, 1 ; VI, 45, 7 ;

1. Bt d'autres dieux. Voir, par exemple, IV, 57, 2. On compare aussi in- ▼«nement les vaches à Indra, VI, %B, 5. Au vers 16 de Thymne I, t5 à Varaaa, les vaches sont les prières qui cherchent le dieu « comme un pâturage ».

%. Ou même à une mère, VIII, i, 6; 87, 11 : car ily ades pères et des frères q[ni ne donhent pas, YIII, 1, 6. Le nom «le a père » est communément donné asz différents dieux (Voir Grassmann, Wœrterbuch, s. v. pitri), Indra est suii un nid où se réfugie le suppliant comparé lui-même à un oiseau» 1, 88, 1, cf. 25, 4. L'image est du moins touchante. Celle du vers VIII, 45, 20 est bien hardie : elle (ait d'Indra « un bâton de vieillesse ». Enfin nous retombons tout à fait dans Tétrangeté au vers II, 16, 8, où les faveurs du dieu sont comparées à des épouses auxquelles les suppliants désirent s'unir^ an vers IV, SO, 5, oh Indra lui-même est comparé à une femme et le suppliant à un amant, enfin an vers II, 17, 7, où celui qui se compare à une vieille fille, lan« gniisant ches ses parents, entend sans doute faire son fiancé du dieuqu*il invoque {cf. encore fur. II, 14, 3, â amàjûr). On dit aussi des dieux en général ((oTiln ont pour celm qui est pieux un amour de « fiancé », I, 83, 2. Le suppliant des Açvina est comme une femme parée, VIII, 26, 13 : sa parure eit le sacrifice. Il les invita à venir dans sa demeure, comme une veuve invite lOQ beau-frère (à remplacer son époux), X, 40, 2. Cf. encore X, 40, 6, et V,52,14.

3. An vers VI, 45, 26, diaprés lequel Indra est lui-même la vache pour celui qui désire des vaches, le cheval pour celui qui désire le cheval, la figure est différente. Bile rappeUe celle du vers I, 175, 6, a Tu es comme le» esQx pour celui qui a soif i>, et signifie simplement que Tadorateur d*Indra trouve en lui TaccompliBSement de tous ses désirs.

Val. 4, 4, cf. X, 42, 2, semblent bien impliquer que le sacrificateur dispose à son gré du dieu, qu*il exerce sur lui une action matérielle. Indra est aussi un arbre dont les Aishis font pousser et mûrir les fruits, IV, 20, 5, ou une a source* » de richesse que les prêtres font couler, II, 16, 7. Ailleurs il n'est plus que le seau, cf. X, 42, 2, dont ils se servent pour puiser à la source, ÏV, 17, 16. La faveur d'Indra et de Pùshan est comme une branche d'arbre (chargée de fruits» cf. I, 8, 8,) qu ils « saisissent », VI, 57, 5. Ils a saisissent » Indra lui-même, X, 103, 6, cf. V, 32, 11, cf. 12; VII, 24, 2, et non pas toujours par le bord de son vêtement, comme le flk qui s'attache à son père ' : ce qu'ils empoignent au vers X, 47, 1, c'est sa main droite, pleine de richesses. Indra, et avec lui Pûshan, sont encore comparés à des rênes dans les mains d'un cocher qui ne serait autre que le prêtre, VI, 57, 6. Ou bien Indra est le char où le prêtre « pose son désir » comme il poserait « le pied » dans un char véritable, VII, 32, 2, cf. VI, 34, 2 ; VIII, 57, 1 . Il est encore comparé à une « roue » que le chantre « tourne » à la façon d'un a charron », Vtl, 32, 20, pour qu'elle roule ensuite au gré du sacrifiant, cf. IV, 31, 4 et IV, 1, 3. Aux vers III, 35, 2 ; VII, 19, 6, lo prêtre se contente de dire qu'il attelle les chevaux d'Indra et l'amène ainsi à son sacrifice. Mais voici qui est mieux. Les sacrificateurs « chassent » Indra' comme un « gibier», VIII, 2, 6. L'auteur ajoute qu'il font cette chasse «i avec des vaches » : c'est que les vaches, dans son langage, représentent les ofi'randesou les prières. L'auteur du vers ni, 45, 1, en exprimant la crainte que d'autres sacrificateurs ne retiennent Indra, les compare à des oiseleurs qui l'auraient pris dans leurs filets.

Dira-t-on qu'il ne faut voir dans tout cela que des figures hardies? Mais le fait seul de cette hardiesse est déjà assez caractéristique. Peu importe que dans le même hymne, et quelquefois dans le même vers, le dieu paraisse reprendre sa liberté d'action. Le prêtre qui doit, dans le brahmanisme pur, subordonner définitivement la puissance du dieu à la sienne, ne pousse pas encore ses avantages jusqu'au bout. Mais il ne faut pas oublier que nous trouvons déjà dans le ^ig-Veda, en

1. Od rappelle encore le « grand lit i de la richesse, I, 4, 10; VIII, 32, 13» par où a elle coule ».

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