‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 173 sur 417 · Voir 1m citations qai BoiYent · texte numérisé non relu

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des eaux, des aurores et des yaches qui peuvent représenter à la fois les aurores et les eaux. Ailleurs encore, nous les voyons ouvrir (pour qu'il s'écoule) l'océan à sept fonds, VII, 40, 5, délivrer les rivières célestes prisonnières, î6«d., 8, frapper avec un marteau, représentant la foudre, le réservoir des eaux, VII, 74, 12, toujours pour en faire tomber la pluie.

Quelquefois, c'est au contraire Agni qui prête au couple ses attributs propres, et, c'est là le point important, ceux qui lui appartiennent en qualité de feu domestiqué [et de feu sacré. Indra et Agni reçoivent ainsi en commun les titres, non seulement de maîtres de la demeure, I, 21, 5, cf. 18, 6, mais de « prêtres du sacrifice », VIII, 38, 1. Il n'y a donc pas lieu, au vers I, 108, 4, où Tépithète yastaruc leur est appliquée, de changer, comme le fait M. Grassmann, la valeur ordinaire de ce terme, qui s'applique aux prêtres* et signifie « présentant la Cuiller ». Le même passage attribue à Indra et Agni cette autre fonction sacerdotale qui consiste à étendre le barhis ou gazon sacré'. C'est vraisemblablement comme représentant la prière que Sarasvatî les accompagne, VIII, 38, 10, et l'auteur du vers VI, 59, 6 entend sans doute aussi leur associer cette femelle qui, sans avoir de pieds, devance celles qui ont des pieds, et qui « sort de la tête parlant au moyen de la langue », c'est-à-dire encore la prière '.

Les deux personnages du couple ne sont cependant pas toujours confondus. Dans les deux derniers vers de l'hymne VII, 93, à Indra et Agni, Agni est invoqué à part comme un intercesseur auprès d'Indra et des autres dieux, cf. VII, 30, 3. Aux vers 10 et 11 de l'hymne VI, 60, adressé au même

1. \\ est appliqué aussi aux poteaux du sacrifice, III^ 8, 7, mais daDS un hymne où ces poteaux sont appelés des dieux (vers 6), et par conséquent personnifiés. C'est encore en qualité de dieux liturgiques qu'ils reçoiveot une épithète réserrée aux prêtres.

2. En distinguant d*ailieurs de TAgni qui figure dans le couple, personnifié en un prêtre, les a feux allumés ».

3. Peut-être en fait-il leur mère. Cf. la mère des jumeaux, placée sor i'extrémité mobile de la langue, III, 39, 3, et la parole sacrée, mère d'Indra et Agni, X, 1251. (Voir plus bas.) C'est à tort que j^ai voulu sMXeurs {Mémoiifs de la Société de iingiiistigue^ IV, p. 110, .note 1) faire de vdvadat une forme personnelle (quoiqu'il y ait peut-être des exemples du passage de l'intensif à la conjugaison en a, (Cf. avàvaçanta, Whitney, A Sanskrit grammart § 1,015.) Mais je crois toujours que carat en est une. Je ne vois pas bien ce que serait la a tête qui marche », et il semble plus naturel de construire carat parallèlement à agât et à akramit. L'accentuation de carat (et non plus, comme je l'avais proposé, celle de vâvadat) exprimerait une sorte de 8ubo^ dination au verbe suivant. Peut-être tst-ce une faute du texte tout simplement.

couple, Agni et Indra sont distingaes, l'un comme celui qui entoure le bois de sa flamme et noircit tout avec sa langue, Tautre comme celui qui fait heureusement traverser les eaux au mortel qui l'invoque « en allumant le feu ». Même en les représentant montés sur un même char, 1, 108, 1, cf. VIII, 38, 2, on paraît leur faire suivre à chacun une direction différente : tel semble être le sens de cette formule paradoxale, présentée du reste sous forme d'énigme, VI, 59, 5 : a 0 Indra et Agni, quel mortel, ô dieux ! peut comprendre ce prodige que vous accomplissez? Sur un seul et même char, l'un va attelant des chevaux dirigés dans le sens opposé (à ceux de l'autre). » Agni va de la terre au ciel chercher Indra ; Indra vient du ciel sur la terre à Tappel d'Agni : c'est sans doute l'étroite relation de ces deux voyages qui est exprimée sous la forme bizarre qu'on vient de voir. D'autre part, quoique Indra et Agni aient « grandi ensemble », VII, 93, 2, quoiqu'ils soient frères jumeaux, on leur attribue deux mères différentes. C'est le sujet d'un autre paradoxe renfermé dans le même hymne que le précédent, VI, 59, 2 : « Votre grandeur, ô Indraet Agni, est vraiment merveilleuse; vous avez le même père, vous êtes des frères jumeaux, et vous avez deux mères, dont l'une est ici, l'autre là, yamâv Hieliamàiarâ ». Ces deux mères dont l'une est ici, l'autre là, rappellent les deux mères d'Agni, Tune cachée, l'autre toujours présente *. Il est vrai que ce rapprochement même suggère l'idée que deux mères ont pu être attribuées en commun à Indra et à Agni. Mais^ en dernière analyse, c'est parce qu'il a deux formes qu'Agni a aussi deux mères, et il est permis de croire que les deux jumeaux, ftls de deux mères, étaient, au moins primitivement, chacun le fils d'une mère différente. En fait, Indra a une mère qui parait se confondre avec la mère cachée d'Agni*. Cette mère a pu lui être attribuée à l'exclusion d'Agni, qui, par opposition à Indra, n'aurait plus été que le fils de la mère toujours présente, de la prière par exemple, ce qui n'empêchait pas qu'ailleurs Indra et Agni fussent considérés tous les deux comme les fils de cette seconde mère, et rangés au nombre des couples de jumeaux qu'enfante la parole sacrée, X, 125, 1, cf. m, 39, 3.

Nous réservons d'autres traits du couple formé par Indra et Agni pour la comparaison que nous aurons à établir entre

1> Plus haat, p. 71 et suivantes, particulièrement 73 et note 2. 1 m, p. i05-i06.

evx et les ÀQvins. Ceu:z que nous ayons cités suffisent pour moatrer que l'alliance d'Agni avec Indra, comme celle de Soma avec le même dieu, symbolise surtout Taction du sacrifice. La conception qui a présidé à la formation du couple apparaît nettement dans la formule déjà citée où nous voyons les dieux mêmes, ou les ancêtres divinisés, pour accomplir leurs exploits mythiques, « attiser i» Agni et « fortifier » Indra, IV, 2, 17.

SECTION Y

Les sacrificateurs alliés d'Indra et leurs ennemis

§ i«^ — GONSinÉRATIONS GÉNÉRALES . — NOMS niVBKS

Pour considérer sous tous ses aspects l'idée de l'action exercée par le sacrifice sur Indra, et, par l'intermédiaire d'Indra, sur les phénomènes célestes^ il nous reste, après avoir examiné les formules qui concernent le sacrifice ou les sacrificateurs en général, et les divers éléments du sacrifice, tels que le Soma, la prière et le feu sacré, à étudier un certain nombre de personnages ou de familles qui passent pour avoir reçu du dieu des faveurs spéciales, souvent aussi pour lui avoir prêté dans ses combats un secours particulièrement efficace. Les favoris d'Indra sont, d'après la légende, soit les rois ou les chefs puissants qui ont fait célébrer des sacrifices en son honneur, soit les ministres mêmes de ces sacrifices, lès prêtres, les chantres, les poètes. An lieu de dire en termes généraux qu'Indra frappe les ennemis de celui qui presse pour lui le Soma, X, 42, 5, qu'il « a le premier trouvé les vaches pour le prêtre », I, 101, 5, qu'il a « brisé la montagne pour les chantres », VIII, 53, 5, enfin qu'il (c a pour les prêtres fendu le Gandharva^ dans les espaces sans fond », VIII, 66, 5, les rishis désignent assez souvent par des noms propres les personnages qui ont joui de la protection spécide du guerrier divin. Ce sont ces noms propres que nous allons successivement passer en revue.

Un bon nombre d'entre eux peuvent désigner des person-

i. Voir m, p. 66.

nages réels. Qae le favori dlndra devidQne souvent son air lié, on pour parler le langage de la grampiaire» que le datif de son nom soit souvent, dans les formules que nous aurons à citer, remplacé par Tinstrumental, il n'y a rien là qui puisse étonner dans des hymnes dont les auteurs mêmes proposent souvent, comme nous Tavons vu S leur alliance au dieu qu'ils invoquent.

Cependant il ne faut pas oublier non plus qu' Agni et Soma ont été conçus eux-mêmes, tantôt comme des prêtres *, tantôt comme des alliés ^ du dieu dont l'un est le breuvage fa* vori et l'autre l'échanson habituel ; que, même sous leurs formes célestes, ils ne sont pas toujours considérés comme le bntin des combats livrés par Indra, mais qu'ils gardent sou- Tent, et leurs fonctions sacerdotales, et leurs attributs guerriers, en un mot qu'ils contribuent, et contribuent par le sacrifice, aux victoires dont le résultat est leur propre déli- Trance en même temps que celle des eaux ou des aurores *. Il paraît donc possible que les prétendus favoris ou alliés d'Indra ne soient souvent que des représentants mythiques d' Agni et de Soma, et l'analyse des légendes qui les concernent changera pour un bon nombre d'entre eux cette possibilité en certitude.

Les ennemis qu'Indra combat pour ses protégés, et avec eux, sont souvent aussi désignés par des noms propres. Beaucoup d'entre eux sont certainement des démons que nous aurions pu ranger à la suite de ceux qui ont été étudiés dai^s la dernière section du précédent chapitre, s'il n'y avait pas eu avantage à les rapprocher des personnages auxquels la légende a coutume de les opposer.

Ces derniers d'ailleurs peuvent combattre des personnages mythiques sans qu'il y ait là toujours une raison suffisante de mettre en doute leur réalité historique, et de les ramener à de simples représentations du feu ou du breuvage sacré. Les premiers des dons que les hommes attendent d'Indra sont, nous l'avons vu, la lumière et la pluie. Ces trésors célestes sont le prix des victoires que le dieu guerrier remporte sur les démons. Mais les hommes, et surtout les prêtres, concourent à ces victoires par leurs sacrifices, et si Ton se rappelle

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