‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 261 sur 417 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES AÇVINS

SECTION PREMIÈRE

l'action DBS AÇVINS SUR LES PHENOMENES NATURELS

Les deux diyinités auxquelles sera consacré ce chapitre reçoivent, tantôt le nom d'Açvins, tantôt celui de Nâsatyas, assez souyent Tun et l'autre à la fois. Le second ne peut être considéré comme une simple épithète, puisqu'il suffit à les désigner dans un grand nombre de passages, I, 20, 3; 173, 4; IV, 14, 1 ; 37, 8 ; V, 46, 2; VI, 11, 1 ; 50, 10 ; VII, 39, 4; Vm, 19, 16; 25, 10; 90, 7; IX, 88, 3; X, 61, 15. Nous chercherons à déterminer le sens de l'un et de l'autre quand nous arriverons à l'étude des mythes qui» paraissent en fournir l'explication *.

Dans l'ordre des phénomènes naturels, les Açvins semblent être avant tout des divinités matinales, twâ^ II, 39, 3; VI, 62, 1 ; VH, 74, 1, pràtaryâvânâ, V, 77, 1, qui attellent de bonne heure, I, 22, 1, dont les chevaux et les chars s'élancent au lever de l'aurore et dissipent l'obscurité, IN, 45, 2, dont le char attelé, X, 41, 2, et partant de bonne heure chaque jour, X, 40, 1, cf. VII, 71, 4, reçoit l'épithète curieuse aham^pûrvàh a je suis le premier», I, 181, 3. Aussi ces dieux qui « partent de bonne heure » doivent-ils être, d'après le vers V, 77, 1, honorés « les premiers ». Ils sont invoqués au lever de l'aurore, I, 118, 11; 184, 1 ; III, 58, 4; VII, 71, 3; X, 41, 1. Sans doute ces dernières cita-

i. p. 460 et p. 507.

tions sont peu caractéristiques, le lever du jour étant Theure du sacrifice pour tous les dieux, qui reçoivent aussi d*ailleurs Y é^ithète tbsharbudh ce s*éveillant le matin^ ». Nous lisons dans un hymne aux Açvins que ce couple apparaît au moment de la naissance de ceux qui ont droit au sacrifice, YI, 63, 5, c'est-à-dire des dieux en général. Il n'en est pas moins vrai que les Açvins sont avec l'aurore dans une relalation plus étroite qu'aucun autre dieu ou groupe de dieux. Le lever de l'aurore est souvent décrit dans les hymnes qui leur sont adressés, I, 46, 1 ; Vil, 71, 1 ; 72, 3; VIII, 62, 16. Le tableau est complet quand le poète y ajoute le feu qui s'allume et le soleil qui se lève, comme dans ce vers : 1, 157,

1. « Agni s'est éveillé sur la terre; le soleil se lève; la grande aurore brillante a resplendi dans tout son éclat; vous avez, ô Açvins, attelé votre char pour vous mettre en route; le dieu Savitri a remis en mouvement tous les êtres mobiles. »

La triple mention du feu du sacrifice, de l'aurore et des Açvins ainsi rapprochés est fréquente, IV, 13, 1 ; 14, 1 ; V, 75, 9; 76, 1 ; VH, 67, 2 et 3; 72, 4; X, 35, 6, cf. I, 44, 8 et 14; 181, 9; III, 20, 1 et 5 ; 58, 1 ; VII, 44, 1 ; X, 64, 3. Aux vers I, 44, 2 ; V, 51 8, Agni est « accompagné ï> des Açvins et de l'aurore, comme au vers VIII, 35, 1, les Açvins sont accompagnés de l'aurore et du soleil. Il est dit encore expressément aux vers I, 180, 1 ; 183, 2; VIE, 5, 2, que les Açvins accompagnent, sacethe^ l'aurore ou la fille du ciel. Ils semblent être d'ailleurs tantôt précédés, I, 34, 10, et tantôt suivis par elle, I, 46, 14. L'expression la plus significative est la qualification d' « amie des Açvins » donnée à l'aurore, IV, 52, 2 et 3. Je n'insisterai pas sur les épithètes qui rappellent la nature lumineuse de nos divinités, comme hiranya^ariani a aux chemins d'or » et plusieurs autres; mais je ne relèverai parmi les épithètes de leur char, dont toutes les parties sont d'or, VIII, 5, 28 ; 22, 5, cf. I, 139, 4, celles de htranyalvac y V, 77, 3, et de sùryatvaCf I, 47, 9 ; VIII, 8,

2, signifiant, la première « qui a une peau, une enveloppe d'or », la seconde « qui a pour enveloppe le soleil ». Elles sont équivalentes aune expression du vers VII, 69, 5, d'après laquelle le char de Açvins « se revêt des aurores ». La « splendeur des Açvins », açvinî rdt, comprise au vers V, 46, 8, dans une énumération de femmes divines, à côté des

• Voir Grassmann, Wœrterbuchf s. v.

épouses dliidra, d'Agni, de Varuna, est peut-être une personnification de l'aurore ^ Il est inutile d'ajouter que les AçTins donnent la lumière, I, 182, 3, et délivrent de Tobscurité, I, 46, 6.

Mais les attributs solaires des Âçvins ne doivent pas nous faire négliger leurs attributs météorologiques. Leur char, ce char qui se revêt des aurores, reçoit aussi Tépithète sahctsra^ nirnij, VIII, 8, 11 et 14, signifiant <c qui a mille vêtements ». Au nombre de ces <c vêtements d on peut compter, après les aurores, les eaux du ciel. Les Açvins, eii effet, traversent la mer, I, 30, 18; V, 73, 8, et les rivières, I, 46, 8, du ciel, cf. I, 180, 1; IV, 43,5 et 6. Aussi leur char est-il parfois, comme nous le verrons, transformé en un navire '. Les oiseaux qui leur servent d'attelage^ sont appelés, au vers IV, 45, 4, des flamants qui nagent dans l'eau. Les rivières célestes sont elles-mêmes considérées comme leurs chars ou leurs attelages : c'est ridée qui est exprimée aux vers V, 75, 2 et VIII, 26, 18, par le compose sindhurvdhasâ et par une expression déjà citée^, a la rivière qui vous charrie le mieux ».

Les Açvins ne se bornent pas à traverser les eaux du ciel : ils les font couler. Nous lisons, en effet, qu'ils mettent en mouvement les eaux, I, 157, 5, que, pour eux, le nuage se gonfle, I, 181, 8, qu'ils font pleuvoir les rivières (célestes), VIII, 5, 21, qu'ils font couler la rivière savoureuse, inépuisable, I, 112, 9, qu'ils remplissent la Rasa (rivière mythique) de torrents d'eau, I, 112, 12; cf. 1, 180, 5 ; 181, 1 et 6. Les mêmes fonctions leur sont encore attribuées en d'autres termes : ils arrosent les pâturages de « beurre », VIII, 5, 6, et de «liqueur », I, 157, 2; leurs roues sont dégouttantes, I, 139, 3; 180, 1, de liqueur ; ils sont les a maîtres des gouttes », VIII, 8, 16. Ils récompensent le sacrifice par le don de la liqueurs I» 34, 3; 47, 4, cf. VIII, 10, 2, et ils le font avec leur fouet « qui donne la liqueur », 1, 22, 3; 157, 4. Le dernier trait devient parfaitement clair par la comparaison du vers V, 83y 3, où Parjanya^ a faisant apparaître les messagers de la pluie, » est comparé à « un cocher qui frappe ses chevaux avec le fouet ». Il faut encore remarquer les passages d'après

1. Oa pourrait étra aussi tenté de Tidentifier à Sùryà. (Voir p. 486.) 1 Au Ters I, 46, 8, il parait muni d*un aviron.

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