‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 27 sur 417 · VoirI, p · texte numérisé non relu

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t. Voir I, p. 170, 17«.

36» et on sait quel étroit rapport existe dans la mythologie brahmanique entre les Gandharvas et les Apsaras.

En somme, les eaux qui ont été le séjour primitif de Soma sont, comme on le yoit au vers VU, 49, 4, les mêmes où séjournent Agni Vaiçvânara et le dieu Varuna, c'est-à-dire les eaux du ciel, et les eaux que les sacrificateurs mortels mélangent au Soma pour l'offrir aux dieux sont destinées à rappeler celles où il est a caché », X, 148, 2, dans la nuée. Au vers IX, 88, 5, Soma^ brillant au milieu des rivières, est expressément comparé au feu. Il est sur la terre le représentant le plus exact du feu des nuages, puisqu'il peut briller, et qu'il brille effectivement dans le sacrifice, au milieu des eaux terrestres.

On dit de Soma, comme d'Agni, qu'il « croît » au milieu des eaux, et cette expression qui, dans certains passages déjà cités, s'applique aux eaux du ciel, IX, 85, 10; 89, 2, cf. IX, 72, 7, doit, dans tous les cas, renfermer au moins une allusion au nuage. La même allusion peut être renfermée dans répithète « qui croît sur la montagne », IX, 46, 1, bien que celle-ci suggère en même temps l'idée des montagnes terrestres, où croît la plante du Soma, images des montagnes célestes où il brille sous la forme de l'éclair.

Les eaux où « croit » Soma ont naturellement dû passer pour ses mères. Cette idée est présentée au vers IX, 93, 2, sous forme de comparaison. Enfin Soma reçoit directement répithète sindhumàtvi « qui a pour mères les rivières », IX, 61, 7, et il est appelé le « fœtus des eaux », IX, 97, 41. Ceci nous ramène au personnage à*Apâm Napàl « le fils des eaux», qui a pu représenter Soma aussi bien qu'Agni, et qui est en effet, dans l'hymne X, 30, identifié au breuvage sacré.

Cet hymne est, d'après l'Anukramanî, adressé à Apâm NapàtS qui est en effet nommé aux vers 3, 4 et 14. Or, les eaux «c mères » (vers 10) y sont invitées à porter à Indra le Soma (cf. vers 13), ou, selon l'expression du vers 8, cf. 7, la liqueur qui est leur « fœtus » , le breuvage c< né du nuage » et qui a « une triple chaîne » (vers 9), c'est-à-dire qui est préparé dans le triple sacrifice des trois mondes. Donner à Soma le nom de a fœtus des eaux » (cf. IX, 97, 41) dans un hymne à Apâm Napât, c'est évidemment l'identifier à ce personnage. Peu importe dès lors que dans le même hymne (vers 3) le

1. «^ Ou aux eaux. » On pourrait dire plus ezactoment: « 6t » aux eaux.

Soma soit offert à Apâm Napât lui-même. Le Soma terrestre peut être offert à un personnage représentant le Soma eéleste, « l'oiseau brillant qui regarde les eaux d'en haut », X, 30, 2, comme au vers Vil, 39, 5, Agni, apparemment TAgni céleste, figure au nombre des dieux qu*Agni, le feu du sacrifice, est prié de faire descendre du ciel. Ailleurs, c*est sous le même nom d'Apâm Napât qu'un personnage, identique au fond à Agni, est associé à ce dieu, VI, 13, 3, cf. Vin, 91, 7. Le nom d'Apâm Napât appartient du reste à la forme terrestre comme à la forme céleste du Soma, et au vers 14 de notre hjmne les prêtres sont invités à déposer les eaux sur le gazon sacré, « en compagnie d'Apâm Napât». C'est ainsi que dansl'hymne II, 35 où Apâm Napât nous a paru identifié plutôt à Agni, on lui attribue deux naissances, une ici-bas et l'autre dans le ciel (vers 6, cf. 11 et 13), et qu'au vers I, 143, 1, le nom d'Apâm Napât est donné au sacrifica* teur établi sur la terre, c'est-à-dire à l'Agni terrestre. Dans l'hymne X, 30, comme dans l'hymne II, 35, il est dit d'Apâm Napât qu'il brille « sans bûche » dans les eaux (vers 4), et à la différence d'Agni Apâm Napât, Soma Apâm Napât justifie cette observation sous sa forme terrestre aussi bien que sous sa forme céleste. L'épithète dvidh4rdh « qui ont deux torrents », donnée aux eaux « mères » au vers X, 30, 10, renferme sans doute une allusion aux deux séjours, l'un céleste, Fautre terrestre, des mères de Soma Apâm Napât ^ Il semble d'ailleurs que le poète, en célébrant Apâm Napât sous la forme du breuvage sacré, fasse également allusion à son identité avec Agni, quand il donne à la liqueur, fœtus des eaux, répithète, consacrée pour le feu du sacrifice, de ghriiaprishtha, a qui porte sur son dos le beurre », X, 30, 8. Nous avons vu qu'Agni Apâm Napât était l'époux ou l'amant des eaux en même temps que leur fils. Soma Apâm Napât, au milieu des eaux, est aussi comparé â un homme qui se livre à des jeux amoureux au milieu de belles jeunes femmes, X, 30, 5. C'est un jeune homme qui s'élance avec amour vers des jeunes femmes et qu'elles accueillent aussi avec amour, iftict. 6. D*autres allusions aux rapports sexuels de Soma avec les eaux se rencontrent en dehors de l'hymne

1. C*est Bwa» doute encore en tant qu^identiqae à Apâm NapAt que Soma reçoit Ja qiiaUflcation de apâm peru, X, 36, 8. Ct. VII, 35, 13, où le mot pm$ c qui traTorBef » est accolé au nom d*ApAm NapAt.

où il est assimile à Apàm Napât. Il « choisit » ^ les eaux» IX, 94, 1, il « fait le mâle » à travers le nuage, IX, 71, 3 ; c'est un jeune homme que les eaux rendent heureux, IX, 9, 5, ou un taureau que reçoit la rivière (la Rasa?), VIII, 61, 13, et qui mugit au sein des eaux, pareil au mâle au milieu du troupeau, IX, 76, 5. L'expression paiih sindhûnâm, qui lui est appliquée au vers IX, 15, 5, pourrait donc être traduite « époux » aussi bien que ce maître » des rivières. Au vers YIII, 82, 22, les épouses des Somas sont probablement les eaux nommées dans le même vers. Le nom de Gandharva des eaux, donné à Soma, IX, 86, 36, si on le rapproche de celui d*Apsaras donné aux eaux elles-mêmes dans une formule où elles sont en relation avec Soma, IX, 78, 3, équivaut à peu près à la qualification diamant des eaux. Non seulement, eu effet, les Gandharvas sont dans la mythologie postérieure les amants des Apsaras, mais il y a dans le Aig-Yeda un hymne entièrement consacré aux amours de Soma avec les eaux, où nous retrouvons ces deux noms.

C'est rhymne X, 123, qui, d'après l'Anukramani, est adressé à un dieu du nom de Vena. Ce qui peut faire croire que le mot t>ena, qui s'y rencontre aux vers 1, 2 et 5, est en effet devenu une sorte de nom propre^ c'est remploi qui en est fait au vers IV, 58, 4, à côté des noms d'Indra et du soleiL Il désigne en tout cas dans notre hymne le même personnage qui, aux vers 4 et 7, reçoit le nom de Gandharva, et qui est successivement représenté comme un veau au vers 3, comme un buffle au vers 4, et, au vers 6, comme un oiseau aux ailes d'or, cf. 5, messager de Varuna, renfermé dans le soin de Yama. La plupart des traits sous lesquels ce personnage est dépeint conviendraient à Agni aussi bien qu'à Soma. Mais au vers 8 et dernier, où le poète, au lieu d'en faire un oiseau, nous dit, ce qui revient au même en somme, qu'il voit par l'œil du vautour, le nom de « goutte » * qui lui est donné nous prouve que c'est en réalité Soma qu'il représente, Soma qui voit par l'œil du soleil, IX, 10, 9, auquel il est identique sous sa forme céleste, Soma, le Gandharva des eaux, IX, 86, 36, qui, sous ce même nom de Gandharva, est décrit aux

i . Apo vniïânah. Cf. vava c fiancé, prétendant » .

2. Le nom de u gouttes » est, il est vrai, donné aux flammes d*Agni, I, 94, 11. Mais cet usage du mot drapsa, où il est permis d« voir une trace de Passimilation d*Agni à Soma, ne fait pas qii*& défaut d*indication contraire nous ne devions l'appliquer à Soma plutôt qu'à Agni.

▼ers 10-12 de l'hymne IX, 86 à Soma pavamàna en des termes presque identiques à ceux de l'hymne X, 123. Des deux côtes en effet, c'est un oiseau qui vole dans le ciel, IX, 86, 11 ; X, 123, 6, une « goutte » qui croît dans la mer, IX, 85, 10^ ou qui se dirige vers la mer, X, 123, 8, une lumière au brillant éclatS IX, 86, 12; X, 123,8. Des deux côtés, c'est un petit ce léché » par les prières, IX, 85, 11 ; X, 123, 1, cf. 3. Des deux côtés enfin, le Gandharva se dressant dans le ciel *, IX, 85, 12 ; X, 123, 7, manifeste toutes ses formes, IX, 85, 12, ou conquiert', X, 123, 4, engendre, ibid. 7, ses formes immortelles ou ses formes « chères», prend ses formes chères dans le troisième monde {rajas), ibid. 8, identique au « sein de Yama», cf. 1, 35, 6, où il est placé sous forme d'oiseau (vers 6). Comme la « goutte » du Soma dont il est question au vers IX, 96, 19, la goutte honorée dans l'hymne X, 123 sous le nom deGrandharva « porte des armes » (vers 7). Le vêtement^ du Gandharva, ibid. 7, rappelle les innombrables formules relatives aux vêtements de Soma. On connaît aussi Soma comme un veau qui a plusieurs mères^ ibid. 3, et qui a pour mères en particulier les prières, ibid., cf. 1. On sait qu'il s'unit aux eaux, ibid. 1, dont il fait son séjour, et au soleil", ibid., auquel il s'identifie®. Bref, en lisant l'hymne X,123, on croit lire un hymne à Soma, et on lit en efi'et un hymne adressé à un personnage qui ne diffère pas mythologiquement de Soma. Insistons maintenant sur les rapports de ce personnage avec les eaux.

i. Bhânuh çukrena çoeishâ^ termes identiques dans les deux passages.

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