Plas haut, p
ment appliqué par M. Roth à la traductioti de fmMkrita (voir en particulier IH, 62, i3; IX, 86, 32; X, 34, 5), la tradaction vagne et peu intelligible « zu dem (bestimniten) bereiteten ». M. Grassmann lui-même^ quoiqu'il adopte dans son dictionnaire le terme « Stelldichein », traduit, je ne sais pas pourquoi, « am rechten Ort » . Il est clair que le rendezvous dont il s'agit est celui d'Âgni, du feu du sacrifice, désigné au vers suivant.
J*ai gardé pour la an le premier pâda, que M, Ludwig traduit i< connaissant le signe du premier jour », et M. Grassmann « connaissant le signe de la première clarté dji jour». Si M. Grassmann entend par la première clarté du jour le commencement d'un jour quelconque, je crois qu'il fait un contre-sens, je dirais volontiers un non-sens : l'aurore connaissant le signe du œmniencement du jour??? Quant à la traduction de M. Ludwig, elle n'est pas intelligible par ellemême, et le commentaire reste muet sur ce passage. Le terrain manque donc à la discussion. Il me reste à expliquer ma propre traduction. D*abord on ne me constestera pas que le mot nâman puisse désigner l'essence, la nature d*un6 chose. Maintenant, qu'est-ce que le « premier» jour? H faut se rappeler que le nom de jour est donné à la nuit comme au jour, et que c*est une grave question pour les Rishis de savoir quel a été le premier du jour ou de la nuit, ou, dans leur langage, < des deux jours », 1, 185, 1^ Je crois que cette question est précisément celle dont Taurore connaît la solution. Elle connaît la nature du premier jour, c*est-à-dire qu'elle sait s'il était « blanc» ou « noir». J'ajoute que le poète aussi me paraît avoir eu sa solution à lui, et que nous pouvons la retrouver. Il dit, en efifet, que l'aurore est née du noir, c'est-à-dire du jour noir, aujourd'hui d'abord, mais sans doute aussi au premier jour du monde. La nature du premier jour était donc d'être noir, et l'aurore qui connaît ainsi la nature du jour dont elle a été engendrée ressemble à ce fils d'une énigme que j'ai eu déjà l'occasion de citer ^, qui «connaît la naissance de ses parents », X, 32, 3. On objectera peut-être à mon interprétation que le < premier » de deux est en sanscrit j?t/7Ta, cf. I, 185, 1, et non pratharna. Mais, si au
1 . La « première > et la tt seconde » sont les deux sœurs dont il est question encore au vers 5, aest-à-dire l'aurore et la nuit, et non le ciel et la terre qui sont c^ébrés seulement à partir du vers % comme le refrain findique rurabondamment.
â. II, p. 288.
lieu de songer seulement an oouple toujours ideatique à lui** même du jour et de la nuit» le poète a pensé à la succession de tous les jours et de toutes les nuits, il me semble qu'il a très bien pu employer i^ml/iama. Cette explication mo parait avoir une saveur tout à fait védique, et de plus elle établit un lien entre le premier p&da et le second. C'est ce qui me la fait préférer à une autre à laquelle on aurait aussi pu songer : le premier jour serait bien le premier jour du monde, mais sans distinction de jour et de nuit^ quelque chose comltne Taurore antique dont il est question au vers IV, 51 ,6. On a vu d'ailleurs que M. Grassmann et M. Ludwig s'étaient contentés à moins de frais.
10. Comme une jeune fille, triomphante de beauté, tu t'ayances» ô déesse, à la rencontre du dieu qui cherche à te mériter par le sacrifice ; jeune femme souriante, tu brilles et découvres devant lui ton sein.
J'ai déjà dit que le dieu vers lequel l'aurore s'avance est le feu du sacrifice. Ni M. Grassmann, ni M. Ludwigne s*expliquent à ce sujet. Le second, dans son commentaire, indique la possibilité d'expliquer çdçadânâ^ dont Vd final est nasalisé, comme un accusatif pluriel. Mais le rapprochement du vers I, i24, 6 rend bien invraisemblable cette analyse qui aboutirait d'ailleurs à un sens fort peu satisfaisant : « Comme une jeune fille qui s'avance vers ceux qui sont fiers » (selon l'interprétation de M. Ludwig) a de leur propre corps ». M. Ludwig propose en outre la correction iyakshamâùâ pour iyakshafndnam. Je ne comprends pas bien le profit qu'il en tire pour le sens, et je ne vois pas même bien sMl Padopte définitivement. La correction serait tout au moins inutile. Mais elle me semblerait en outre assez malheureuse. Le verbe iyakshy désidératif de yaj, a sacrifier, honorer (les dieux), obtenir (leurs faveurs) parle sacrifice », ne paratt pas s'être écarté du sens de son primitif autant qu'on l'a trop vite admis. Il a presque toujours pour sujet le sacrificateur, I, 153, 2; II, 20, i ; VI, 21, 3; VIII, 31, 15; IX, 64, 21 ; 66, 14; X, 80, 3; 74, 1 ; V. S, XVH, 69, Agni, X, 11, 6, ou Soma, IX, 11, 1 ; 22, 4 ; 78, 1. Dans trois passages seu-
iement il a pour sujet, deux fois Indra, Vni, 45, 31 ; 46, 17, une fois Yâju, VI, 49, 4. Mais n'est-ce pas le cas de se rappeler que les fonctions sacerdotales peuvent être attri* buées à tous les dieux? Dans le second passage, que, ni M, Ludwig, ni M, Grassmann n'arrivent à construire d'une façon satisfaisante à la fois pour la grammaire et pour le sens, la construction la plus naturelle donne : « Tu sacrifies avec les sacrifices, les chants des Maruts... et moi, de mon côtéje te chante...» Dans le troisième, Vâju est posé comme sage, et même comme poète, kavi^ en regard du poète, et semble aussi répondre par un chant céleste (le chant du vent)y à celui que lui adresse le sacrificateur mortel : (c Poète, tu honores le poète. » Quant au premier, il est trop obscur pour qu'on puisse en tirer avec certitude un sens nouveau de iyaksh (construit d'ailleurs cette seule fois avec le préfixe pra). Maintenant, on pourrait aussi à la rigueur faire de l'aurore la prêtresse d'un sacrifice céleste. Mais ce serait aller au devant des complications qu'on évite d'ordinaire avec tant de soin, que j'admets pour mon compte quand le texte m'y contraint, mais que je ne me croirais pas le droit d'introduire en corrigeant pour cela un texte beaucoup plus simple et très satisfaisant par lui-même.
Un mot encore sur tanvâ çdçadând. M. Ludwig traduit (c fière de son corps », naturellement de son « beau » corps. Cette interprétation ne paraît pas fort différente de la mienne. Mais en admettant cette nuance, qui se retrouve peut-être implicitement dans la traduction de M. Grassmann « am Leibe prangend», et que ce dernier introduit expressément dans la traduction d'autres passages, VII, 98, 4, cf. 1, 141, 9, on arrive à traduire, comme M. Ludwig, <( nous sommes fiers de toi (d'Indra) dans les combats », X, 120, 5, une formule qui signifie en réalité, « nous triomphons grâce à toi dans les combats ». On voit qu'ici l'écart est plus considérable. M. Grassmann traduit la même formule « nous avons confiance en toi dans les combats », etintroduitle même sens dans plusieurs autres passages. Je ne voudrais pas paraître disputer sur des pointes d'aiguille, et cependant je ne puis laisser passer sans protestation ce nouvel exemple de la facilité avec laquelle on modifie le sens d'un verbe assez rare, et qui s'explique parfaitement dans tous ses emplois par les sens de « triompher » ou « exceller », identiques à ceux du verbe grec de même origine, xéxaqjuxt.
il. Charmante à voir, comme une jeune femme que sa mère a parée, tu découvres ton corps pour le montrer ; répands au loin tes rayons, 6 Aurore I en nous apportant le bonheur ; tu seras la plus libérale des aurores I
Le mot bhadrd, épithète de l'aurore, est ici traduit, par M. Grassmann comme par M. Ludwig, « aimable, lieblich ». Au vers suivant, le même mot, épithète de ndma « manifes^ tations » de l'aurore, est traduit par les deux interprètes « portant bonheur, glûckbringend ». Pourquoi cette différence? Mystère! Dans son lexique, M. Grassmann donnait pour le premier passage le sens de « brillant » , et pour le second celui de «magnifique, excellent, herrlich, trefflich, tûchtig ». Plutôt que de tourner ainsi à tous les vents, je préfère m'en tenir au sens le mieux établi, resté d'ailleurs le sens classique, et correspondant à peu près à celui du latin faustuSf pour le vers 11, comme pour le vers 12.
Au dernier pàda, je prends naçanta comme un subjonctif impropre.
lî. Riches en chevaux, en vaches, en toutes sortes de biend, s'élançant avec les rayons du soleil, les aurores passent et reviennent, prenant des formes propices.
Pour yatanidndh, la traduction de M. Grassmann « rivalisant » ne me paraît pas justifiée. Celle de M. Ludwig « wirkend » semble reposer comme la mienne sur le sens primitif de« faire effort». J'ai déjà eu l'occasion * de traiter de cette racine dont je ne me flatte pas encore de pouvoir préciser le sens dans tous ses emplois.
M, Ludwig dit « noms » pour « formes », ce qui n'est pas trop facile à comprendre.
La stance dans son ensemble est facile, et ne donne lieu à aucune autre observation .
13. Obéissant à la rêne de la loi, donne-nous des idées de plus en plus salutaires; brille aujourd'hui, ô Aurore) en répondant à nos invocations ; comble-nous de richesses ainsi que ceux pour qui nous offirons le sacrifice.
M. Grassmann et M. Ludwig traduisent tons les deux Texpression raçniim anayachamdnd par « dirigeant la rêne >. Cependant, M. Orassniann, après M. Rotb, prend au sens de (c suivre, se diriger d'après » les deux seuls antres emplois connus du verbe anu yam au moyen, I, 109, 3; IV, 48, 3*. Et pourquoi donc n'aurait-on pas dit de l'aurore qu'elle obéit à la rêne de la loi ? Ne dit-^on pas d'elle aussi, comme nous l'avons TU plus haut (vers 8), qu'elle suit la loi de Varuna, et au vers I, lâ4, 3, qu'elle < suit le chemin de la loi»?
La locution bhadrah kratuh est consacrée,!, 67, 3; 89, 1; 91, 5; IV, 10, 1 et 2; X, 25, 1; 30, 12. M. Grassmann aurait donc eu tort de séparer hhadram-bhadram de kratmtt et de traduire « la sagesse » et « bénédictions sur bénédictions», s'il n'y avait été contraint saijs doute par la forme métrique à laquelle il s'est assujetti.
Je fais porter suhavd comme attribut sur le verbe vy ticto pour obtenir un sens plus lié et plus satisfaisante