‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 45 sur 417 · Proprement « celles qui donnent le lait · texte numérisé non relu

Proprement « celles qui donnent le lait

li, celles qui « goûtent» sont les femelles célestes, ou, comme dit le poète, les brillantes « au fond desquelles est le cheval » *, c'est-à-dire qui enveloppent la forme céleste du mâle assimilé à un cheval. Et ce qu^elles goûtent, a dans le séjour de la loi », lorsqu'Agni, « torrent de lumière déposé dans le sacrifice », s'envole, c'est-à-dire, apparemment, remonte au ciel, c*est a elles-mêmes », lanvahj c'est-à-dire ces autres formes d'elles-mêmes qui constituent les éléments femelles du sacrifice. En effet, les offrandes et les prières profitent aux femelles célestes. Ainsi, Ton dit des vaches qui « cuisent » Sema « à la tête i», c*est-à-dire au plus haut du ciel ^, qu'elles mangent l'offrande, IX, 71, 4, des vaches, « cuisant » également le Soma, qui sont les compagnes d*Indra, qu'elles boivent la liqueur « séparée » ', I, 84, 10 et 11 *; de la vache, mère des Maruts, qu elle tette, VIII, 83, 1; de la vache de Vâyu, qu'elle s'approche pour boire le Soma, I, 2, 3 *; enfin, des vaches qui font couler leur lait ce de la tête de l'oiseau », c'est-à-dire toujours, comme nous le verrons®, du plus haut du ciel, qu'elles boivent l'eau « par le pied », I, 164, 7. Cette eau qu'elles boivent « par le pied », apparemment parce qu'elle leur arrive de bas en haut\ ne peut représenter que l'offrande ou la prière. C*est dans le même sens que le vers I, 164, 51, parle d'une eau qui monte et descend journellement.

1. Açvaàwihndh» C*est se contenter trop aisément que de traduire ce mot, comme le font M. Roth, M. Grassmaon et M. Ludwig, « portées » ou «trainéMpar des chevaux ». Cf., d'une part, les sept fonds de l'océan céleste, VIII, 40, 5, et de Tautre la montagne qui ne Hvre pas le cheval, V, S4, 5.

a. Voir p. RI.

3. Vishûvant, la forme terrestre du Soma. Cf. plus haut, les femelles c réanies » et les femelles a séparées ». Cf. aussi I, 464, 43. Plus tard, le mot vishûu€ait a désigné le jour du milieu dans une fête d'une année, et par snite Téquinoxe. Il signifie en réalité, non pas « qui est au milieu », mais qui est « distingué » des autres, « saillant » et par suite « supérieur» aux autres. De là la comparaison du jour vishûvant é. Ia tête (et non à la poitrine) entre les épaules, et la promesse à ceux qui célèbrent ce jour de devenir vishilvantas, c'est-à-dire distingués des autres. (Ait. Br., IV, 32.)

4. C'est peut-être daus le même sens qu'il est dit au vers IX, 9, 6, que Soma a« contenté » les femelles divines.

6. Dans une énigme dont la première partie a été déjà expliquée plus haut, p. 27. « Ils ont mis la femme dans le fœtus, le veau dans la bouche », X, 53« 11, si la bouche dont il s*agit était celle de la mère du veau, nous aurions peut-être une nouvelle allusion à la femelle céleste buvant le Soma terrestre.

7. Cf. ci-aprës, p. 90, la vache qui est représentée nourrissant u par le pied 9 son petit placé sur la terre, tandis qu'elle est elle-même dans le ciel. Au vers I, 164, 40, également, c'est la vache céleste qui est invitée à boire.

On aurait tort de chercher dans Teau qui monte les vapeurs dont se forment les nuages. Ce qui préoccupe surtout les Aishis n'est pas la physique, mais la liturgie. L'eau qui des* cend est bien l'eau des nuages, mais l'eau qui monte est l'offrande ; car» d'après le même vers, si ce sont les nuages qui récréent la terre, ce sont les « feux » qui récréent le ciel; et ces feux qui, dans une antithèse aussi bien marquée, ne peuvent être que des feux terrestres, les feux des sacrifices, ne peuvent aussi porter dans le ciel d'autre eau que l'offrande. Cela n'empêche pas le poète de dire que c'est une même eau qui monte et descend ainsi. Les éléments femelles du culte sont, en effet, considérés comme identiques de leur nature à ceux des phénomènes célestes. Cette observation nous ramène aux femelles « qui se goûtent elles-mêmes ». Une expression analogue se retrouve au vers X, 100, 10, où les vaches auxquelles elle est appliquée paraissent être des vaches réelles, se nourrissant des vaches célestes, c'est-à-dire buvant l'eau de la pluie : « Soyez-vous à vous-mêmes votre propre remède. »

Les rapports du mâle avec les femelles paraissent conçus comme une union sexuelle entre le mâle céleste et les femelles terrestres au vers IX, 72, 3, qui nous montre Soma se dirigeant vers les vaches malgré le cri de la Fille du Soleil. Nous verrons plus loin * que cette dernière est une amante céleste de Soma. Le vers ajoute d'ailleurs qu'il habite avec deux groupes de sœurs *. Au vers IX, 93, 1, où figurent « les flUes du Soleil » (au pluriel), Soma échappe également à ces femelles célestes, probablement pour se rendre à l'appel des prières, mentionnées dans l'hémistiche précédent.

Nulle part les rapports du mâle avec deux sortes de femelles dont les unes habitent le même monde que lui, et les autres un autre monde, ne sont plus nettement indiqués que dans le vers III, 55, 17 : « Quand le mâle mugit au milieu des unes, c'est dans un autre troupeau qu'il dépose sa semence. » Cette formule a pu servir à exprimer à la fois l'union du mâle céleste avec les femelles terrestres et celle du mâle terrestre avec les femelles célestes, l'action du ciel sur la terre et l'action de la terre sur le ciel que nous avons vues opposées l'une à l'autre au vers I, 164, 51 : « Cette

1. Dana le ohapitre de la troisième partie consacré aux Açvins.

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