Voir p
4. Les vers 11 et 12 du même hymne ne permettent pas de croire que, 'lans cet hymne, Sarasvatî représente seulement une rivière terrestre.
5. Cf. la vache que les /ïihhus gardent un an, IV, 33, 4. Ct. aussi, VI 103. 9.
fois Tanoée, sans doute dans la saison des pluies ^ Priçni serait, par là du moins, très différente de la prière et d« Toffrande dont le lait ne tarit jamais.
Maintenant, si Ton se rappelle ce que nous avons dit plus haut de l'élément mâle du sacrifice allaité par la vache céleste, on comprendra aisément que, lorsque cette même vache se dérobait, il ait été considéré comme privé de son lait. Enfin Topposition de Toffrande ou de la prière, qui ne lui manquent jamais, à la mère céleste, qui parait quelquefois l'oublier ou le négliger, n'était pas moins naturelle.
Or, dans l'hymne III, 55, il est bien dit au vers 12 des deux mères d'Âgni, appelées là, l'une la vache mère, l'autre la vache fille, qu'elles l'allaitent ensemble. Mais au vers suivants nous lisons : « Elle a mugi en léchant le veau d'une autre. En quel monde la vache a-t-elle caché son pis? Uâ s'est gonflée du lait de la loi. » Il parait évident qu'Kà représente ici la prière du sacrifice terrestre, vache mugissante, toujours gonflée de lait pour Agni, toujours léchant ce veau qui a pourtant une autre mère, une mère céleste. Celle-ci au contraire a caché son pis on ne sait où; elle refuse son lait au veau léché par la prière, par celle qui, selon l'expression du vers suivant, revêt divers ornements a de pieds », c 6st-à*dire diverses formes métriques : en d'autres termes, la lumière ou les eaux du ciel se dérobent à l'appel du sacrifice.
Notre passage paraît d'ailleurs avoir été une formule consacrée ; car il se retrouve, mot pour mot, sauf la mention d'I/à, au vers X, 27, 14. Il est sans doute fait allusion à la même formule dans ce passage du vers X, 117, 9 : « Deux mères d*un même petit ' ne l'allaitent pas également. »
1. Cependant le vers X, 74, 4, où il est question d'une femeUequi enfante en une seule fois beaucoup de fils, pourrait suggérer une autre interprétation pour le vers VI, 48, 2i : Priçni aurait donné tout son lait en une fois parce que tous ses enfants, les Maruts, sont nés ensemble.
i. C'est dans celui-là, et non dans le précédent (11), concernant la Nuit et l'Aurore, qu'il faut chercher les indications propres à déterminer la nature des deux vaches opposées l'une à l'autre. Tune comme mère, l'autre comme fille. Sur ce dernier rapport qui, dans le Aig-Veda, n'a jamais, que je sache, été étendu à la Nuit et à l'Aurore, appelées encore au vers 11 deux sœurs, voir plus bas, section vu. Cf. d'ailleurs Apâ/72 Napàt opérant ici-bas (( par le corps d'un autre », II, 35, 13. Sur la présence dans deux ou plusieurs vers successifs 'd'un même hymne des conceptions les plus différentes concernant les mères d'Agni, cf. entre beaucoup d'autres Phymne I, 95.
3. Sammâtard, Ce terme, en tout cas, me parait mettre hors de doute le fait même d'une allusion mythologique. Car je me refuse à le prendre
Dans le même hymne III^ 55, où nous en avons signalé le premier emploi, on lit au vers 4 : « Une autre nourrit le Teau; sa mère ne bouge pas ^ » L'allusion aux deux mères se retroure encore au vers X, 61, 17, dans Tépître dvibandhu donnée au sacrificateur (Agni ou Soma) qui doit traire la Tache « stérile ».
Uq rapprochement qui s'impose aussi est celui du vers II, 18, 2, où il ne peut être également question que d'Âgni ou de Soma : « D'autres ont engendré celui qui est le fœtus d'une autre. » Ces « autres » sont, il est vrai, du genre masculin» ainsi que d' a autres » encore en compagnie desquels le « noble mâle » figure dans le même passage, c'est-à-dire qu'à l'une des mères du feu, si c'est de lui qu'il s*agit, le poète oppose les prêtres ou les dieux qui l'allument dans d'autres mondes, au lieu de lui opposer ses autres mères dans les mêmes mondes. Nous disons « ses autres mères » , et, en e£fet, le premier hémistiche du vers cité parait contenir une allusion, non plus seulement à deux, mais à trois naissances d'Agni. Ceci nous conduit au vers Y, 47, 5, où il est dit du mâle, sous forme d'énigme, et comme une grande merveille, qu' a il est nourri par deux jumelles autres que sa mère, nées l'une ici, l'autre là». La formule présente une ressemblance frappante avec celle des vers III, 55, 13; X, 27, 14. Le dernier détail, exprimé par l'épithète iheha jàte, parait devoir être interprété en ce sens que l'une est née dans le ciel^ l'autre sur la terre » '. La nourrice céleste du mâle» Agni ou Soma, serait ici distinguée, en compagnie de sa nourrice terrestre, et en tant que manifestée comme elle dans l'espace visible, de la mère qui ne se montre pas. Nous aurons à citer dans le chapitre suivant plus d'un exemple de cette application particulière du nombre trois.
Bien entendu, l'absence de la mère céleste n'est jamais
(eootrairement à raccentuatioa la plus ordinaire, puisqu'il est oxyton (Uns le sens potseesif. Ce sens, déjà fort peu intéressant dans notre passage, serait tout à fait inadmissible au vers de TAlharva-Veda, VIII, 7, 27.
1. K*heii mûtd. Cf. ibid,^ 7: kihe.ti budhnah. On peut remarquer qu*au vers X, 97, 14, la formule identique à celle du vers 13 de Thymne III, 55, est précédée d*un hémistiche où se rencontrent également les roots : « La mère est arrêtée. » Nous avons déjà dit plus haut, qu'au vers précédent, X, 17, 1), la femelle c droite • que fait périr le mâle enfermé dans son sein est une mère qui refuse d^enfanter.
i. Cf. Tapplication de l'épithète iheka j'dtâ aux Açvins, I, 181, 4 (plus bas, partie III), et surtout de Tépithète équivalente iheha^mâtarâ, VI, 59, 2, à Agni, dieu du sacrifice, et à Indra, dieu du ciel.
que temporaire. On a déjà tu que dans Thymne III, 55, la ormtile qui oppose à I/â, c'est-à-dire à la prière terrestre, toujours gonflée de lait et léchant le feu du sacrifice, la vache céleste qui cache son pis, vient immédiatement après un vers (12), où les deux vaches figurent comme allaitant toutes deux le veau. La « réunion » de la vache et du veau est même devenue un mythe célèbre que nous retrouverons dans la légende des 7{ibhus, qui, pour opérer cette réunion, ont tiré, cf. III, 60, 2, la vache a de la peau », I, 110, 8.
Mais qu'est-ce que cette « peau », et, plus généralement, quel est le lieu où la mère d'Âgni ou de Soma reste cachée dans le temps qu*elle se dérobe à Tattente du nourrisson ? La notion des femelles cachées est familière aux poètes védiques. Aucun mythe n'est plus connu que celui des vaches cachées, trouvées par Indra, I, 6, 5, ou par Brihaspati, X, 108, 11 ; cf. 68, 7 et passim. Les formes cachées des vaches sont encore trouvées par Soma, IX, 87, 3, gardées par Agni, V, 3, 3, cf. 2, connues de Varuna, VIII, 41, 5, qui révèle les trois fois sept formes cachées de la vache, VII, 87, 4; cf. IV, 1, 16, réduites à sept* au vers î, 164, 3. Les vaches cachées peuvent être les aurores qui disparaissent régulièrement chaque jour, ou les eaux qui se dérobent pendant la sécheresse. Pour celles-ci, et en tant qu'elles sont distinguées des nuées qui les renferment, Tinvisibilité pourrait s'expliquer sans la conception d'un séjour qui soit lui-même invisible. Ce sont en efi'et les nuées qui ont suggéré la première idée de ces montagnes, de ces cavernes, où les eaux de la pluie sont cachées, de ces étables où séjournent les vaches célestes. Mais quand les vaches cachées représentent les aurores, elles ne sont plus seules invisibles : les étables qui les renferment le sont aussi. D'ailleurs, les nuées où sont cachées les eaux disparaissent souvent ellesmêmes. La (c montagne » est engloutie dans le ventre du démon Vritra, I, 54, 10. C'est ainsi que dans l'ordre des phénomènes météorologiques comme dans celui des phénomènes solaires, s'imposait nécessairement l'idée d'un lieu mystérieux, recevant les nuées pendant la sécheresse, comme il reçoit chaque jour les aurores. Il va sans dire que ce lien devait être en même temps conçu comme renfermant la
1. Sur remploi de ces nombres, voir le chapitre suivaut. Sur le second passage, je ferai observer que le mot nihita « déposé » implique souvent l idée d*un dépôt dans un lieu secret, cf. ?iidhi.
prière céleste, prototype des prières terrestres. Ces dernières elles-mêmes sont cachées, VIII, 6, 8, tant qu'elles ne sont pas sorties de la bouche du prêtre, cf. X, 71, 1-3. Mais au vers 1, 164, 45, les trois * formes, ou pour employer l'expression du texte, les trois ce places » de la parole qui reçoivent la qualification de « cachées » sont opposées à la parole humaine. Il n'y a pas jusqu'au ciel et à la terre qui ne soient cachés à leur tour (pendant la nuit), VIII, 85, 16; cf. X, 88, 2, et qui ne doivent être retrouvés par Indra.
Les éléments femelles de la mythologie védique ne sont d'ailleurs pas les seuls qui puissent être momentanément cachés dans le monde invisible. Ce que nous avons dit des aurores et des eaux est applicable au soleil, à Téclair, et plus généralement aux formes célestes . d'Agni et de Soma. A la vérité, les passages où il est question d'Agui caché, 1, 67, 7; 141, 3 ; III, 1, 14 ; 5, 10 ; 9, 5 ; V, 8, 3, cf. X, 53, 3, ou, ce qui revient au même, d'Agni « découvert » par des sacrificateurs lerrestres ou célestes *, n'impliquent pas par euxmêmes ridée d'un séjour mystérieux de cet élément. Agni, en effet, est caché dans le sein de ses mères, IV, 7, 6, cf. X, 28,8. U y séjourne, III, 8, 1, il y repose, 1, 140, 7 ; III, 55, 4. Cela peut signifier simplement qu'il est caché tantôt dans le bois, IV, 7, 6; III, 55, 4; V, 1 1 , 6, tantôt dans les eaux, X, 32, 6; 46,2, etc., et en effet, nous lisons au vers 1,67, 6, qu'il va de cachette en cachette ^ De même le Soma caché, cf. 1, 23, 14, peut être le Soma caché dans les eaux, X, 148, 2, cf. III, 39, 6, et c'est également dans ses mères que le mâle est caché au vers X, 27, 16, et au vers X, 8, 3, où cette idée est exprimée par une épi thè te bizarre appliquée aux mères, açvabudhnâh, <( au fond desquelles est le cheval »^. Mais les mères du mâle peuvent elles-mêmes disparaître dans un séjour invisible. Ce séjour se trouvait être ainsi le réceptacle d'Agni et de Soma aussi bien que des femelles de toute sorte « et non seulement d'Agni ou de Soma représentant le soleil couché, mais encore d'Agni ou de Soma représentant ces éclairs dont « on ne connaît pas le séjour », I, 105, 1. La cachette de Soma paraît être en effet distinguée des eaux au vers IX, 70, 2, où nous lisons qu'il s'est revêtu des eaux ^ brillantes quand
l. Sur cette appUcation du nombre trois, voir le chapitre suivant, i. Voir I, p. 109 et suiv.