Cf. encore les vers 9 et
2. Je sous-entends au pluriel, avec le sujet vâghatahj le verbe exprimé au singulier avec lo sujet nîharvd. C'est la seule construction qui me paraisse offrir un sens satisfaisant.
est né d*après le vers X, 88, 16, et celle où les vaches qui mangent roflfrande, c*est*à-dire les vaches célestes, a cuisent le Soma dans leur pis » ', IX, 71, 4. La « tête de la montagne » sur laquelle s'arrêtent les Açvins, Vil, 70, 3, est encore une figure analogue. Ailleurs, c'est Soma lui-même, IX, 27, 3; 69, 8. ou Agni, I, 59, 2; III, 2, 14; VI, 7, 1; VIII, 44, 16, qui est appelé, par une sorte de métonymie, la K tête du ciel » ou « du monde* », X, 88, 6. C'est pendant la nuit qu*Agni est la tête du monde, après quoi il naît le matin sous la forme ^ du soleil, ibid. Agni, tête du monde, est donc bien le feu caché. Mais les formules qui doivent ici nous arrêter surtout sont celles de « tête d'Agnî » ou « de Soma » et plus généralement a du mâle, du taureau », et la formule correspondante c tête de la vache ».
À la vérité plusieurs passages attriboent, soit au mâle, soit à la femelle, autant de têtes que dé formes. Agni a trois têtes, I^ 146, I. Soma se fait trois tétes^ IX, 73, I, c'est-à-dire prend trois formes, et même aucune des formes dont il s'agit là n'est cachée, puisqu'il les prend « pour se laisser saisir», tandis qa'Agni naissant dans le mystère est « sans tête», IV, 1 , 1 1 . Le mâle dont la forme monstrueuse est décrite au vers IV, 58, 3, a deux têtes. Nous retrouverons au chapitre suivant le mâle à sept têtes, III, 5, 5, et la prière o\j l'hjmne à sept têtes, X, 67, 1; Vâl. 3, 4, formule évidemment équivalente à celle des « sept prières ».
Cependant on comprend aisément qu'à un autre point de vue, et quand on voulait représenter l'unité essentielle d'un être à formes multiples en lui attribuant un seul corps, on lui ait donné pour tête la plus élevée de ses formes. Une conception de ce genre s'accordait bien avec des images telles que celles des vers X, 8, 6 et IX, 71, 1, qui nous montrent Agni élevant sa tête dans le ciel, et Soma prenant le nuage pour chevelure. Mais elle parait avoir eu en même temps une portée mystique analogue à celle que nous avons cru décou* Trir dafiis les formules précédemment étudiées. Au vers X, 79, 2, précédant immédiatement 1 un de ceux où nous avons relevé la formule a sein de la tromperie », il est dit que la tète d'Agni est cachée. L'idée de « tête » est combinée avec
i. Sur Cette expressioD, voir plas bas, p. 83 et note 4.
i» Et non de la • terre i, comme j'ayais traduit précédemment, 1, p. 116.
3. Je me décide pour cette interprétation snr laqueUe j^avais hésité, I, p*
BiROAiGNB. La Heiigion védique. 6
celle de « place de l'oiseau » au vers I, 164, 7 : « Qu'il parle, celui qui connaît la place cachée de ce bel oiseau ! Les vaches font couler leur lait de sa tête. » La « tête » de Toiseau semble là identique àla « place cachée » qui est à la fois celle de l'oiseau et de la vache, la forme supérieure du mâle étant confondue avec son séjour mystérieux par une sorte de métonymie analogue à celle que nous avons observée plus haut dans le passage de l'idée de « tête du monde, où séjourne Agni » à celle d' a Agni» tête du monde ». C'est ainsi encore qu'on dit de Soma qu'il a garde sa tête », IX, 68, 4, à peu près comme on dit d'Agni qu'il « garde la place de l'oiseau » , m 6, 6 et IV, 5,. 8. Le tour paradoxal des formules ne doit pas nous arrêter. Les poètes védiques, bien loin de l'éviter, le recherchent, surtout en pareille matière, et nous verrons plus bas la parole sacrée qui « enfante son père » accomplir ce miracle a dans la tête » de ce même père,X, 125, 7, c'està-dire toujours dans la partie la plus élevée et la plus mystérieuse de l'univers. Tous les êtres partent comme des branches de la tête d'Agni Vaiçvânara, VI, 7, 6. Les deux formules correspondantes « tête du taureau » et « tète de la vache » éveillent aussi l'idée du monde invisible aux vers I, 30, 19 et X, 46, 3. Dans le premier de ces vers la roue du char des Açvins placée sur la tête du taureau * est opposée à celle qui parcourt le ciel. Dans le second, nous lisons que Trita a découvert Agni sur la tête de la vache. La a tête du taureau » doit d'ailleurs différer peu de la « tête du cheval », cachée dans les montagnes, qui est rapprochée de la forme mystérieuse de la vache aux vers I, 84, 14 et 15, et qui semble bien considérée aux vers I, 163, 6 et 7, comme identique à la forme supérieure du cheval dans le séjour de la
vache *.
La forme supérieure de Soma est désignée uniquement par le mot « tête » aux vers I, 43, 9 et IX, 93, 3. Dans l'un, le Soma-tête est prié d'accueillir * les créatures dont il est le père et qui l'honorent Dans l'autre, nous voyons. les va-
1. C^ la roue inviaible du char de Sûryà, identique au char des Açrins, plus bas, troisième partie.
2 Cf. aussi la t tête de Bhaga i, X, 151, 1. Nous retrouverons encore la 4 tété du cheval » dans le mythe de Dadhyanc, faisant partie de la légende des Açvins (partie lH). La « tête du sacrifice », II, S, î; IX, 17, 6, pourrait être aussi la forme supérieure et cachée du sacrifice.
S. Il est prié de les accueillir « sur son nombril », ce nombril figurant le lieu de leur origine (voir I, p. 36).
chds a cuire » le Soma-tête, comme nous les avions vues toutirheure cuire le Soma à la tète du mondée
Cette formule bizarre <( les vaches cuisent le Soma» éveille
à k fois» ainsi que je Tai montré ailleurs ^, Tidée de Fof-
frande « cuite », c'est-à-dire prête à être offerte aux dieux,
et celle qui est exprimée 'dans une autre formule très usitée
< le lait cuit dans les vaches crues ^ ». Les a vaches crues »,
c'est-à-dire « froides », sont les nuits, les aurores ou les
nuées, et le a lait cuit » qu'elles renferment est Âgni ou
Soma représentant le soleil ou l'éclair *. Le « lait cuit », ou
plus simplement le « cuit » , est encore une représentation
du mâle caché que nous avons du reste déjà rencontrée au
yers X,79,3, avec le terme de « dormeur » et la formule
c sein de la tromperie » ou de la « trompeuse ».
En résumé, les éléments, soit mâles^ soit femelles, de la
i. Sar le yen I, 164, 28, où le mot « tête » désigne également la forme stpérieare da mâle, Toir pins bas, p. 89. 1 Mémoires de la Société de linguistique de Paris, IV, p. 138-1S9 et 116-117.
3. Ou simplement a le cuit dans les crues », VIII, 78, 7. Uidée de lait est formsUement exprimée aux vers I, 62, 9 ; 180, 3, celle de vaches aux vers I, 1W,3;1I, 40. 2; III, 30. 14; IV, S, 9; VI, 17, 6; 44,24; 72, 4. cf. VIII, 32,25.
4. La formule peut sans doute avoir un sens, appliquée aux vaches réelles, et en effet, le lait du sacrifice est appelé au vers X, 179, 3 c Toffrande coite dans le pis n. Je n*en crois pas moins qu'elle s'applique le plus souvent, ainsi que celle du lait « blanc, brillant, dans les vaches noires et dans les Taches rouges», I, 62, 9 ; IV, 3, 9, cf. VI, 72, 4; VIII, 82, 13, aux vaches mythiques. Sans parler de remploi du mot usriyày I, 180, 3 ; II, 40, 2 ; VI. 17, 6, qui renferme au moins une allusion aux vaches aurores (voir I, p. 816), j*ai fait remarquer (article cité. p. 117, note 2) que, non seulement notre formnle célèbre toujours Tœuvre d*un dieu mettant le lait cuit dans les vaches cniss, mais que dans presque tous ses emplois, ou bien elle trahit par quelque terme {pûntyam, 1, 180, 3, jâmaryena^ IV, 3, 9) son caractère mythique, ou bien elle figure dans des vers célébrant en même temps d'autres œuvres accomplies par les dieux dans le ciel, II, 40, 2; VI, 17, 6; VIII, 32, 25; 78, 7. Au vers III. 30, 14, le « cuit » que porte la vache c crue» est appelé « une grande lumière déposée dans ses entrailles ». Le « cuit > déposé dans les ▼aches reçoit au vers X, 106, 11, le nom de madhu (cf. IV, 3, 9), désignant apparemment la même liqueur à laquelle le vers III, 39, 6 donne des pieds •t des sabots, c*est'à-dire le Soma-cheval« Mais il y a mieux. Au vers X, ^1 10, c'est sous son propre nom que le Soma est placé dans les entrailles et dans le pis de la vache, et au vers X, 45, 3, nous voyons Agni « allumé dus Is pis » du ciel. D'autre part, le Soma est souvent considéré comme u lait, IX, 54, 1 ; 62, 20, et non seulement comme le lait de la plante, I, ^31, 3; V, 43, 4, mais comme un lait apporté du ciel, IX, 66, 30, comme le ^t de la vache céleste Aditi, IX, 96, 15, et Agni est comparé au lait, V, ^d« 4, st an beurre de la vache. IV, 1, 6; 10, 6, cf. ill, 26, 7. Mais le meilleur ^rguaent peut-être, en faveur de mon interprétation, est rexplication qu^elle fournit pour la formule a les forteresses crues », II, 35, 6. appliquée aux nseet qui renferment Téclair, et évidemment équivalente à celle des « vaches «*•• ». (Voir article cité p. 117.)
mythologie védique sont souvent, non seulement invisibles, mais placés dans un séjour situé lui-même au-delà des limites de l'univers visible. C'est ce qui explique, et lea formules concernant la femelle cachée, qui ont donné lieu à tout ce développement « En quel lieu la vache a-t-elle caché son pis? etc. », et celles que nous allons étudier maintenant, où figure le mâle caché, soit seul, soit en relation avec la femelle, également cachée.
La disparition du mâle est assimilée à une mort aux vers X, 55, 5 et I, 164, 32. Mais cette mort n'est qu'apparente, et, comme dit le vers X, 40, 10, celui qu'on pleure est vivant. Cet immortel, de même race que le mortel, est un vivant qui a fait le mort », I, 164, 30, c'est-à-dire, selon la description du même vers, « un être doué dn respiration et capable d'une course rapide, qui reste gisant, un être mobile qui s'immobilise au milieu des demeures ».
Plusieurs passages portent en termes exprès qu'Âgni se dérobe volontairement au désir des hommes ou même des dieux. Il le fait par malveillance au vers X, 124, 2, où il se retire dans le séjour mystérieux du père S en compagnie de Soma (vers 4), pour le quitter d'ailleurs ensuite en prenant, toujours volontairement, parti pour le dieu ami des hommes, Indra*. Il le fait par colère au vers V, 2, 8, où nous lisons qu'il a été découvert par le même Indra. Les sacrificateurs qui le trouvent aux vers I, 67, 3 et 4, sont sans doute des sacrificateurs célestes, et, en tout cas, ce sont les dieux mêmes que sa disparition a remplis d'effroi. L'hymne X, 51 est consacré tout entier à une discussion d'Agni, trouvé par Yama dans sa cachette (au milieu des eaux, 1 — 3\ avec les. dieux qui veulent faire de lui Tinstrument du sacrifice, le porteur des offrandes ^. C'est pour se soustraire à cette charge qu'il s'était enfui (6), et il ne l'accepte qu'à la condition que certaines offrandes lui appartiendront exclusivement (7 et 8). Nous trouvons là, sous la forme d'une légende analogue à celles qui se sont multipliées plus tard sur l'origine des rites, une nouvelle trace du mythe ancien / qui expliquait la disparition d'Âgni par la colère, ou tout au moins par le mauvais vouloir du dieu.
Quelquefois Agni semble, non seulement rester volontai-