Voir GrMsmaim, Waarierbuch
ces trois personnages par le nom d'un seul d*entre eux au pluriel. Mais nous renvoyons l'examen de ces faits compliqués à rétude spéciale que nous devons consacrer aux /?ibhus. Venons maintenant aux trois mondes. II y a un exemple à peu près certain de la désignation des trois mondes composant l'univers entier par le pluriel du nom du ciel. J'emprunte cet exemple au vers I, 35, 6, où il est dit que des «trois ciels », deux sont les « girons de Savitri », taniis que l'autre est dans le séjour de Yama et conquiert, c'est-à-dire reçoit les héros (après leur mort). Les deux girons de Savitri doivent être, par opposition au séjour des morts, les deux mondes qu'habitent les vivants^, les «races» que le vers précédent place également dans le giron (au singulier) de Savitri, c'est-à-dire le ciel, confondu avec l'atmosphère, et la terre, les deux parties de l'univers entre lesquelles marche ce dieu, ibid.y 9. Le troisième ciel, à la vérité, n'est plus une partie de l'univers visible, mais un séjour mystérieux. C'est une autre application de la triade, qui sera étudiée dans la deuxième section. Il n'en parait pas moins résulter de notre passage, qu'une formule telle que « les ciels » peut désigner on ensemble de trois mondes comprenant la terre. Dans TAtharva-Veda également, le troisième ciel « à partir d'ici», V, 4, 3, paraît bien être le plus élevé des trois mondes dont le plus bas est la terre. Il se pourrait enfin que, par les « trois ciels » que Narâçamsa égale en grandeur, l'auteur du vers II, 3, 2 du /?ig-Veda entendît en réalité les trois mondes, son intention étant évidemment de dire que le dieu est grand comme l'univers *.
1. Soit les hommes et les dieux, soit les êtres qui marchent et ceux qui Tolent.
2. Les di?i8ioD8 de la durée dennent lieu à des observations analogues. Si on compare le vers I, 72, 3, portant que les Angiras ont honoré Agni I pendant trois automnes », au vers I, liO, 4, oii il est dit d^autres sacriflca- (eon divinises, des /tibhus, qu^ils ont uni leurs prières « pendant Tannée », li paraîtra assez naturel d'inierpréter les trois u automnes » dans le sens de (trois saisons » composant une annép, ou au moins de rapporter aux trois divisions de l*année Torigine du nombre mythologique de trois années. Comme Tannée était divisée en trois saisons, le jour était divisé en trois parties, le matin, le midi et le soir, temps des trois pressurages du Soraa. De là la possibilité d^interpréter les trois aurores (voir 1, p. 314 et note 2* (Uns le sens de trois parties du jour. C'est ainsi que le duel ushasâ désigne Psnrore et la nuit (voir I, p. i48). Les trois jours et les trois nuits que les Açvtns emploienr au sauvetage de Bhujyu, I, 116, 4, ont pu n'être aussi à l'origine que les trois divisions du jour et trois divisions correspondantes de la naît, ou tout au moins le mythe des troiâ jours et des trois nuits parait avoir pour origine la division du jour et de la nuit en trois parties, à peu
De ces emplois du mot dyu « ciel », on peut rapprocher des emplois analogues du mot rajas qui désigne proprement le monde intermédiaire de Tatmosphère situé au-dessous du ciel, I, 62, 5. D'abord, on le trouve souvent au duel, IV, 42, 6 ; VI, 9, 1 ; 15, 9 ; VII, 80, 1 ; IX, 68, 3, et les deux rajas, le rajas du ciel, I, 110, 6, et le rajas terrestre, I, 81, 5; IX, 72, 8 ; X, 15, 2, que les vers I, 90, 7 ; VHI, 77, 5, opposent directement au ciel, cf. I, 154, 1 ; IV, 53, 3 ; IX, 107, 24, paraissent être, non, comme le veulent M. Roth et M. Grassmann, les deux parties. Tune supérieure, l'autre inférieure de Tatmosphère, mais bien les deux mondes du ciel, confondu avec l'atmosphère, et de la terre elle-même ^ Le duel rajasi se rencontre, non seulement dans des formules analogues à celles où figurent ordinairement les deux mondes, mais dans des passages où ceux-ci sont expressément désignés par le duel rodasî, I, 160, 4 ; IV, 42, 3, ou mieux encore par le double duel dyâvdprithivi, IV, 56, 3, et où il remplace ces termes en qualité de synonyme dans une seconde proposition. Or, de même qu'il y a un troisième ciel, il y a un rajas suprême, cf. III, 30, 2, opposé, tantôt, comme au vers VII, 99, 1, aux deux rajas j tantôt comme au vers IX, 22, 5, expressément aux «deux mondes», rodcuohj en sorte que le rapprochement de ces deux passages est un nouvel et décisif argument en faveur de ridentification des deux rajas avec le ciel et la terre. Le rajas suprême est le monde invisible, celui que Vishnu connaît seul, tandis que les deux autres sont aperçus «de la terre'», VII, 99, 1, ce qui est naturel, puisque l'un est la terre même, l'autre le ciel visible confondu avec Tatraosphère. Le « troisième rajas vi, IX, 74, 6; X, 45, 3; 123, 8, doit avoir la même signification.
Après les observations qu'on vient de lire, il peut ne pas sembler évident que les trois espaces désignés par le mot rocana, I, 149, 4; V, 81, 4; IX, 17, 5, même quand ce mot est accompagné de Tépithète divya «céleste», II, 27, 9,
près comme celui des trois ciels et des trois terres, que nons allons constater plus bas, a pour origine la division ternaire de Tunivers. La multiplication repétée deux fois a donné les neuf jours et les neuf nuits du supplice de Rebha, délivré également par les Açvins, I, 116, 2( (sur la dixième nuit et le dixième jour, voir la section suivante, p. lâS^ note 2).
i. Le vers X, 37, 3, cité par M. Grassmann, oppose, non pas les deux rajaSy mais les deux splend'^urs du soleil, cf. I, 115, 6.
2. Prithivydh, à Tablatif. Les « deux rajas de la terre » (Grassmann) ne représenteraient rien de connu.
V, 29, 1 , soient réellement trois divisions du ciel. Le pluriel de la location roeanam divyam H'aurait*il pas pu, comme oelai du mot dyu lui-même, désigner les trois mondes? Enfin un emploi analogue du mot pvithivi « terre » était-il impossible ? Ne comprendrait-on pas, à la rigueur, qu'au vers VII, 104, 11, où le poète demande que le démon soit préci pité au-dessous des « trois terres », le pluriel du mot « terre » désignât les trois mondes, et que ce mot eût été choisi dans cet exemple pour éveiller l'idée de profondeur, comme dans Texemple cité plus haut, où la grandeur de Narâçamsa est comparée à celle des «trois ciels », II, 3, 2, le mot «ciel» aurait été choisi pour éveiller l'idée de hauteur ?
Ainsi, de même que le duel d'un seul nom de monde peut désigner deux mondes différents opposés, le pluriel d'un pareil nom (la chose est prouvée au moins pour les mots djfu et rajas) peut désigner trois mondes différents et non trois divisions d'un même monde. Allons plus loin. Ne se pourrait-il pas aussi que, comme les duels, les pluriels des noms de mondes eussent été employés ensemble par pur pléonasme ? Si les duels dyâvâ et prilhivt^ par exemple, ont pu s'ajouter Tun à l'autre comme deux expressions équivalentes du couple « ciel et terre », la succession des pluriels dymib... aniarikshâvii,.. bhûmayah, VIU, 6, 15, est-elle une preuve formelle de la division effective de chacun des trois mondes en trois ou plus généralement en plusieurs parties ? n nous reste encore à faire une observation qui n'est pas sans importance. Le pléonasme peut être, dans l'emploi du dael, plus fort encore que je ne l'ai indiqué jusqu'ici. Au vers m, 8, 8, le double duel dyâvà-ksliâmà, exprimant deux fois le couple « ciel et terre », est encore suivi d'un synonyme du mot terre, soit au singulier, soit au duel, prithivtj anqael s'ajoute. le nom de l'atmosphère au singulier, antarikêham.
Remarquons aussi qu'à cette redondance s'opposent, dans d'autres passages, des énumérations incomplètes. Ainsi, aux vers 1, 154, 4 et VU, 5, 4, l'expression Iridhâiu désignant les trois mondes', est suivie dune énumération qui ne comprend que le ciel et la terre*. C'est peut-être un fait analogue que
1. Cf. IV, 4Î, 4. La choae est tout à fait certaine au vers VII, 5, 4, a cttie dn pluriel $acanta.
t. Au Yen I, 34, 7 (si le mot tridhdtu y a le même sens, et ne doit pas itre pris adTarbiaiement), elle est suivie du nom de la terre seule.
présente la formule deux fois répétée irishv à rocane dUvah, I, 105, 5 ; VIII, 58, 3, où la locution rocanam divah « espace du ciel», équivalente à rocanam divyam, est construite sxi singulier avec le nom de nombre trois; il ne faudrait pas voir là un emploi irrégulier du singulier pour le pluriel, mais une désignation générale des trois mondes par le nom de nombre, suivie du nom particulier d'un seul d'entre eax. Ces ébauches d enumération, restées inachevées, sont la contre-partie des énumérations pléonastiques. Pour en revenir à celles-ci, il ne viendra à personne Tidée de compter, dans le vers III, 8, 8, cité plus haut, six ou même sept mondes, non plus que d'en compter cinq dans les passages, II, 15, 2; X, 88, 3, où aux noms du ciel, de la terre et de Tatmosphère, pris au singulier, le poète ajoute encore le duel rodent « les deux mondes ».
Serait-il plus sage d'invoquer rénumération du vers IV,
53, 5, trir aniariksham tri rajâmsi. . . • triai rocand. . . .
tisro divah pcilhivîs tisrah, à Tappui dune division dé
Tunivers en quinze mondes ? Je ne le crois pas. Ce vers et tous les passages analogues S où Ténumération des mondes parait faite d'une manière plus ou moins capricieuse, peuvent s'expliquer tous' par un emploi pléonastique des sj^nonymes pareil à celui dont nous avons donné déjà divers exemples. Au vers IV, 53, 5, en particulier, le mot rocana peut être considéré comme un synonyme de dyu, et le mot rajas comme un synonyme de antariksha.
Ces dernières remarques n'avaient d'ailleurs pour objet que de prévenir l'objection qu'on aurait pu tirer de certains textes contre notre tentative de ramener à des lois simples la formation des nombres mythologiques et particulièrement de ceux qui expriment les divisions de l'univers. Elles ne tendent pas, non plus que celles qui les ont précédées sur la possibilité d'expliquer, par un pur pléonasme, l'accumulation des pluriels de différents noms de mondes, à écarter l'idée d'une multiplication effective du nombre des mondes. Qu'il faille ou non voir des exemples de cette multiplication dans plusieurs des passages déjà examinés (et je suis, pour mon compte, tout
4. Ils sont cités par M. Max MûUer dans Je premier volume de sa traduction du flig-Veda, p. 36 et 37. Voir en particulier V, 69, 1.
2. li se pourrait cependant qu'au vers X, 190, 3, le mot svar désignât^ après les trois mondes visibles du ciel, de la terre et de Tatmosphère, le monde invisible.
disposé â le faire), elle est mise hors de doute par ceux qui restent à citer, c'est-à-dire parles formules comme « les trois tsf^ces suprêmes yy, III, 56, 8, et «le triple firmament, le triple ciel du ciel», IX, 113, 9, qui ne peuvent désigner que trois mondes célestes ; ou par celle du vers I, 34, 8, qui oppose les w trois terres » au ciel ; enfin, et surtout, par les textes où intervient un nombre nouveau, produit delà mnltiplication.
Le nombre six est déjà donné par Taddition du nombre de « trois ciels » et de celui de « trois terres » , dans tel passage où ces formules sont, non seulement rapprochées, I, 102,8, mais réunies par la conjonction « et », II, 27, 8, ce qui met hors de doute la distinction effective des deux triades. Aux vers VII, 87, 5, où il est pareillement question de « trois ciels » et de «trois terres », Tépitbète shaàvidhânâhy « de six sortes » , doit être appliquée, non pas aux terres seules, mais aux six mondes dont trois sont des terres et les trois autres des ciels; elle équivaut à une addition des deux nombres. Les « six » fardeaux que porte le dieu célébré dans le vers III , 56, 2, ne diffèrent évidemment pas des « trois pères » et des «trois mères » que le vers I, 164, 10 nous montre également portés par un être unique , c'est-à-dire des trois ciels et des trois terres. Trois de ces six fardeaux, ceux qui sont placés « au-dessous » des autres, upai'âh, c'est-à-dire les trois terres, cf. Vil, 87, 5, sont représentés comme des « cavales arrêtées », dont deux sont invisibles et une seule visible. La représentation de la terre comme une cavale arrêtée par le dieu qui a organisé Tunivers se rencontre aussi ailleurs, X, 149, 1, cf. II, 15, 5. Elle est étendue ici aux trois terres dont une seule est visible, les deux autres étant apparemment sitoées au-dessous du soP. Ce sont encore les six mondes qui sont appelés au vers II, 13, 10, les six vishtir, c'est-à-dire les six régions «distinctes», et dans plusieurs passages, les six urvi. Le dernier mot est le féminin d'un adjectif uru, i large», devenu, comme son sjnonyme prilhivi, un nom de la terre. Il a pu, même dans ce second sens, et par une application nouvelle de l'usage signalé plus haut, devenir le nom, soit des deux mondes, VI, 10, 4 ; X, 12, 3 ; 88, 14. soit des six mondes, X, 128, 5. Il est dit au vers VI, 47, 3, qu'aucun être «n'est loin» de ces six mondes, c'est-à-dire qu'ils em-