‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 85 sur 417 · Ou des différents dieux. Voir la note précédente · texte numérisé non relu

Ou des différents dieux. Voir la note précédente

4. Les sept places d'Agni correspondent peut-être aux sept Umites tracées par les sages dont il est question au vers X, 5, 6. Celle des sept limites qui est seule franchie ou foulée par celui qui est a étroitement emprisonne m éveillerait asses naturellement Tidée de la terre, séjour et prison de l'homme.

Ainsi la relation des diverses heptadés mythologiques avec une division septénaire de Tunivers, suggérée par la comparaison de groupes analogues répondant, soit à la division binaire ou ternaire, soit aux quatre ou aux cinq points cardinaux, et directement confirmée par la teneur même de certaines formules telles que les sept, « places » de la nourriritare, les sept a races » et les sept « places » d'Âgni et les sept <( fonds » de l'océan, Test indirectement pour la plupart des autres par le rapport plus ou moins étroit qu'elles ont avec les premières : rapport des sept trésors avec les sept places delà nourriture ; rapport des sept rivières avec Tocéan à sept foods; rapport des sept prêtres et par suite des sept offrandes, des sept prières, etc., peut-être même des sept cavales du soleil avec les sept races et les sept places d'Agni. Ce n'est pas tout. Nous pouvons trouver encore à l'appui de notre interprétation, tant pour les sept prêtres que pour les sept rivières*, des arguments plus directs.

Déjà, dans la section précédente^ nous avons annoncé un nouvel exemple de la décomposition du nombre 7 en six unités correspondant aux trois ciels et aux trois terres, plus une unité correspondant à l'espace invisible, en ajoutant qu'il se rencontrait au vers 15 du même hymne I, 164, auquel nous avions emprunté déjà l'un des passages (vers 6) qui opposent le plus nettement aux six premiers mondes un monde supérieur et mystérieux. Or le nombre ainsi décomposé est précisément celui des sept Aishis : <( On dit que le septième de cenx qui sont nés ensemble est né seul, et que six seulement

t. PeaUétre même pour les sept cavales du soleil. Le vers VII, 66, 15 peut s'entendre en ce sens que les sept sœurs Harits traînent le soleil « de tête en tète », ou, ce qui reviendrait au même, qu'elles le traînent, lui qui est le maître «de toute tète». Le mot « tète » signifierait là « sommet », comme an vers X, 88, 16, et. 5, où il désigne le sommet de Tunivers. Les itivenes « tètes» seraient les sommets des différents mondes, et rappelleraient Us sept pentes (cf. latétedela montagne, YII, 70, 3), par lesquellesSoma B'élèTejusqu*auciel, IX, 54, 2, en même temps que les sept têtes, correspondant aux différents mondes, de Thymne, 'Yâi. 3,4, de la prière, X, 67, ^et généralement de tout être mythique à formes multiples, III, 5, 5. Les <leniiers rapprochements pourraient surtout servir à interpréter les formules V^ nous montrent Indra partageant ses dons (peut-être les sept rivières), < à chaque tête », YII, 18, 24, ou invoqué par a chaque tête i>, I, 132, 2. l'es divers emplois du mot çtrshan répété seraient ainsi expliqués par des figures qui, toutes bizarres qu*elles puissent paraître, ont l'avantage d*être des figures yédiques. On n*en pourrait affirmer autant de celle qui consisterait à prendre a tête i>, comme le fait M. Grassmann, dans le sens vulgaire d* c individu v. Ajoutons qu'au vers VIII, 61, 16, les sept a rênes » àvi soleil paraiasent conreapondre aux sept places de la nourriture*

des iliflhis fils des dieux sont jumeaux. i> Le iKshi qui est ne seul, et qui, d'après la seconde partie du même yers, est immobile, ne diffère sans doute pas du u septième frère » dont les ruses, màyd^ X, 99, 2, rappellent celles du méchant père, VI, 44, 22. Nous avons remarqué déjà que la notion du méchant père est mythologiquement équivalente à celle d'un frère atné, habitant comme lui le monde invisible. Bile se confond d'ailleurs avec celle du non«-né que nous avions rencontrée au vers 6 du même hymne I, 164. Les formules s'expliquent Tune par l'autre , et si la première suggère naturellement l'idée que les six Aishis de la seconde sont les /Kshis des six mondes, celle-ci achève de nous prouver que ce l'unique » mentionné dans la première après les six mondes est bien un « septième » monde. Ajoutons que les désirs a partagés » et a distincts » des six /tishis jumeaux sont sans doute leurs prières \ et que le « partage » de ces prières rappelle celui de la parole , distribuée en divers lieux, que le vers X, 71, 3 rapporte aux « sept chantres ».

Le vers X, 82, 2, oppose également un personnage unique à un groupe de Aishis, et le place « au-dessus d'eux ». Mais ce groupe est composé de sept * Aishis, et non plus seulement de six. C'est une application nouvelle du procédé de formation des nombres mythologiques par addition d'une unité. Quand le nombre sept, au lieu de se décomposer en six plus un, est pris lui-même, et c'est le cas le plus ordinaire, pour un nombre simple, il n'implique plus l'idée d'un monde invisible ni d'un personnage isolé de ses pareils dans ce séjour mystérieux. Le Aishi f^olitaire devient alors un huitième Aishi. Delà encore le <( huitième prêtre», objet de l'énigme du vers X, 114, 9: « Quel est celui qu'on appelle le huitième des prêtres ? » Ce n'est peut-être pas sans une allusion au même mythe qu'on oppose une huitième rêne aux sept rênes du sacrifice, II, 5, 2. En tout cas, je crois qu'au vers IX, 10, 7, 1' « unique » dont la place est remplie (?)

1 . Si même le mot ishia ne désigne pas directement leurs sacrifices {ishia de yaf?)

2. Le rapprochement des vers I, 164, 15 et X, 82, 2 suffirait pour écarter rinterprétation d'après laquelle les six Aishis du premier 'seraient les six saisons, le septième Aishi représentant le mois intercalaire, aussi bien que celle qui ferait déjà des sept Âishis ce qu'ils sont «n efl'et devenus plus tard, les sept étoiles de la Grande Ourse. Qu'on remarque particulièrement le commencement identique des seconds hémistiches, tesham ûAtdnt, et Topposition de vihitâ et de vidhâtd. Le rapport de deux formules ne saurait être plus étroit.

par les sacriflcateurs « aux sept sœurs » , c'est-à-dire « aux sept prières », autrement dit par les sept sacrificateurs, D'est pas différent de Y a unique » que le yers X^ 82, 2 place au-dessus des sept Aishis. Âgni est probablement identifié à la fois à ce huitième Aishi et au père mystérieux * dans le passage, III, 5, 5, où il est représenté « gardant sur son nombril ' celui qui a « sept têtes » . Celui qui a lept tètes est sans doute un personnage équivalent à lui seul an groupe des sept prêtres.

En suivant la série naturelle des nombres nous rencontrons, après les deux sacrificateurs divins, après les trois itibhus, après les cinq et les sept prêtres, après le huitième prêtre, deux autres groupes de sacrificateurs mythiques dont le rapprochement va nous offrir une application nouvelle de la loi de formation des nombres étudiée dans la deuxième section de ce chapitre. Le premier est celui des Navagvas dont le nom rappelle l'épithète saptagu « qui a sept vaches » donnée à Brihaspati, X, 47, 6. Les sept vaches de Brihaspati sont naturellement les sept prières, et si le nom des Navagvas signifie « qui a neuf vaches », ces neuf vaches ont dû représenter également neuf prières, ou les prières de neuf prêtres, comme les sept prières sont les prières des sept Aishis. M. Roth et M. Grassmann donnent directement au mot navagvale sens de « nonuple « ou « composé de neuf». Voilà donc en tout cas un groupe de neuf prêtres dont il faut immédiatement rapprocher un groupe de dix prêtres désignés par le mot daçagva, et appelés au vers IIl^ 39, 5, par une sorte de pléonasme, les dix Daçagvas. Les Navagvas et les Daçagvas sont, comme les Ângiras, auxquels ils semblent quelquefois identifiés, X, 108, 8, cf., 62, 6, d'anciens sacrificateurs, ancêtres des hommes, VI, 22, 2; X, 14, 6, qui ont les premiers offert le sacrifice, II, 34, 12, et accompli les diverses œuvres mythologiques dont il est l'instrument, V, 45, 7 et 11 ; X, 61, 10 (et passim). Mais il est remarquable <iae le nom de daçagva ne soit employé seul que deux fois, n, 34, 12 ; VIII, 12, 2, et figure dans cinq autres passages, I, 62, 4; m, 39, 5; IV, 51, 4; V, 29, 12; X, 62, 6, à côté de celui de navagva^ qui est de plus employé seul iidnf fois. Ce serait déjà une raison de croire que le mythe des Daçagvas n'est qu'une dérivation du mythe des

i. Voir pluB haut, p. 107.

2. /6tU, p. iOl. Cf. aussi Soma « tête » et son c nombril v, I, 43, 9.

BiEOAiom, ia Religion védique, II. 10

Navagvas. Et 6q effet le nombre neuf est celai des mondes dans la division de l'univers en trois ciels, trois atmosphères et trois terres, et le nombre dix a pu en. être formé par addition d'une unité.

Pour en revenir aux sept prêtres, la répartition dans des séjours divers de ces personnages a qui ont distribué la parole en divers lieux »,X, 71, 3^ n'est peut-être nulle part mieux indiquée qu'au vers X, 64, 5. Il y est dit d'Aryaman qu'il a sept sacrificateurs (ou peut-être qu'il résume dans son unité le groupe des sept sacrificateurs) ^ a dans les difiTérentes races »«

En regard du « septième » prêtre, on peut placer la rivière céleste Sarasvatî, quand elle est également appelée a sep* tième », en même temps que mère des rivières, YII, 36, 6. Il semble bien que la septième rivière, comme le septième prêtre, appartient à un septième monde, à un monde suprême, opposé aux trois terres et aux trois ciels*.

1. Saptahotri. Cf. répithète saptasvasri donnée à Sarasvatî, ci-dessous, p. 147.

2. La formation du nombre de qaatre-vingt-dix-neuf rivières n*6st pas sans quelque analogie avec cette formation ou cette décomposition du nombre sept, et généralement avec la formation d^un nombre quelconque par addition d'une unité. Elle y peut être rattachée par Tintermédiaire d*une multiplication par dix. Le nombre 99 serait formé par Taddition, non plus d*une unité, mais d'une ennéade à dix ennéades , Tennéade primitive étant donnée par la division de Tunivers en neuf mondes. En fait, nous voyons le nombre 90 alterner avec le nombre 99, et tous les deux s'appliquer à des rivières dont le nombre est ailleurs fixé à sept, je veux dire & celles qui sont & la fois le théâtre et le prix des victoires ordinaires d'Indra sur les démons. Ces êtres malfaisants qui retiennent les 90, I, 80, 8; 421, 13 et les 99 rivières, 1, 32, 14; X, 104, 8, dans 90, 1,130, 7; III, 12, 6, ou 99 forteresses, 1, 54, 6; II, 19, 6; IV, 26, 3; VII, 99, 5; VIII, 82. 2; IX, 61, 1, sont eux-mômes au nombre de 99 dans les vers I, 84, 13; X, 49^ 8, comme ils sont ailleurs au nombre de sept, ou bien le groupe se condense en un seul personnage à 99 bras, II, 14, 4, en un démon Çambara qui a 99 corps, deht, cf. deha, VI, 47, 2, en un serpent à 99 replis, V, 29, 6. Le nombre 99 une fois consacré, comme le nombre 7, forme à son tour, par addition d*uae unité, le nombre cent, d'où les cent forteresses, I, 63, 8; VI, 31, 4, renfermant sans doute autant de rivières prisonnières : au vers VII, 19, 6, la centième paraît formellement opposée aux 99 premières. A propos de ces 99 rivières, remarquons qua le nombre de 33 dieux, III, 6, 9 ; VIII, 28, 1 ; 30, S, semble formé de la même manière par addition d'une triade à dix triades, la triade primitive étant donnée par la division de l'univers en trois mondes. Il est vrai qu'aux vers I, 34, 11 ; VIII, 35, 3 ; 39, 9; IX, 92, 4 ; Vâl. 9, 2, les 33 dieux forment trois onzaines. Mais je ne puis voir là qu'une répartition secondaire du nombre 33 entre les trois mondes, I, 139,11. Il n'y a dans le /iig-Veda aucun autre exemple de l'attribution d'une valeur mythique au nombre onze, et l'analogie des nombres 33 et 99 est trop grande pour qu'on puisse songer à les expliquer de deux manières différentes. En fait, le nombriB 30 de dieux, s'il ne se rencontre pas dans les hymnes, a été conservé dans

DaDsThymne VI, 61, consacré en entier à Sarasvatî, entre levers 10 où elle reçoit l'épithète «ajo^o^o^ri « embrassant, reofermant les sept sœurs », et le vers 12 qui l'appelle « septuple » et lui attribue trois séjours, il est dit au vers 11 qu'elle remplitles espaces terrestres, l'atmosphère, et unmonde appelé rajas qui pourrait bien ici, comme en plusieurs autres passages, désigner le ciel ou même le monde invisible ^ On voit tout au moins par ce passage que la a septuple » Sarasvatî n'est pas une rivière purement terrestre. Il va d'ailleurs nous fournir l'occasion de deux nouvelles séries de remarques.

La première se rattachera à l'idée d'une Sarasvatî « septuple B ou <c embrassant les sept sœurs ». Ces sept sœurs sûût naturellement les sept rivières. Il ne sera pas sans intérêt de remarquer à ce propos que la plupart des groupes d'êtres ou d'objets mythiques peuvent ainsi se réduire à un seol être ou objet à formes multiples qui résume le groupe dans son unité. Les éléments de chaque groupe se trouvent ainsi ramenés à autant de manifestations d'un principe unique, et la multiplicité de ces manifestations ne saurait mieux s'expliquer, dans le système général de la mythologie védique, que par la multiplicité des mondes. C'est ainsi que nous avons va déjà les Jlishis parler tour à tour de trois mâles ou de trois femelles, et d'un mâle ou d'une femelle qui a trois formes, trois membres, etc.

De même, les sept prières ne sont que sept formes de la prière qui, considérée à la fois dans son unité et dans ses différentes manifestations, devient la prière ou l'hymne à sept têtes, X, 67, 1 ; Yâl. 3, 4. Ces sept têtes rappellent les trois têtes d'Agni, I, 146> 1, et de Soma, IX, 73, 1, correspondant aux trois mondes. L'idée qui a donné naissance au mythe des sept prêtres a aussi trouvé une expression équivalente dans un personnage unique à sept bouches, IV, 50, 4 ; 51, 4, a sept vaches, X, 47, 6, ou à sept rênes, IV, 50, 4, qui

na nom classique des dieux, tridaça, qu*on regarde comme un substitut du nombre trente-trois, mais qui signifie en réalité trenle. Aux vers III, 9, 9 et ^ Sî, 6, il est question de 3,339 dieux. Ce nombre paraît 8*étre formé par l'addition successiTO de mille, cent, dix triades, et, caprice bizarre, d'une ^Baêade au lieu de la triade finale. Une formation plus intéressante est celle da nombre 34, par addition d*une unité au nombre 38, rappelant l'addition d'une unité au nombre 99. Nous avons déjà expliqué ainsi les 34 côtes du d^«val du sacrifice en les rapprochant des 34 splendeurs d'un dieu unique qù parait être Soma (I, p. 271-272).

I. Voir plus haut, le troisième rt^fas et le rufas suprême, p. 118.

aux vers IV, 50, 4 et X, 47, 6, u'esi autre que Brihaspati lui-même. Les sept yaches du maître de la prière sont naturellement les sept prières sortant de ses sept bouches, et ses sept rênes lui servent apparemment i conduire le char du sacrifice septuple. Chacun des groupes de neuf et de dix prêtres désignés par les noms de Navagvas et de Daçagvas peut également se fondre en un personnage unique du même nom, le Navagva, IV, 51, 4; IX, 108, 4; X, 62, 6, ou le Daçagva, IV, 51 , 4 ; VHI, 12, 2 ; X, 62, 6.

Les Aishis combinent aussi l'idée de Tunité d'un même élément et celle de ses rapports avec les différents mondes en donnant par exemple à un seul mâle deux et trois mères, deux et trois épouses. Ici encore, aux emplois des nombres deux et trois, nous pouvons comparer des emplois analogues du nombre sept. Agni, honoré à lui seul par les sept sacrificateurs, VIII, 49, 16 \ est le fœtus nniqiLe des sept chants, III, 1, 6.

Dans la conception d^un Brihaspati à sept bouches ou à sept vaches, les deux idées de l'unité du principe et de la multiplicité de ses manifestations étaient exprimées, la première par Tunité du prêtre, la seconde par la multiplicité des prières. C'est au contraire la prière qui est une et le personnage du prêtre qui est multiple au vers VIII, 61, 7, si les sept qui traient une seule femelle sont, comme il est vraisemblable, les sept prêtres répandant les bienfaits de la prière.

Mais dans le même passage de l'hymne VI, 61, qui vient de donner lieu à une première série d'observations de nature à confirmer notre interprétation du nombre sept, Sarasvati, avec l'épithète saptadhâtu « septuple », recevait encore celle de irishadhasthâ « qui a trois séjours ». Si ces trois séjours sont les trois mondes du ciel, de la terre et de l'atmosphère, dont deux au moins figurent en effet au vers précédent comme « remplis » par Sarasvatî, n'y a-t-il pas quelque difficulté à admettre que, dans le même vers, l'épithète <c septuple n renferme une allusion à la présence de Sarasvatî dans sept mondes distincts? L'emploi simultané, et à ce qu'il semble indifférent, des nombres trois et sept n'est-il pas une objection contre notre tentative d'attribuer à chacun de ces nombres une signification déterminée ? Je ne le crois pas. Le

1. On pourrait être tenté d*expliquer de même le vers IX, 10, 7, consacré à Soma. Voir cependant plus haut, p. 144-145.

rapprochement de deux ou de plusieurs nombres mythologiques dans une même formule, comme Tusage analogue qui en est fait dans des formules distinctes, ne prouve qu'une chose^ leur parfaite équivalence. Mais cette équivalence est ellemême entièrement conforme à notre théorie. Les divers nombres que nous avons vus employés les uns pour les autres, parce qu'ils expriment tous, dans différents systèmes de division, la somme des parties de Tunivers, ont pu, pour la même raison, être employés, par une sorte de pléonasme, les uns à côté des autres. Et, en effet, ils l'ont été souvent.

Après la formule relative aux sept formes et aux trois séjours de la rivière par excellence, qui de plus « fait prospérer les cinq races d, VI, 61, 12^ nous citerons celle qui donne « sept tètes » à l'hymne « triple », Vâl. 3, 4, et celle qui mentionne on « quatrième » hymne en même temps qu'une prière « à sept têtes », X, 67, 1. Le quatrième hymne peut être la forme suprême de la prière. Ce serait un nouvel exemple de la formation du nombre quatre par addition d'une unité au nombre trois.

Le sacrifice est <c triple », il a « cinq voies » et « sept chaînes (d'étoffe) », X, 52, 4 ; 124, 1 .

Les cinq voies et les sept chaînes du sacrifice correspondent aux cinqadhvarytu et aux sept viprasy également rapprochés au vers lU, 7, 7. Au vers III, 4, 7, ce sont les deux sacrificateurs divins qui figurent à côté de sept chevaux représentant les sept prêtres. Les sept prêtres sont aussi rapprochés des Na- Tagvas, VI, 22, 2, ou même à la fois des Navagvas et des Daçag^ vas, 1,62, 4, c'est-à-dire des neuf et des dix prêtres. Les personnages du Navagva et du Daçagva qui peuvent, comme nous Tavons dit, se substituer à ces derniers groupes, figurent de même, au vers IV, 51, 4, à côté de celui qui a sept bouches, c'est-à-dire à côté d'un personnage identifié ailleurs à Brihaspati et remplaçant les sept prêtres'.

Les prêtres mythiques sont considérés tour à tour comme les fils ou comme les formes multiples du prêtre par excellence, d'Agni. C'est Agni qui, au vers I, 164, 1, est appelé le « chef de tribu qui a sept fils ». Mais <lans le même vers, à côté de ces sept fils, on voit figurer trois

K Cf. au vers X, 104, S, le rapprochement des a sept eaux » et des ^ riTières (et au Ters X, 49, S, celui des 7 et des 99 ennemis d'Indra).

9. Les groupes de sept, huit, neuf et dix héros du vers X, 27, 15 sont P^Qt-étre aussi des groupes de prêtres.

frères qui ne sont pareillement que trois formes d*un élément unique, le feu. Les nombres trois et sept sont encore rapprochés au vers VIII, 39, 8, où Agni reçoit à la fois Tépithète iripaslya a qui a trois demeures » et celle de sapiamànuiha <x honoré par les sept races » \ et au vers I, 146, 1, qui lui attribue tout ensemble trois têtes et sept rênes '.

La figure des rênes nous rappelle l'assimilation du sacrifice à un char. C'est ainsi encore qu'on attelle Soma a un char à trois fonds avec les sept prières des Aishis, IX, 62, 17. Au vers II, 18, 1, le char qui représente le sacrifice a trois fouets, sept rênes, et çvoire jougs *.

Au vers 12 de l'hymne I, 164, le «père» qui a douze formes correspondant aux douze mois de Tannée, et cinq pieds correspondant aux cinq points cardinaux, a de plus sept roues et six rajons ^. Nous retrouvons là les nombres six et sept rapprochés dans le même hymne dont les vers 6 et 15 nous ont servi à établir la formation mythologique du second de ces nombres par addition d'une unité représentant l'espace invisible à la somme des trois terres et des trois ciels. Le « père » à sept roues et à six rayons équivaut sans doute à lui seul aux six Aishis et au septième Aishi du vers 15 ^.

Signalons encore^ au vers Y, 35, 2, la mention successive de quatre, de trois et de cinq races. Les trois races doivent correspondre aux trois mondes qui figurent ailleurs sous le nom de parâvata\i, à côté des cinq races, VIII, 32, 22.

Quelquefois, en effet, l'un des nombres rapprochés est donné comme un nombre de divisions de l'espace, ou même expressément comme un nombre de mondes. Agni, qui a deux naissances, s'élève au-dessus des trois ciels, I, 149, 4. Les deux sacrificateurs divins sacrifient sur les trois « plateaux», dont l'un est le « nombril de la terre », II, 3, 7 •. Les sept chants pénètrent dans les deux « mères », III, 7, 1, c'està-dire dans les deux mondes du ciel et de la terre. Les dieux sont priés d'accorder leur protection « selon les sept lois », des différents séjours correspondant aux trois pas de Vishnu,

1 . Liltéralement « par les sept races humaines » Voir plus haut, p. 140.

2. Les épithëtes « à trois têtes n et » à sept rênes » sont données au vers X, 8, 8 à une sorte de démon plus ou moins confondu avec Agni caché.

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