‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 17 sur 81 · On lui donne d’ailleurs aussi mille yeux, I · texte numérisé non relu

On lui donne d’ailleurs aussi mille yeux, I

2. Cf. aussi les passages où il est dit qu’Agni protège des quatre côtés de l’horizon, comme X, 87, 20 et 21.

3. Le mot r itu figure bien dans une foule de locutions qui impliquent la régularité du sacrifice, et dans la dénomination la plus générale des prêtres, r itv-ij, « qui sacrifie selon le r itu » ; mais il ne signifie pas nécessairement « saison » et peut se prendre simplement dans le sens de « temps déterminé. »

4. On pourrait être tenté d’en chercher une au vers I, 9, 1, dans . le composé soma-parvabhih. Sur l’emploi du mot soma dans le sens de « lune », voir la section suivante.

nouvelle lune, ce qui n’est pas d'ailleurs une raison de douter de l’antiquité de ces rites. En revanche, la mention simultanée du sacrifice du matin et de celui du soir est fréquente ; il suffira d’en citer quelques cas dans les hymnes à Agni,

IV, 2, 8; 12, 2; VII, 15, 8 et 15. Ailleurs nous lisons qu’Agni reçoit sa nourriture trois fois le jour, IV, 12, 1 ; cf. I, 140, 2, et que trois fois aussi il récompense l’homme par ses bienfaits, VII, 11, 3 h Le temps des trois sacrifices de la journée est exactement déterminé dans un grand nombre de passages où l’énumération du lever du jour, de l’heure de midi et du coucher du soleil constitue une véritable formule,

V, 69, 3 ; 76, 3 ; VII, 41, 4 ; VIII, 1, 29 ; 27, 19 et 21 ; X, 151, 5.

Cette correspondance des cérémonies du culte avec les étapes de la course diurne du soleil, toute naturelle qu’elle peut paraître, prend une importance particulière après ce qui a été dit de l’identité du feu du sacrifice avec les feux célestes, et particulièrement avec l’astre du jour1 2. Remarquons à ce propos le rite du transport du feu, indiqué en différents passages, IV, 9, 3 ; 15, 1 ; cf. IV, 6, 4 et 5 ; 15, 2 et 3, par une expression qui implique l’idée d’une marche circulaire ; cette marche n’est peut-être aussi qu’une imitation du cours du soleil 3.

Mais le point qui doit ici arrêter surtout notre attention, et qui la retiendra même assez longtemps, est l’origine céleste des sacrificateurs, je dis des hommes qui accomplissent le sacrifice, et des hommes en général. Cette origine céleste peut être entendue, et l'était en réalité, de différentes manières.

C’est du ciel, en effet, que les prêtres mêmes dont nous lisons les hymnes, et les sacrifiants qui empruntaient leur secours, attendaient une postérité. Or, la signification des prières par lesquelles ils implorent de leurs dieux « des enfants mâles », est tout autre dans ce culte dont la base reste

1. Nous verrons que le Soma est aussi pressé trois fois dans la même journée.

2. Il y est, peut-être fait allusion dans ce passage d’un hymne à Agni, X 53 6 : « Tendant le fil (accomplissant le sacrifice), suis la lumière de l’atmosphère. »

3. Le mouvement qu’au vers I, 31, 4 on lui imprime en avant et en arrière, et qu’on explique comme n’ayant d’aut.r’e objet que d’activer la flamme, serait-il une reproduction des deux voyages en sens inverse du soleil (cf. P. 7 ?

purement naturaliste, qu'elle ne serait dans une religion plus spiritualiste, ou seulement plus altérée par l’obscurcissement des mythes. Les eaux delà pluie, c’est-à-dire l’élément dont l’origine céleste ne peut être révoquée en doute et a formé, selon toute vraisemblance, le point de départ du système entier, les eaux de la pluie n’apportent pas seulement le feu dans les plantes ; elles y introduisent les sucs nourriciers qui passent de là dans le corps des animaux, et aussi, directement ou indirectement, dans celui des hommes. La conséquence était facile à tirer. Les hommes n’avaient pas besoin de formuler d’une manière scientifique l’assimilation des fonctions reproductives aux fonctions nutritives, pour croire qu'ils tiraient de leurs aliments, et par suite de la pluie qui les leur procurait, le sang qu'ils transmettaient à leur postérité. Le vers célèbre de la Bhagavad-Gità 1 : « Les êtres naissent de la nourriture, la nourriture nait du nuage », n’est qu’un écho de la pensée védique qu’on est, il est vrai, étonné de trouver si fidèle et si distinct au milieu du fatras philosophique qui l’accompagne. D'ailleurs, un mythe familier favorisait singulièrement la même croyance : c’était celui du sperme, tombant du nuage assimilé, ainsi que nous l'avons dit déjà, à un taureau. Il parait légitime de chercher une allusion à ce mythe dans les formules très-usitées qui implorent des dieux, et particulièrement de Tvashtrr, la semence, une semence merveilleuse.

Le sperme qui tombe du nuage est la pluie sans doute, mais la pluie considérée surtout comme renfermant un élément mâle, s’il n’est pas plutôt cet élément mâle lui-même, c’està-dire, comme on l’a vu déjà, le feu. Ce feu est entré dans la plante en même temps que les sucs nourriciers; il est passé avec eux dans le corps de l'homme et de là dans celui de ses enfants. Il pouvait donc, même dans cet ordre d’idées, être tenu pour le vrai principe de la vie, dont la pluie n’était en quelque sorte que l’enveloppe et le véhicule, et ce principe descendait toujours du ciel.

Or l’idée d'un principe igné était la première solution du problème de la vie qui dût se présenter à l’esprit des hommes primitifs. L’observation du refroidissement des cadavres suffisait pour la leur suggérer. Et en effet le vers X, 5, 1, en

1. Ou est exprimée en même temps la croyance à l'efficacité intrinsèque du sacrifice, Bh. G. III, 14, cf. 10.

Page 1