Ascète qui observe la loi du silence
3. Il ne semble pas impossible que le personnage qui parle à la première personne dans les hymnes IV, 26 et 27, eu s’attribuant des transformations et des exploits dont la réunion ne peut, comme nous le verrons, convenir qu’à Agni ou à Soma, soit l’auteur meme de l’hymne. — Voyez encore le vers X, 120, 9, constatant que l’Atharvan Brihaddiva s'est identifie lui-mênn à Indra.
Les deux explications proposées peuvent, semble-t-il, se soutenir toutes les deux. Peut-être même, dans les cas particuliers, répondraient-elles tour à tour à la réalité. Quoi qu’il en soit, on ne peut nier que certains noms, Vasislhha par exemple, semblent appartenir davantage au domaine de l’histoire, d’autres au contraire, comme Angiras et Bhrigu, à celui de la mythologie. Nous ne pouvions passer la question sous silence; mais après l’avoir ainsi posée une fois, sans d’ailleurs la résoudre, nous n’y reviendrons plus. Simples mythes transformés en personnages historiques, ou personnages historiques défigurés par la mythologie, les ancêtres offrent en tout cas dans leur légende des traits qui appartiennent à Agni1. Dans cette mesure, ils représentent Agni, et figureront en cette qualité dans nos analyses. Le plus grand nombre sera plus commodément étudié dans la seconde partie consacrée à Indra, et surtout dans le chapitre de la troisième partie consacré aux Açvins. Nous nous bornerons ici à en citer quelques-uns. On verra d’ailleurs qu’ils peuvent être identifiés au feu sous ses diverses formes. Nous avons dit déjà que Vasishiha l’est à l'éclair, VII, 33, 10, et le vers IY, 26, 1, sur lequel nous reviendrons plus tard, introduit, quel que soit le personnage qui parle, la mention du soleil dans une série de transformations comprenant la forme de rishi, IV, 26, 1 : « J’ai été Manu et le soleil, je suis le rishi, le prêtre Kakshîvat, etc. » Il n’en est pas moins vrai que, comme prêtres et maîtres de maison, les ancêtres représentent avant tout le feu du sacrifice.
Le premier nom d’ancêtre sous lequel nous rechercherons le personnage du feu est celui d’angiras. Ce nom est donné à Agni dans un grand nombre de passages, I, 1,6; 74, 5; IV, 3, 15 ; 9, 7; V, 8, 4 ; 10, 7; 21, 1 ; VI, 2, 10 ; 16, 11 ; VIII, 49, 2; 63, 11; 64, 5; 73, 4; 91, 17. Au pluriel il désigne tout un groupe de prêtres ; mais par comparaison avec ce groupe, Agni reçoit l’épithète angiraslama « le plus Angiras, l’Angiras par excellence», I, 75, 2; VIII, 23, 10; 43, 18 et 27; 44, 8, expliquée par les qualifications de premier rishi Awgiras, I, 31, l2, de prêtre (inspiré, vipra) le plus inspiré desAngiras, VI,' 11,3, également appliquées à Agni, en sorte que celle d’an-
1. Et d’autres que, comme nous le verrons, ils semblent avoir empruntés plutôt à Soma.
2. Le vers suivant I, 31, 2 appelle Agni, par un véritable pléonasme, le premier le plus Aragiras.
tique Angiras au vers X, 92, 15 peut être regardée comme une désignation suffisante du feu. Or le premier des Angiras pourrait naturellement passer pour le père des Angiras, lors même qu'il ne serait pas dit expressément, aux vers X, 62, 5 et 6, que les Angiras sont fils d’Agni, qu’ils sont nés de lui.
Même en tant qu’opposé au groupe des Angiras, l’Agni nommé Angiras peut, comme nous l’avons vu par la formule du vers I, 31, 1 : « Tu es, ô Agni, le premier rishi Angiras », retenir le caractère de prêtre. Mais il peut n ’être aussi que l’élément que les Angiras, comme prêtres du feu, ont trouvé caché dans le bois, V, 11, C: « Les Angiras, ô Agni, t’ont trouvé caché, retiré dans les différents morceaux de bois ; tu nais par une friction opérée avec une grande force ; on t’appelle le fils de la force, ô Angiras. » D’un autre côté il arrive que le nom d’ Angiras, même au singulier, par exemple sous la forme angira au vers IV, 51, 4, et l’expression « antique Angiras » elle-même, dans une énumération d’ancêtres déjà citée, I, 139, 9, ne désignent plus qu’un ancien prêtre, sans allusion directe à Agni. J’interprète de même le mot dans le composé angirasval 1 « comme Angiras » ou « comme chez Angiras, » en sorte que les vers I, 78, 3; VIII, 43, 13: « Noust’invoquons, (ô Agni,) comme autrefois Angiras, » etle vers I, 45, 3 : « Ecoute notre invocation comme tu as écouté celle d’ Angiras », nous montrent Agni en tant que dieu, distingué d’Angiras entant qu’ancien prêtre. Il y a plus, et le même mot désigne successivement l’ancêtre et Agni, distingués l’un de l’autre, dans un seul et même vers, I, 31, 17 : « Vienschez nous, comme autrefois chez Angiras, ô Angiras. » Il faut nous habituer à ces conséquences de l’équivoque impliquée par les noms qui désignent à la fois Agni et un chef de race, tantôt confondus et tantôt distingués. Nous retrouverons d’ailleurs plusieurs fois dans le cours de cette exposition le groupe*des Angiras.
Au nom d’Angiras est étroitement associé dans la tradition brahmanique celui d ’atharvan. Les deux noms réunis en un composé a th arvû ngirasah, littéralement les Atharvans et les Angiras, désignent le quatrième Veda, plus connu sous le nom
1. On pourrait aussi dans le composé donner au thème du mot la valeur d’un pluriel * comme chez les Awgiras », mais ceux des passages cités qui renferment des énumérations comme le vers I, 139, 9, peuvent être légitimement interprétés d’après ce deimier. — Le même composé se retrouve dans des vers adressés à Indra et Agni, VIII, 40, 12, et aux Maruts, VI, 49, 11.
d’Atharva-Veda. Dans le /?ig-Veda, nous les voyons déjà rapprochés, également au pluriel, dans une énumération des pitris ou ancêtres delà race, X, 14, 6. D’ailleurs, quelle que soit l’antiquité du lien particulier qui s’est établi entre les deux noms, il ne saurait être douteux que celui d’Atharvan ne soit dans un rapport très-étroit avec l’idée du feu1. On doit croire à la vérité, d’après le sens qu’il a presque sous la même forme (atharvan) dans la langue zende, et d’après son étymologie très-claire dans cette langue (de âtar « feu » et du suffixe possessif van), qu’il n’a pas désigné primitivement l’élément, mais déjà le prêtre du feu. Cependant il faut remarquer en même temps qu’il n’est resté employé que comme nom propre dans la littérature brahmanique et, si je ne me trompe, aussi dans le /Îig-Yeda2. Il désigne un ancêtre auquel on donne pour fils Dadhyanc, personnage entièrement mythologique, ainsi que nous le verrons en étudiant la légende des Açvins, I, 116, 12; 117, 22; YI, 16, 14. Il figure dans des énumérations d’anciens prêtres, I, 80, 16, et de protégés d’Indra, X, 48, 2. Enfin on lui attribue l’honneur d’avoir accompli le premier parle sacrifice certaines œuvres dont nous parlerons plus loin, ce qui équivaut à faire de lui le premier sacrificateur, I, 83, 5; X, 92, 10. Or l’analogie d’Awgiras et des autres anciens prêtres, identifiés à Agni, dont nous étudierons les légendes ci-après et dans tout le cours du livre, doit nous porter à croire que le mut atharvan n’est pas passé directement du sens abstrait de prêtre du feu à la désignation d’un ancêtre de la race, mais qu’il n’a pris cette dernière acception qu’après être devenu un nom d’Agni considéré comme prêtre. En fait, de l’aveu de MM. Roth et Grassmann, il désigne Agni au vers VIII, 9, 7. D'après l’observation déjà faite à propos d’Angiras, l’identité primitive d’Atharvan avec Agni n’aurait point fait obstacle à ce qu’il fut présenté aux vers YI,
1. Cf. l’épithète atharyu donnée à Agni, VII, 1, I, et le mot athari qui paraît désigner la flamme au vers IV, 6, 8.
2. Il parait désigner, il est vrai, au vers VI, 47, 24 des prêtres actuellement existants. Mais !a mention des Atharvans au nombre des pitris dans le vers X, 14, 6, permet de croire qu’une famille de prêtres a pu en effet porter ce nom. Il n’y a pas non plus de raison pour rejeter, en ce qui concerne l’Atharvan Brihaddiva, X,120, 9, la donnée de l’Anukramanî qui en fait un .dtharvana. Au vers IX, 11. 2, les Atharvans peuvent être pris pour d'anciens sacrificateurs, ici présentés d’ailleurs, non comme allumant le feu, mais comme préparant le Soma. Sur l’emploi du mot atharvan au vers VIII. 9, 7, voir plus bas.
Bergajgne, Religion védique.
16, 13; X, 21, 5, comme allumant le feu. La même contradiction apparente se retrouve, avec allusion à l’antiquité d’Atharvan, au vers X, 87, 12 où on prie Agni de détruire l’ennemi comme chez Atharvan, et au vers YI, 15, 17 où il est dit que les prêtres produisent le feu par le frottement comme Atharvan.
Le mot vasishtha, superlatif de vasu, signifiant « le meilleur » ou peut-être « le Vasu1 par excellence », est appliqué comme épithète à Agni, aux vers II, 9, 1 et VII, 1, 8. Je crois qu’il désigne Agni au vers VII, 73, 3 où ce dieu n’est pas nommé, cf. 2. Il paraît remplacer, au vers X, 95, 17, le nom de Purûravas, dont l’identité primitive avec Agni sera directement démontrée ailleurs2. Enfin, il est le nom de l’ancêtre des Vasishfiias, famille sacerdotale à laquelle la tradition attribue, outre quelques courts fragments, tous les hymnes du septième mandata, et dont 1a mention se rencontre en effet souvent dans ces hymnes. Les Vasishfhas sont d’ailleurs, tantôt les membres actuels de 1a famille, comme le prouve, aux vers VII, 12, 3; 23, 6; 76, 6 et 7 ; 77, 6, l’emploi d’un verbe au présent, et au vers VII, 39, 7, celui d’un verbe à l’impératif, et surtout aux vers VII, 7, 7 ; 37, 4; 90, 7, celui d’un verbe à 1a première personne, — tantôt les ancêtres de cette famille. A cet égard, le seul emploi d'un verbe au passé ne serait pas décisif, VII, 80, 1 ; X, 66, 14; 122, 8; mais les Vasishfhas sont expressément ranges parmi les pitî'is au vers X, 15, 8, et invoqués, en cette qualité, dans toute 1a première partie de l’hymne VII, 33 (de 1 à 9). De même, au singulier, le mot vasishtha se rencontre employé, non-seulement avec un passé, mais avec un présent ou un impératif, VII, 22, 3 ; 23, 1 ; 26, 5; 59, 3; 86, 5; 88, 1; 96, 1 ; X, 150, 5, auquel cas il ne peut désigner qu’un membre actuel de 1a famille. Mais venons-en au premier ancêtre, à l’auteur même de 1a race.
C’est peut-être de lui qu’il s’agit dans les vers VII, 42, 6 ; X, 65, 15, avec un verbe au passé, et dans les vers VII, 9, 6; 18, 4; 95, 6, sur lesquels nous reviendrons. Il ne peut