Et aussi à Vivasvat. Sur ce dernier, voir plus bas
et du producteur du feu. La vérité est que l’analyse mythologique elle-même, en supprimant, au moins en tant qu’elle appartient à la mythologie, la personnalité distincte des anciens prêtres, et en la ramenant au personnage d’Agni, aboutit partout à ce résidu : le feu produisant, honorant, apportant le feu. Cependant le mythe n’en repose pas moins sur la distinction du feu et de celui qui le produit, quelques confusions qui puissent résulter, et qui résultent en effet de ce fait que le producteur du feu, en tant que personnage mythologique, n’a aucun attribut qu’il n’ait emprunté au feu luimême.
En résumé Mâtariçvan et les Bhrigus sont comme Angiras, comme Atharvan, comme VasishJha, d’anciens sacrificateurs assimilés à Agni et néanmoins distingués du feu comme produisant le feu. Pour eux seulement cette distinction a été plus fortement accusée que pour les personnages précédemment étudiés, dans un mythe qui n’est autre que la communication du feu aux hommes dont ils sont considérés comme les auteurs. Ce mythe d’ailleurs, en plaçant dans le ciel le commencement de leur opération, ne leur enlève pas pour cela le caractère sacerdotal ordinairement lié dans le /fig-Vedaà l’idée d’un producteur du feu, et que nous reconnaîtrons bientôt être parfaitement conciliable avec un séjour céleste, pas plus qu’en les faisant descendre du ciel comme le feu luimême, il ne supprime la distinction, dépourvue de sens au point de vue du naturalisme pur, et cependant placée à la base du mythe, de l’élément igné et de celui qui l’apporte après l’avoir produit.
Ajoutons, pour en finir avec ce sujet délicat, que les deux mythes parallèles de Mâtariçvan et des Bhrigus se trouvent combinés dans deux passages portant, l’un que le feu « aux deux naissances » a été apporté par Mâtariçvan à Bhrigu, I, 60, 1, l’autre au contraire que Mâtariçvan a allumé en le tirant de chez les Bhrigus le feu qui était caché, III, 5, 10. Le premier de ces passages, rapproché du vers X, 46, 9 d’après lequel Mâtariçvan a engendré le feu pour Manu ou pour l’homme1, paraît nous montrer dans Bhrigu, entant qu’il profite de l’œuvre de Mâtariçvan, un sacrificateur placé sur la terre. Le second restitue au contraire aux Bhrigus leur caractère de personnages célestes, mais pour suggérer, par
1. La même œuvre est d’ailleurs attribuée dans ce passage aux Bhrigus.
l’opposition même, l’idée d’un séjour de Mâtariçvan sur la terre. L’explication signalée plus haut comme possible, à savoir l’idée d’une action du feu terrestre sur le feu céleste qui vient à son appel, semble se présenter ici d’elle-même. Cette idée qui, comme nous le verrons, donne au sacrifice sa vraie signification, a pu aussi, dans chacun des mythes de Mâtariçvan et des Bhrigus pris isolément, contribuer, avec la distinction du feu et de celui qui le produit, à la création du personnage conçu comme faisant descendre l’Agni céleste.
Nous avons vu, dans le passage cité plus haut intégralement, Agastya, VII, 33, 10, désigné également plus loin, ibid . 13, parle nom de Mâna, descendre du ciel et apporter VasislBha aux hommes. Il joue là un rôle identique à celui de Mâtariçvan et des Bhrigus apportant le feu. Toutefois l’étude de ce troisième personnage trouvera mieux sa place ailleurs.
Personne n’a contesté aux noms étudiés jusqu’à présent leur caractère de noms propres. Il n’en est pas de même du mot uçij qu’on s’accorde généralement à considérer comme un simple adjectif, signifiant d’après son étymologie « plein de bonne volonté, zélé ». Ce mot pourtant est au moins pris substantivement dans un grand nombre de passages, et l’usage qui en aurait été fait, soit comme adjectif, soit comme substantif, dans le sens étymologique, aurait consisté en tout cas dans une application exclusive aux fonctions des sacrificateurs b ou du dieu conçu comme sacrificateur. Agni est en effet appelé uçij, III, 11,2; il l’est particulièrement en tant qu’établi chez les hommes, I, 60, 4 ; X, 45, 7 ; cf. III, 27, 10, et en tant que don des Bhrigus, III, 2,4. Il semble nécessaire, ou du moins fort commode, de laisser au mot son sens adjectif dans les formules des vers III, 3, 7 et 8, « zélé parmi les dieux » et « zélé parmi les sacrificateurs, » appliquées également à Agni. Mais ces formules mêmes, dont on rapprochera celle du versX, 92, 12, « sage entre les uçij, » qui peut être aussi rapportée au feu considéré comme prêtre 1 2, montrent avec quelle facilité Agni, en
1. Sur l’emploi du mot uçij au vers III, 15, 3, ou, selon M. Grassmann, il exprimerait le désir de la richesse, voir ci-après p. 58, note 3.
2. Elle est remplacée au vers II, 31, 6, qui n’est presque qu’une variante du précédent, par celle de « louange (objet de la louange) des uçij ». Cf. Naràçamsa.
qualité de « zélé parmi les zélés », pouvait devenir Uçij, chef de la race des Uçij. Elles rappellent les titres d’Awgiras par excellence et de premier Angiras. Quant au pluriel du mot uçij, il ne désigne pas des prêtres quelconques1, mais les premiers prêtres, et même des prêtres célestes, qui ont honoré Agni et l’ont déposé chez les hommes, III, 2, 9 ; V, 3, 4 et IV, 6, 11 ; X, 46,4; cf. I, 60, 22. Ces prêtres se trouvent ainsi assimilés aux Bhrigus, dont précisément le nom se rencontre construit parallèlement au pluriel uçijah dans le vers X, 46, 2 relatif à la découverte du feu. On pourrait sans doute arguer de ce dernier passage que le mot uçij est une simple épithète des Bhrigus, bien que rien ne soit plus fréquent dans le Æig-Veda que l’accumulation des noms propres désignant des personnages ou des groupes analogues. Mais alors cette épithète, dans beaucoup d’autres passages, désignerait les Bhrigus à elle seule. Or, c’est ainsi que s’établit l’usage d’un nouveau nom propre mythologique. Le mot uçij serait donc au moins un nom propre en voie de formation. Mais je crois que cette formation s’est réellement achevée, et je le crois pour deux raisons. L’une est que les Uçij figurent aux vers I, 189, 7 ; II, 4, 5; VII, 10, 2, de la même manière que tous les noms d’anciens prêtres, comme termes de comparaison3, ce qui semble bien impliquer une personnalité distincte. L'autre, selon moi décisive, est l’existence du dérivé auçija. De celui-ci, lors même qu’il ne devrait pas être considéré comme un véritable patronymique dans l’application qui en est faite à Kakshîvat, I, 18, 1 ; cf. I, 112, 11, et à/frjiçvan X, 99, 1 1 , on peut dire au moins, là où il paraît, comme nous le verrons, désigner le Soma, IV, 21, 6 et 7; VI, 4, 6, auquel Kakshîvat, Æijiçvan et plus généralement le sacrificateur auçija, I, 119,9; 122,4, peuvent être, ainsique nous le verrons aussi, originairement identiques, qu’il implique l’usage du simple uçij comme nom propre. On comprend que le
1. Au vers VII, 10, 5, les Uçij doivent sans doute être distingués, comme prêtres célestes, des races qui honorent actuellement Agni dans le sacrifice, cf. I, 60, 2, si même l’emploi du présent implique l’actualité pour ces dernières. Le rapport des Uçij avec les flibhus n’est pas très-clair au vers III, 60, 1.
2. Ce sont eux aussi qui, comme nous le verrons, se sont emparés les premiers du Soma, IX, 86, 30.
3. J’explique dans le même ordre d’idées le vers III, 15, 3, à Agni : « Fais de nous des Uçij d, c’est-à-dire a Traite-nous comme tu as traité les Uçij. » Cf. IV, 2, 15 : « Puissions-nous devenir des Awgiras. »
Soma préparé ou découvert par les Ucij ait été ainsi désigné, de même que le feu allumé par Vadhryaçva reçoit, nous l’avons vu déjà, le nom de Vadhryaçva. On comprendrait beaucoup moins bien qu’une dérivation de ce genre eût été tirée de l’adjectif ucij «zélé », même pris substantivement.
Entre un mot comme bhrigu et notre mot ucij il y a pourtant cette différence que le second, d’après son sens étymologique , convenait primitivement aux prêtres réels, aussi bien qu’à Agni considéré comme prêtre, tandis que le premier n’a pu être d’abord qu’une épithète propre au feu. Il est cependant vraisemblable que la végétation mythologique du nom d 'ucij a pour racine, comme celle du nom d ’alharvan1, l’application particulière qui en a été faite à Agni.
Le mot âyu me paraît avoir, comme le mot uçij, une valeur essentiellement mythologique. Il n'est resté usité dans la littérature post-védique que comme nom propre, particulièrement comme nom du fils de Purûravas et d’Urvaçî, primitivement identique au feu ainsi que son père lui-même, et héros d’une légende à laquelle paraissent faire allusion déjà deux vers du /îig-Veda, IV, 2, 18; V, 41, 19 \ Le sens étymologique en est clair: distingué seulement par l’accentuation (comme oxyton) de la forme âyu (paroxyton), synonyme d’une autre forme plus usitée, àyuh 3, « vie », il était le concret de cet abstrait et signifiait « vivant ». Mais dans les passages mêmes du /îig-Veda où il serait possible de lui conserver la valeur d’un simple adjectif, l’application en est limitée de façon à suggérer plutôt l’idée d’une valeur appellative. Il est employé au féminin dans le vers II, 5, 5 parallèlement au terme de vaches: mais ces vaches sont des êtres mythologiques, identiques aux trois sœurs de l’hémistiche suivant, et sans doute aussi aux Apsaras qui reçoivent la même qualification dans la Vâjasaneyi-Samhitâ, 18, 39, et rappellent l’Apsaras Urvaçî, mère d’4yu. Agni est aussi appelé âytç, X, 20, 7 (cf. I. 147, 1 et I, 31, 11 reproduit plus loin), et nous verrons qu’il en est de même de Soma, IX, 67, 8 1 et des Somas, IX, 23, 2 ; 4 ; 64,