‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 3 sur 81 · LES MONDES · texte numérisé non relu

LES MONDES

Le ciel et la terre sont les deux grandes divisions de l’univers. Ils sont ordinairement désignés par les thèmes dyu (■ div ) et prithivî, dont le premier est identique à une racine signifiant « briller », et le second n’est autre que le féminin de l’adjectif pvithn « large » pris substantivement. Les deux mots sont rapprochés et opposés dans un composé impropre dyâvà-prithivi, qui est une des expressions les plus usitées du i?ig-Veda.

Le terme de terre ne prête à nulle équivoque : il faut remarquer .seulement que pour les poètes védiques la forme de la terre est naturellement sa forme apparente, celle d’un disque plat, ou légèrement concave si l’on tient compte du relèvement des bords à l’horizon. Quant au terme de ciel, il est susceptible de plusieurs applications distinctes en sanscrit védique comme dans notre propre langue. Il peut s’entendre d’abord de l’espace entier qui s’étend au-dessus de la terre : la terre et le ciel composent alors tout l’univers visible. Mais le ciel peut aussi n’être que la voûte azurée, la surface tournée vers la terre de la demi-sphère qui la recouvre. Enfin, au-dessus de cette voûte, par delà les limites du monde visible, les rishis conçoivent un monde invisible, séjour des dieux, dont la notion est nécessairement suggérée, même dans l’ordre purement naturaliste, par la disparition et la réapparition du soleil et des nuées : c’est le réservoir de la lumière pendant la nuit et de la pluie pendant la sécheresse. Or, le terme de ciel peut recevoir encore cette troisième application, la voûte azurée n’étant plus alors que la limite inférieure du monde invisible.

Beruaigne, Religion védique.

Dans la seconde, comme dans la troisième conception du ciel, ces deux grandes subdivisions le ciel et la terre, n’épuisent plus l’univers. Entre le ciel-voûte et le disque de la terre s’étend l’espace libre qui devient un troisième monde. Cette division est clairement indiquée dans le texte suivant où le ciel et la terre sont d’ailleurs, comme souvent, désignés par le duel rotlasî , X, 55, 3 : « Il (Sonia) a rempli les deux mondes et le milieu. » Ce « milieu » est le monde ordinairement appelé antari-ksha, littéralement « ce qui est placé entre », et auquel nous donnerons le nom d’atmosphère. Le singulier antariksham s’ajoute souvent au duel déjà cité dyâvâpvillbivi, comme complétant l’énumération des parties de l’univers. Il est clair que l’atmosphère peut être en outre opposée comme ciel visible au ciel invisible, quand le terme de ciel désigne, non plus la voûte céleste, mais l’espace dont elle est la limite inférieure.

D’après ce qui précède, le théâtre des phénomènes de la lumière solaire et des phénomènes météorologiques sera le ciel quand celui-ci comprend tout l’espace qui s’étend audessus de la terre, l’atmosphère quand le ciel est conçu comme un monde invisible. Dans la division de l’univers qui comprend une atmosphère et un ciel visible, les deux ordres de phénomènes sont répartis entre ces deux mondes. Les phénomènes de la lumière solaire, paraissant se produire sur la voûte azurée elle-même, sont rapportés au ciel. L’espace intermédiaire que nous sommes convenus d’appeler l’atmosphère reste le théâtre des phénomènes météorologiques.

Dans ce même système de division comprenant trois mondes visibles, l’espace invisible constitue nécessairement un quatrième monde. Je ne fais ici qu’indiquer sommairement ces différents points pour l’intelligence de l’exposition qu’on va lire : la démonstration en sera faite successivement au cours de cette exposition même.

De plus, aux systèmes de division fondés sur l’observation directe, viennent s’en joindre d’autres dont la base reste toujours naturaliste, ou plutôt n’est autre que ces systèmes primitifs eux-mêmes qui se sont en quelque sorte ramifiés d’une manière artificielle, mais dont l’intelligence exige une étude particulière. Nous renvoyons cette étude à la fin de notre première partie, et, dans les développements qui vont suivre, nous réserverons, pour les traiter en même temps, tous les détails qui ne s’expliquent pas directement par la con-

ception de deux ou de trois mondes visibles et d’un troisième ou d’un quatrième monde invisible.

Il nous reste pourtant à signaler une division de l’univers non moins naturelle que les précédentes, mais dans une autre dimension : c’est la division en quatre régions cardinales. Seulement, à ces quatre régions, les rishis en ajoutent le plus souvent une cinquième, comme aux huit régions d’une période postérieure il en a été ajouté deux, le zénith et le nadir. Comme on le verra en temps et lieu, la cinquième région de la période védique est pareillement le zénith, ou bien encore le ciel invisible opposé aux quatre régions de l’univers visible.

Nous allons maintenant passer en revue les différents éléments, tant des phénomènes célestes que du sacrifice, en commençant par les éléments mâles.

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