III. — RETOUR DU FEU AU CIEL — MYTHES DE L’AUTRE VIE
Le feu descendu du ciel avec les eaux de la pluie, et introduit en même temps qu’elles dans les plantes, ne reste pas à jamais exilé de sa patrie céleste. Allumé par les hommes qui le font sortir du bois des ara/iis en les agitant l’un dans l’autre, il remonte aux régions supérieures d’où il est venu. Cette nouvelle idée est suggérée par l’observation directe. La flamme en effet monte, IV, 6, 2; VII, 43, 23, et surtout la
1. Au vers X, 99, 7, le datif manushe doit être construit avec ùrdhvasânah (se levant pour Manu) et séparé de druhvane, épithète de arçasànâya, cf. II, 20, 6, où se trouve la locution équivalente ùrdhvo bhuvun manushe.
2. Cf. X, 100, 5 où le sacrifice, considéré comme le principe de toutes choses, est identifié à Manu père.
3. Cf. l’application fréquente à Agni de l’adjectif ûrdhva « droit ».
fumée qui se répand dans le ciel, VI, 2, 6; cf. IV, 6, 2; V, 11,3; VII, 3, 5. Agni court dans le ciel avec sa fumée, VI, 48, 6. Il l’envoie en avant, brillante, en tendant vers le ciel avec son éclat resplendissant, X, 45, 7. Les feux poussés par le vent s’élancent dans le ciel avec un étendard de fumée, VIII, 43, 4. L’application fréquente du nom d’Agni, nonseulement à l’éclair, mais au soleil, rend équivoques un bon nombre de passages 1 où l’Agni qui monte dans le ciel, III, 2, 12; cf. I, 68, 1, qui s’avance dans le ciel avec des membres brillants, I, 141, 8; cf. 7, qui atteint les extrémités du ciel et le nuage, X, 20, 4, dont les rayons (ou les flammes) s’élancent vers le ciel en se ramifiant, V, 1,1, enfin qui traverse, X, 80, 1, ou pénètre, ibid. 2, les deux mondes, peut être un feu céleste aussi bien que le feu du sacrifice. Mais la seconde interprétation est seule possible pour « le feu de Divodâsa » qui s’étend sur la terre et s’arrête sur le plateau du ciel, VIII, 92, 2.
C’est surtout quand on y verse l’offrande que la flamme s’élève, VII, 16, 3; VIII, 43, 10; cf. VIII, 19, 23, et que la fumée va toucher le ciel, VII, 16, 3. Agni prend en brûlant le beurre sacrifié « une forme droite et dirigée vers les dieux », I, 127, 1. Il est d’ailleurs supposé porter l’offrande aux dieux, et cette croyance implique l’idée qu’il atteint en effet le ciel. A la vérité, les dieux sont souvent conçus comme assis sur le gazon du sacrifice, VII, 43,3; VIII, 27,6 et passim, avec Agni lui-même, V, 11, 2; 26, 5; VII, 11, 2, qui les y amène, III, 14, 2 et les y installe, I, 31, 17; VIII, 44, 3, pour manger l’offrande, V, 1, 11 ; 4, 4, cf. I, 1, 2; 5 ; 14, 9 ; 12 ; III, 6, 6; 9; IV, 2, 4; VI, 1, 7; 15, 18; X, 1, 7. Le vers I, 76, 3, en priant Agni d’amener Indra, promet à celui-ci « l’hospitalité ». Mais cette façon d’entendre la participation des dieux au festin du sacrifice n’est vraisemblablement pas primitive. Elle se rencontre dans un même vers avec la notion inverse, VII, 11,5: « O Agni, amène les dieux pour manger l’offrande ; qu’ils s’enivrent ici, avec Indra à leur tête ; porte ce sacrifice aux dieux dans le ciel. » Ailleurs encore il est dit en propres termes qu’Agni porte les offrandes dans le ciel, VIII, 63, 3; X, 80, 4, qu’il les porte aux dieux, VII, 1, 18; cf. I, 1, 4, qu’il les porte aux dieux dans le ciel, X, 98, 11. On peut entendre dans le même sens les