Cf. 1, 12, 3; IV
es grand , et tes rayons qui s’écartent vont toucher le ciel1. »
Nous ne retenons, quant à présent, que ce fait d’un mouvement du feu dans la direction du ciel, fait réel quoique exagéré par l’idée que le feu continue à s’élever effectivement dans l’espace où sa fumée va se perdre. Nous laissons de côté, pour rentrer dans le sujet particulier de cette première partie, les rapports d’Agni avec les dieux, et nous nous contentons d’avoir constaté son retour, comme élément matériel, au séjour d’où il était venu. Descendu sur la terre, il avait d’abord été caché dans les plantes; mais il s’était ensuite manifesté sous la forme du feu terrestre. Remonté au ciel où il s’était d’abord dissipé en fumée, ne devait-il plus y reparaître ? Il semble a priori que les 4ryas, s’ils se sont posé la question, n’ont pu la résoudre qu’en admettant, d’après l’analogie de ce qui se passait sur la terre, qu’Agni retourné dans son premier séjour, s’y manifestait de nouveau, et s’y manifestait sous la forme d’un des deux feux célestes, de l’éclair ou du soleil. On ne devra pas s’étonner de ne pas rencontrer de preuves formelles de cette conception pour l’éclair, ordinairement désigné par le même nom que le feu du sacrifice, et ne pouvant par suite figurer dans une formule analogue à celle que nous allons citer pour le soleil. Cette formule, constatant l’union d’Agni avec le soleil ou avec les rayons du soleil, V, 4, 4 ( yatamâno raçmibhih sùryasya 2), pourrait, il est vrai, comme les passages où Agni est représenté prenant sa forme supérieure, I, 95, 8, et devenant la plus élevée des lumières, III, 5, 10, où il est prié de devenir l’œil de la grande loi, X, 8, 5, faire allusion d’une façon générale à l’élément du feu, toujours subsistant dans l’univers indépendamment des formes diverses qu’il prend tour à tour. Elle semble pourtant en certains cas expressément appliquée au feu du sacrifice. Non-seulement il est dit au vers I, 98, 1 d’Agni, qualifié, il est vrai, de vaiçvânara, que « Né d'ici, il contemple tout ce monde et va avec le soleil », mais on lit au vers V, 37, 1 qu’Agni, « honoré de sacrifices, couvert
1. Cf. l’application assez fréquente de l’épithète divi-spviç a qui touche le ciel », soit au feu, soit au sacrifice lui-même. (Gr. Wôrt. s. v.)
2. Proprement « faisant effort, allant avec les rayons du soleil ». L’idée d’union est, selon moi, exprimée par l'instrumental seul, et non par la racine yat elle-même comme l’entendent MM. Roth et Grassmann. Cf. Quatrième partie, ch. II, section V.
de beurre, se réunit1 à la lumière du soleil. » Voici enfin un passage qui semble tout à fait décisif, VII, 2, 1 : « Accepte aujourd’hui notre bûche, ô Agni; brille bien haut, lançant ta fumée sacrée; touche de tes colonnes (de fumée)2 le plateau du ciel; réunis-toi3 4 aux rayons du soleil. »
Le mythe que les citations précédentes nous montrent au moins en germe est, d’ailleurs, impliqué par celui du séjour des morts dans le soleil où ils n’ont pu être portés que par le feu même qui les a brûlés. Les croyances relatives aux morts, auxquelles nous touchons ici pour la première fois, sont étroitement rattachées aux mythes du feu, comme celles qui concernent l’origine de la race humaine. Elles sont avec le mythe particulier de l’ascension du feu à peu près dans le même rapport que ces dernières avec celui de la descente du même élément. Le moment est donc venu de les examiner dans leur ensemble.
Les Aryas védiques croyaient à une autre vie après la mort, et plaçaient dans le ciel le théâtre de cette nouvelle existence qu’ils appelaient même « immortalité ». Un poète fait cette prière aux Açvins, X, 40, 11 : « Puissions-nous, ô Açvins, arriver à la demeure du taureau à la semence abondante et qui aime les vaches ! Voilà ce que nous désirons. » Il reprend au vers suivant la même pensée en remplaçant par un nom propre la figure mythologique du taureau céleste : « Puissions-nous atteindre la demeure d’Aryaman! » Une formule analogue est encore adressée à deux divinités innommées qui pourraient être également les Açvins, 1, 154, 6: « Nous désirons aller dans vos demeures, là où sont les vaches agiles aux cornes nombreuses ‘ ; c’est là-haut que resplendit le séjour suprême du mâle qui parcourt de larges routes (Vishwu). » On lit déjà au vers précédent : « Puisséje atteindre le séjour aimé où se réjouissent les hommes pieux ! » D’après le vers I, 164, 23, l’immortalité a été le partage de ceux qui ont connu la parole sacrée. « Puissé-je, » dit encore l’auteur du vers VII, 59, 12, « comme un fruit
1. Ici le préfixe sam donne sans contredit à la racine yat le sens de « se réunir ».